Khorog-Voeg, 53 Km.
Pschitt à Pish.
Levé à 6h, prêt à 7h, douché, rasé, sacoches bouclées. Il a fallu trouver une place pour le chapeau pamiri et quelques pommes. Cela m’amène à optimiser encore le rangement des sacoches. Je dois ensuite poireauter jusqu’à l’ouverture de la boutique Tcell, à 8h. Je croise la petite chatte qui était enceinte hier et cherchait visiblement un coin pour mettre bas. D’après radio Moscou, les voyageurs russes, elle a accouché de quatre petits dans le bureau du gérant. Pas sûr qu’elle les revoie…
Chez TCell, on me manifeste encore beaucoup de compréhension ; la jeune femme scanne mon passeport, photographie mon visa, tapote sur son clavier et me dit que tout est en ordre, j’ai de l’Internet pour 60 jours. Effectivement, je suis de nouveau connecté. Pourvu que ça dure.
Du coup, à 8h05, je suis en selle et je sors de Khorog, la ville aux trois rivières.
De Khorog, trois routes permettent de pénétrer dans le Pamir. La plus au nord est la M41, connue sous le nom de Pamir Highway. C’est la plus rapide mais aussi la plus fréquentée. La seconde suit la vallée de Shakdara, plus sinueuse, plus sauvage et accidentée. La troisième, dite de Wakhan, est la plus longue. Elle file d’abord plein sud vers Ishkashim le long de la frontière afghane, puis rejoint la M41 à Alichur. C’est celle que je choisis pour sa beauté et sa plus faible fréquentation.
L’objectif du jour est de couvrir la moitié de la distance jusqu’à Ishkashim, soit 53 km. Le début est un enchantement, l’asphalte est parfait, la pente douce et le paysage magnifique. Je longe la rivière Panj qui coule entre deux pans de roche abrupte. J’ai tellement rêvé de cet instant que j’en ai presque les larmes qui me viennent. Après une vingtaine de kilomètres, je rencontre mon premier point de contrôle ; présentation du passeport et du visa, tout est en ordre, je peux passer. Sur la journée, je rencontrerai ainsi trois points de contrôle et à chaque fois mon passeport sera photographié pour conserver une trace de mon passage.
Les autres uniformes que je croise sont ceux des militaires qui gardent la frontière avec l’Afghanistan. De loin en loin des patrouilles de trois à cinq soldats, fusil-mitrailleur en bandoulière, marchent sur la route, ou stationnent, tournés vers l’autre rive. Des petits murets leur servent parfois de protection assez dérisoire. Franchement, je les plains de devoir tenir cette position face à un ennemi qui ne se manifeste pas. La situation politique entre les deux pays est un peu tendue car le fils du commandant Massoud, principal opposant aux talibans, est d’origine tadjike. Comme l’un des soldats m’adresse la parole au passage, je m’arrête, pensant devoir présenter mes papiers. Mais il me demande seulement une cigarette. Mauvaise pioche, je n’ai pas ça en stock.
Malgré l’altitude, entre 2.100 et 2.400, il fait très chaud. Heureusement l’eau gicle un peu partout de la montagne et je n’ai aucune peine à remplir régulièrement mes bidons. C’est lors de l’un de ces arrêts que j’aurai la mauvaise surprise du jour : en repartant, après m’être copieusement rafraîchi, je m’aperçois que mon pneu arrière est crevé. En voyage, cela ne m’était pas arrivé depuis 2016, en Lettonie. Crever à la sortie de Pish, ça ne s’invente pas ! Démontage de la roue, changement de chambre à air, remontage de la roue, tout se passe plutôt bien jusqu’au moment de regonfler mon pneu; ma mini-pompe s’avère totalement inefficace. A force de vouloir alléger le paquetage, j’ai négligé cet outil, croyant sans doute être à l’abri de cet aléas. Dur retour à la réalité. Ma chance est que cela me soit arrivé près d’un point d’eau très courtisé. Une camionnette s’arrête pour remplir des bouteilles. Le chauffeur dispose d’une très belle pompe à pied et en quelques secondes mon pneu arrière est regonflé au maximum. Sauvé pour cette fois, mais je me promets d’acheter une vraie pompe à la première occasion. (ou même neuve d’ailleurs…)
Outre les arrêts fraicheur, je fais aussi pas mal de pauses pour faire des photos et des vidéos de ces magnifiques paysages.
La route alterne le bon et le moins bon, avec une majorité de piste, mais aussi des portions où l’asphalte a survécu. Cette alternance de revêtements me permet de ne pas trop saturer. En termes de dénivelé, c’est globalement en légère montée puisque la route remonte le cours de la rivière. Il y a juste de temps en temps des petites bosses très courtes à 10,12 ou 15 %, ce que les cyclistes appelleraient des coups de cul, qui nécessitent des efforts brefs mais intenses.
Malgré le retard pris à cause de la crevaison, j’atteins mon objectif de 53 km vers 16 heures. C’est la bonne heure pour s’arrêter car le soleil se cache très tôt derrière les hautes montagnes. Le minuscule village de Voeg me paraît très accueillant. Je m’arrête prendre de l’eau au torrent, des gamins s’approchent pour me saluer, je leur demande s’il y a un endroit pour dormir, un adulte leur indique sa maison. Cinq minutes plus tard, guidé par le jeune Daolat, je pénètre dans un adorable jardin planté d’abricotiers, pommiers et cerisiers. Un vrai petit paradis traversé par un torrent idéal pour la toilette et la lessive.
Immédiatement, la maîtresse de maison m’offre le thé, accompagné de pain, confiture de cerises du jardin, gâteaux secs et bonbons. Puis c’est Nazar, le patriarche, qui vient s’asseoir à côté de moi pendant que j’écris. Je comprends que je ne suis pas le premier cycliste étranger à fréquenter son jardin ; d’autres voyageurs venus d’Italie, des Philippines et de Russie ont déjà bivouaqué ici. En riant, je lui dis qu’il devrait ouvrir un hôtel.
Pendant qu’on discute, une énorme explosion retentit de l’autre côté de la rivière. Ce n’est pas un attentat, mais seulement les Afghans qui élargissent la route. La première explosion sera suivie d’une dizaine d’autres et on entend les pans de falaises qui s’écroulent.
Vers 18h la fraîcheur tombe et j’irais bien me glisser dans la tente. Mais le dîner m’attend, en l’occurrence deux œufs au plat accompagnés de pâtes et de pommes de terre. Aussi bon que roboratif. Par gourmandise je remets quelques gouttes de confiture de cerises sur mon pain pour clore ce dîner de gala. Après cela, je devrais bien dormir. Nazar me demande à quelle heure je prévois de partir. On se met d’accord sur un lever à 6h pour un départ à 7h. Je crois bien que le thé sera prêt…









Bonjour Pascal
Merci pour pour tes belles photos et chaque jour le récit de ta journée c est vraiment un plaisir de suivre tou périple tous les jours qui démarre une bonne forme physique
Eric
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Salut, Éric. Merci pour ton message.
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Quel plaisir de suivre vos aventures Pascal. Je suis très impressionné à la fois par vos capacités à surmonter les difficultés, par votre forme physique et par les portraits que vous faites des personnes que vous rencontrez… chapeau bas ! Et merci
Gérard
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les gens sont vraiment accessibles et accueillants, pour toi gare aux coup de pompe il faut régler ça rapidement
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