Jour 11, samedi 24 août.

Douchanbé -Khorog

La route de l’impossible.

A 6h30, je me lève en catimini pour éviter de réveiller mes voisins de chambrée. Je sors mes sacoches soigneusement préparées la veille au soir, mais j’ai deux mauvaises surprises. D’abord la batterie tampon n’est pas entièrement rechargée à cause d’une longue coupure de courant durant la nuit. Et puis le linge que j’ai lavé à la main hier soir n’est pas sec, tout simplement parce que je l’ai laissé en boule dans un coin. Du coup, je pars avec mon t-shirt de nuit et sans slip car mes vêtements sont dans une sacoche fermée et accrochée au vélo que je n’ai pas envie de rouvrir.

A 7h30, je suis au point de rendez-vous pour un départ prévu à 8h. Je retrouve mon chauffeur et j’attends. D’autres passagers sont là aussi qui attendent. Il y a beaucoup d’agitation autour de nous, des clients qui cherchent des taxis, des chauffeurs qui cherchent des clients, des voitures qui arrivent, d’autres qui partent, des cris, des coups de klaxon, et nous, on attend. Quand vers 8h30, un taxi dépose une famille, les derniers clients attendus, les choses bougent enfin. Le chargement des bagages sur la galerie peut commencer. Valises, cartons, sacs et sacoches sont empilés et ficelés sous une grosse bâche. Colibri vient couronner le tout, solidement sanglé, mais paraissant bien vulnérable quand même avec les roues et le guidon dans le vide.

A 9h pile on démarre. A 9h05 on s’arrête dans la première station-service. Je me dis que le gars aurait pu faire le plein hier. Mais je comprends en voyant à ce moment là tous les passagers sortir des billets pour payer leur trajet. Je fais de même et le chauffeur peut donc payer les quelque 85€ que lui coûte son plein de 95 litres (!).

Nous sommes neuf passagers, dont quatre enfants. J’ai la chance (le privilège ?) d’être assis sur la banquette du milieu, près d’une fenêtre, ce qui est plus agréable que sur la banquette arrière. Au fil du voyage, le chauffeur fera tourner les passagers entre les deux banquettes, mais ma place restera immuable, tout comme celle de la dame installée à l’avant.

Dès la sortie de Douchanbé, le petit garçon assis à côté de moi s’endort, la tête sur mon épaule. Sa grande sœur l’enlève pour l’appuyer sur elle. Mais la tête roule à nouveau vers moi. Je fais signe à la gamine de le laisser comme ça, c’est trop mignon.

Le V8 du Toyota est gourmand, mais il nous permet d’avancer rapidement sur des routes très larges et en excellent état. A midi, nous sommes à Kulob pour la pause déjeuner dans un petit restaurant en self-service. Après manger, au lieu de repartir, tout le monde s’égaille sur le parking et semble attendre. Renseignement pris, il est urgent d’attendre car le point de contrôle à l’entrée du Haut Badakchan est fermé jusqu’à 14h. Alors, autant attendre ici. La chaleur est écrasante, aussi, quand un des passagers me propose une baignade, je saute sur l’occasion. Je le suis, pensant me diriger vers une rivière. Mais à ma grande surprise il m’emmène dans un immense complexe sportif qui comporte une piscine olympique ! Bassin de 50 mètres, plots de départ, gradins, c’est un équipement ancien mais magnifique. Le chauffeur est déjà dans l’eau. Tout le monde est en slip, ce que je ne peux pas faire, puisque je n’en ai pas ! C’est donc en short que je plonge avec délice dans l’eau fraîche. Magnifique parenthèse.

Environ 20 kilomètres plus loin, à Shuroobod, nous franchissons le fameux point de contrôle de l’armée. Je dois descendre de voiture pour présenter mon passeport et mon permis GBAO, qui m’autorise à pénétrer dans la province autonome du haut Badakchan. Bien qu’on ne change pas de pays, on a vraiment l’impression de franchir une frontière. Mes coordonnées sont dûment notées dans un cahier d’écolier, ainsi que l’immatriculation du taxi. Un peu plus loin, deuxième contrôle, effectué par la police cette fois.

A partir de là, le paysage change, les montagnes s’élèvent et la vallée rétrécit. Ce qui ne baisse pas, c’est le volume sonore de la musique, assez éclectique puisqu’elle comprend notamment un morceau de rap français : « Elle t’a mis les menottes, tu réponds même plus à tes potes ».

On roule ainsi à vive allure jusqu’à Qalai-Khum où on s’offre une petite pause pour acheter des boissons et du grignotage. On a fait 350 kilomètres, il en reste 250, mais ceux là seront beaucoup plus longs. Car c’en est fini du bitume, voici l’heure de la piste. Cet axe vital pour le pays n’est qu’un chemin de terre chaotique, parfois si étroit que deux véhicules ne peuvent pas se croiser. À plusieurs reprises nous devrons faire marche arrière pour laisser passer un camion ou attendre que deux camions se soient croisés pour pouvoir passer. On tombe aussi sur des camions en panne qui bloquent le passage. Heureusement, à chaque fois, les voitures parviennent à se faufiler, mais les autres poids lourds doivent patienter. 

Mais le pire, c’est la poussière, une poudre grise très fine qui s’infiltre partout. Chaque fois qu’on croise ou suit un véhicule, il faut tout fermer et alors c’est l’étuve dans la voiture. Il y a bien la climatisation, mais elle reste en position off.

Malgré cela, je prends le temps d’admirer les paysages et surtout d’observer l’activité sur l’autre rive de la rivière Panj. Car en face, c’est l’Afghanistan. Je suis fasciné par la proximité de ce pays, à un jet de pierre, alors qu’il nous semble si lointain, si fermé et si inaccessible. 

Cela va durer sept heures, avec juste un petit arrêt dîner à Rushan, durant lequel je vais prendre avec une des passagères une leçon de Pamiri, le dialecte parlé dans cette région. J’apprends et surtout je note les quelques mot indispensables à la survie : manger, boire, dormir, merci, etc. 

Heureusement je parviens à dormir un peu sur la fin, mais ce trajet est vraiment l’épreuve que tout le monde décrit. Qu’en sera-t-il demain sur le vélo ? Suspense.

Il est presque minuit quand on me dépose à l’hôtel, où personne ne m’attend malgré ma réservation. Un client que j’ai déjà croisé au Green House, appelle le gérant qui vient m’accueillir, m’enregistrer et m’attribuer un lit dans un dortoir de quatre. Je prends une longue douche, lave mes vêtements et me couche sans demander mon reste. 

Colibri est chargé.
Une piscine improbable.
Le plaisir partagé de se rafraîchir.
Sur l’autre rive, c’est l’Afghanistan.
Pas beaucoup de place entre la rivière et la montagne.
Un village afghan.

Pour info, je suis bloqué à Khorog au moins jusqu’à demain, lundi midi. Mon téléphone ne fonctionne plus et les boutiques sont fermées ce dimanche.

7 réflexions sur “Jour 11, samedi 24 août.

  1. L’histoire du slip et de la piscine ns ont bien fait rire! Pas question de rater un bain ds ce lieu si inattendu! Et la chaleur que ns ne pouvons qu’imaginer, vu que notre thermomètre s’est bloqué en position basse cette année! Quel périple ce taxi, c’est long et la conversation pas très facile sûrement, mais finalement ça se fait😁!
    N’oublie pas la phase étendage de lessive, c’est plus simple…à bientôt pour une lecture/ voyage si agréable et admirative.
    G&Y

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  2. heureusement que tu n as pas fait ce voyage en vélo, trop long, trop chaud, trop dur, déjà en voiture c est compliqué au retour la même technique semble indiquée au moins pour la partie piste, qui semble dangereuse. On te suit avec bonheur et passion merci à demain

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  3. Bonjour Pascal, et moi qui pensais que ce serait un taxi individuel avec Colibri dedans…j’avais raisonné en européenne. Bons préparatifs pour reprendre ta monture, hâte de te lire. I.FERRAND

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