Jour 14, mardi 27 août

Voeg-Udit , 80 Km.

Les forteresses invisibles.

Les horaires de réveil et départ sont respectés. Comme prévu, un copieux petit déjeuner m’attend dans la cuisine. Il y a bien sûr du thé, du pain et de la confiture, mais aussi deux œufs durs. Avant de partir, je laisse à Nazar deux petits cadeaux de la ville de Sablé et un billet, avec la crainte de le vexer. Non seulement il ne se vexe pas mais il laisse les billets sur la table, prend un papier, un crayon et me note un tarif double de ce que je lui ai donné. Je reconnais que les services qu’il m’a rendus valent bien ce qu’il me demande, mais c’est toujours un peu étonnant quand on se croit invité. On se quitte bons amis, et je pars avec quelques pommes de plus dans mes bagages.

Je remonte en selle bien reposé et bien nourri aussi. La route suit toujours la rivière Panj mais après une heure, la vallée s’élargit et le paysage devient plus ouvert. Au loin, je commence à apercevoir les sommets enneigées du massif de l’Hindu Kush. Les villages, ou plutôt les hameaux s’enchaînent régulièrement, environ tous les 5 kilomètres. J’y effectue quelques pauses et récupère souvent de l’eau fraîche. En effet, il fait toujours aussi chaud malgré l’altitude. 

Il est à peine 13 h. quand j’arrive à Ishkashim, mon objectif du jour. Ce n’est pas la ville que j’attendais, et surtout il n’y a ni magasin ni souk où je pourrais acheter une pompe. Le restaurant que je choisis a fermé sa cuisine, le seul plat qu’il peut me proposer est un poulet-frites; va pour poulet-frites. La forteresse de la ville étant introuvable, je reprends la route, histoire d’allonger un peu la distance parcourue. Une forteresse en bon état est annoncée à une vingtaine de kilomètres. Enfin quelque chose à visiter, voilà un objectif motivant. 

Au passage je m’arrête à une autre forteresse de Qaha, mais il reste à peine un mur debout ; j’ai hâte voir celle qui est annoncée sur des panneaux indicateurs depuis plus de cent kilomètres.

Au kilométrage annoncé, je ne vois rien, ni forteresse ni panneau. Les trois personnes que j’interroge ne me fournissent pas plus d’informations. Je me dis que le kilométrage annoncé devait être approximatif, donc je continue un peu plus loin, puis encore plus loin, pas de forteresse en vue. Du coup, je file jusqu’au village suivant et décide de m’y arrêter quoi qu’il arrive car je suis fatigué.

Udit compte 35 maisons; ce n’est pas le plus beau village de la vallée, mais c’est là que je dormirai. Un vieil homme qui somnole dans son jardin me reçoit avec un large sourire édenté et me fait entrer immédiatement. Pas question de monter la tente, il me montre d’emblée la couche qui me sera réservée. Et il rameute toute la famille, sa femme, ses deux fils, leurs épouses et un ribambelle de gamins qui vivent tous sous le même toit. En dix minutes, le thé est servi, accompagné d’un plat de pâtes et pommes de terre et d’une salade de tomates. Ils sont tous curieux, avec le traducteur en ligne on arrive à échanger, je leur montre Sablé sur Google Maps, on joue avec les gamins. Colibri est au centre de toutes les attentions. Le plus déluré, Tozagulkhon, détecte tout de suite un frottement sur la roue avant et entreprend d’y remédier. A ma grande surprise il parvient à supprimer le petit bruit désagréable qui m’a agacé toute la journée. Avec son petit frère Youssouf, on a des bosses de rire en jouant des jeux de rôle avec les objets qui traînent dans la cour : bâton, seau, bouilloire, etc. Comme d’habitude les filles sont plus réservées, mais elles font des efforts pour prononcer quelques mots en anglais, langue qu’elles apprennent à l’école.

Après la traite de la vache et le partage d’une pastèque, chacun regagne sa couche, moi dans l’entrée, une famille dans la grande pièce centrale, l’autre dans un petit bâtiment adjacent. Les gamins viennent me voir au lit, curieux de ma lampe frontale et de mon bouquin. Ils touchent à tout, mais remettent soigneusement chaque objet en place. Un dernier « good night » et ils rejoignent la famille dans la grande pièce centrale.

Nazar ne quitte pas son blouson vintage.
La vallée s’élargit à l’approche d’Ishkashim.
Petite pause à l’ombre.
Encore un voyage qui tombe à l’eau.
Au loin, les sommets enneigés de l’Hindu Kush.
C’est le temps de la fenaison.
Youssouf essaye Colibri sous le regard de son grand frère.
Séance de mécanique par Tozagulkon.

11 réflexions sur “Jour 14, mardi 27 août

  1. En zoomant bien, on aperçoit effectivement une jolie forteresse en haut de l’HinduKush. Ça n’a pas l’air sorcier d’y parvenir pour un grimpeur de ton acabit !
    Bonne route, on te suit chaque jour, Tom te croit encore plus cinglé que son papa, c’est pas peu dire !

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  2. Bonjour Pascal,

    Toujours aussi intéressantes et bien écrites, tes aventures se lisent comme un roman dont on attend le prochain épisode.

    Merci pour ce partage et bonne suite de périple !

    Martine

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  3. Il te faudra remonter au Ventoux pour te racheter un bidon. Juste une petite grimpette pour un habitué du toit du monde! Thierry B

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  4. j’ai un avantage sur toi c’est que je sais à l’avance combien je vais payer 😜. En plus je n’ai pas de problème de crevaison. J’espère avoir du réseau partout pour continuer à te lire avec toujours autant de plaisir.

    bonne continuation d’aventure. Bisous

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