Kargush-Bulunkul, 54 Km.
Tape-cul et marécage.
Pour chauffer leur petit déjeuner, mes colocataire allument le poêle de la cuisine avec le seul combustible qu’on trouve sur place, la bouse de vache. Cela répand à la fois une douce chaleur et une odeur spéciale dans la maison. Ils sont là tous les douze, rien que des hommes, assis autour de la table basse pour boire leur tasse de thé. Ils vont à Langhar et à voir le chargement de leur camion, on dirait bien qu’ils déménagent. Je suis horrifié de découvrir sur le dessus du chargement un mouton ficelé comme un vulgaire, colis la tête qui pendouille hors du camion. À se demander s’il va arriver vivant au terminus.
Je quitte la maison vers 8h, après avoir soigneusement rangé la chambre et la cuisine comme l’ont fait d’ailleurs mes colocataires. Cette maison est visiblement une halte connue et respectée par ceux qui y passent. Je cède la place à un soldat qui vient y prendre son thé matinal. Comme beaucoup de ses collègues il me demande si j’ai des cigarettes. Comme à chaque fois j’explique que c’est incompatible avec le vélo.
Le col est à une douzaine de kilomètres et il me reste 400 m de dénivelé à franchir ; cela fait du 3 % de pente moyenne, ce qui devrait être possible. Mais les premiers hectomètres vont vraiment m’inquiéter. Je suis obligé de m’arrêter pour reprendre mon souffle, ce qui n’est pas anormal, mais j’ai une forte sensation d’oppression. Serais-je victime du mal de la montagne ? Je ne l’avais jamais ressenti auparavant. Je prends donc le temps de bien récupérer avant de repartir sur un tout petit rythme pour me préserver et évaluer la situation. Et finalement les choses se passent bien. Certes j’ai le souffle court et les bosses sont parfois difficiles à franchir, mais globalement, la condition physique est là et je ne ressens rien de plus qu’un essoufflement normal.
À ma droite, c’est étant désormais le massif du Wakhan, célèbre pour son fameux corridor. À la fin du XIXe siècle, les empires russes et britanniques sont à leur apogée. Les Russes ont conquis toute l’Asie Centrale. Et les Britanniques, toutes les Indes, y compris, les actuels, Pakistan et Afghanistan. Les deux mastodontes se font donc face directement. Plutôt que de s’affronter, ils concluent un pacte de non agression, dont une des clause crée une zone tampon dans ces montagnes, inhabitées et infranchissables. C’est le corridor de Wakhan, qui a ensuite été attribué à l’Afghanistan à sa création en 1918, donnant à ce pays un drôle d’appendice dans sa partie nord-est.
Je suis tout heureux de franchir la barre des 4000 m; pour moi c’est une première. Plus loin, je prends le temps de m’arrêter au bord d’un petit lac entouré de rochers, sous lesquels les marmottes ont creusé leurs terriers. Je les aperçois et je les entends siffler à mon approche. C’est la première fois de mon voyage que je vois des animaux dans cet environnement hostile.
La fin de la montée du col ne présente pas de difficultés particulières et le vent me pousse gentiment dans le dos jusqu’au sommet. Ma seule déception et qu’il n’y a pas de panneau devant lequel j’aurais aimé me prendre en photo à 4.343 m.
A ce stade, je me dis que le plus dur est fait et qu’il ne reste plus qu’à descendre. J’ai lu que le revêtement de l’autre versant était meilleur que celui que j’ai monté. S’il est vrai qu’il y a moins de cailloux, il y a aussi beaucoup plus de tôle ondulée. Pour l’éviter, je vais zigzaguer en permanence pour trouver la meilleure trace. Comme le milieu est souvent le pire, je cherche les bas-côtés, allant de l’extrême droite à l’extrême gauche, mais sans jamais retourner ma veste. Du coup, la descente ne m’apporte pas la satisfaction attendue, et je vais à peine plus vite qu’à la montée.
A mi-pente, je me fais un petit plat chaud, en l’occurrence des nouilles coréennes, un peu trop pimentées à mon goût, mais ça réchauffe. Sans doute alourdi par ce repas, je chute à nouveau en bloquant ma roue avant dans un tas de graviers. Je prends un choc à une côte. Se blesser à une côte dans une descente, c’est vraiment stupide !
Après ces 20 km de descente plutôt pénibles, je suis tout heureux d’arriver sur la M 41, la fameuse Pamir Highway, mais je ne vais pas l’emprunter longtemps, tout au plus un petit kilomètre de montée avec le vent de face, avant de bifurquer à droite, en direction de mon objectif du jour, Bulunkul. Pour ceux qui ont regardé l’épisode des Routes de l’Impossible sur le Tadjikistan, Bulunkul est le point d’arrivée du camion qu’on suit tout au long de ce reportage. Cela m’a donné envie d’aller voir ce village perdu au bout du monde, tout proche d’un très joli lac, qui porte le même nom que le village.
La piste est agréable et les 16 kilomètres sont couverts en un peu plus d’une heure. Le village est composé d’une cinquantaine de maisonnettes, voire de masures, disposées sans aucun ordonnancement, reliées par aucune rue, ni aucune place. Mais l’environnement est exceptionnel. Le village est niché dans une dépression entourée de montagnes que le soleil a le bon goût d’éclairer juste à mon arrivée.
Après avoir puisé de l’eau dans un puits communal, je cherche à me rapprocher de la rive du lac pour installer mon bivouac. Mais la chose est loin d’être aisée ; il est même carrément impossible d’accéder à la rive, du moins de ce côté du lac à cause d’une zone marécageuse qui précède le lac lui-même. Sur les conseils d’un ancien du village, je m’engage néanmoins dans cette zone de marécage pour me rapprocher du bord de l’eau. Cela nécessite d’enlever mes chaussures car je me retrouve par moment avec de l’eau jusqu’aux genoux. Mes efforts pour pousser Colibri dans cette nature pas vraiment destinée à la pratique de la bicyclette, sont récompensés par un lieu de bivouac à une cinquantaine de mètres du rivage. Je pousse l’exploration aussi loin que possible pour prendre des photos de cet environnement magnifique, puis je me dépêche de monter la tente avant que le soleil ne se couche, tâche rendue difficile par le vent qui souffle en rafales. Je me prépare alors ma première poêlée de céréales méditerranéennes, directement importées de Sablé sur Sarthe. Il est temps de profiter de mes réserves et d’alléger ainsi mes sacoches.








évidemment que tu as le souffle court, 4000m l oxygène est plus rare, bon tout c est bien passé, pas de moustiques dans le marécage ? Heureux de retrouver ton bon en tous cas
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Curieusement, non, pas de moustiques dans le marécage. Ils ont attendu deux jours pour m’attaquer ailleurs. Le moustique est fourbe.
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Étonnamment, non pas de moustiques dans le marécage. Ils m’ont attaqué deux jours plus tard. Le moustique tadjik est fourbe.
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