Sarvoda-lac Iskander, 35 Km.
Pied à terre.
La nuit a été entrecoupée de phases de réveil à cause d’un nez bouché. Mes narines réagissent sans doute aux poussières absorbées durant la traversée du tunnel. Je les voyais danser dans le faisceau de ma lampe frontale et j’ai dû en inspirer un paquet.
Après avoir petit-déjeuné et remballé tranquillement, je m’attarde près du pont qui relie le centre-bourg à la route principale. Il y règne la même animation qu’hier soir autour des stands de commerçants. Outre la nourriture, ce sont les vêtements et les fournitures scolaires qui attirent le plus de chalands. La présence de la carrière doit assurer un niveau de vie correct à la population et les commerçants ambulants ne s’y trompent pas.
Après seulement quelques kilomètres, j’arrive à l’intersection de la route vers Iskander. Depuis Tashkent, c’est la première fois que je quitte la route principale. Et je vois tout de suite la différence ; l’asphalte se fait rare et laisse place à une piste caillouteuse. En revanche, la pente reste douce et les abords sont verdoyants, si bien que le trajet me paraît agréable. Je me prends même à chanter l’aigle noir de Barbara, « Près d’un lac je m’étais endormie ». Siffle beau merle car, près du lac, tu n’y es pas encore… Il est 9h et je me donne trois heures pour parcourir les 24 kilomètres qui me séparent du lac Iskander. 8km/h de moyenne, ça devrait le faire.
A la sortie du village de Narvad où je fais une pause casse-croûte, la route franchit la rivière dont elle suit le cours depuis le carrefour. Ça, c’est un signe que je connais : la vraie montée va commencer. Et je ne suis pas déçu; les lacets s’enchaînent presque sans interruption, mettant ma petite condition physique à rude épreuve, au point que je dois m’arrêter à plusieurs reprises pour reprendre mon souffle et ralentir mon rythme cardiaque. Je sais que j’ai au moins 15 bornes d’ascension et il faut gérer l’effort.
Ce qui est étonnant, et plutôt gênant, c’est que le soleil me tape dur sur la couenne , alors que je suis pourtant bien au-delà des 2.000 mètres, altitude à laquelle je pourrais espérer un peu de fraîcheur. Aussi profitai-je de chaque point d’eau pour remplir mes bidons et me rafraîchir.
Les kilomètres et même les hectomètres défilent à une vitesse d’escargot et les lacets n’en finissent pas de s’enchaîner. Je me motive en me disant « allez, après celui-ci, ça montera peut-être moins dur ». Mais à chaque fois je suis déçu.
Dans une partie plus pentue que les autres, je jette l’éponge et mets pied à terre. Je pousse Colibri sur quelques centaines de mètres avant de pouvoir remonter dessus et reprendre mon ascension dans une position plus digne d’un cycliste. Et comme tout finit par arriver à qui sait persévérer, je vois enfin la pente s’abaisser et même s’inverser. Et juste là, en contrebas, apparaît enfin le lac tant désiré. L’image est magnifique car il est d’un bleu-lagon étonnant.
Là, je prends le temps de savourer cette petite victoire sur les lois de la gravité et sur moi-même. Mon altimètre indique 2.380 mètres, soit + 720 par rapport à mon point de départ de ce matin. Le plus étonnant est que le lac est situé à 2.100. Je vais donc m’offrir pour finir un dénivelé négatif de 280 mètres, dont je sais déjà que je devrai les remonter demain…
L’accès au lac est soumis au paiement d’une taxe car c’est un espace naturel protégé. Il en coûte environ 1€ aux Tadjiks et 2,50€ aux étrangers. Le préposé à la perception de cette dîme est une caricature de l’administration paperassière. Il remplit deux formulaires et une ligne de son vieux cahier d’écolier pour attester le paiement, ainsi que la date de mon arrivée et le nombre de nuits passées sur place. Je repars avec un reçu en bonne et due forme que je conserverai précieusement, rien que pour l’orthographe de mon nom en cyrillique !
La première plage est privatisée, peuplée de touristes russes et interdite à la baignade, trois bonnes raisons d’aller voir plus loin. Plus loin, c’est la plage familiale avec les barbecues et les petites estrades pour manger. Je me jette à l’eau sans hésiter même si mon thermo-pifomètre indique autour de 15 degrés. Le bain est bref mais salvateur après ces efforts intenses. J’y retournerai deux fois, à petites doses car ça saisit quand même.
Un peu à l’écart de la plage j’aperçois une tente. C’est un peintre qui est installé là pour quelques jours. Il peint des paysages (quatre à cinq par jour) ! qu’il revend aux touristes de passage. Il m’assure qu’on peut camper ici librement, ce que je ne me fais pas dire deux fois. Un quart d’heure plus tard, ma tente est installée près de la sienne. Il est à peine 15h, j’ai un bel après-midi devant moi.
Sur place, je retrouve quatre jeunes gars qui s’étaient arrêtés sur la route pour me demander si tout allait bien. Ce sont deux Américains, un Anglais et un Espagnol qui voyagent en 4×4. Leurs deux voitures sont couvertes de dessins et de signatures; ils m’invitent à ajouter la mienne sur les deux véhicules, ce que je fais avec plaisir. Plus tard, c’est un jeune Russe qui vient planter sa tente près de la mienne.
Rédaction du blog et grosse lessive occupent une partie de l’après-midi.
A 17h, je vais déjeuner/dîner dans un petit restaurant à l’entrée du lac. Au menu, mouton, tomates et oignons, servis sur une terrasse au-dessus du lac, hélas fermée des quatre côtés par des bâches en plastique opaques, sans doute destinées à protéger les clients du vent. En l’occurrence elles me bouchent la vue. Dommage !
Pour digérer, j’entreprends de suivre la piste qui longe le lac jusqu’à son extrémité sud. Le coucher de soleil sur les montagnes est magnifique et Colibri, délesté de ses sacoches, semble avoir des ailes.
Mon voisin russe, avec qui j’aurais aimé discuter, ne donne pas signe de vie; je crois qu’il dort déjà. Alors, je me mets à l’abri des moustiques sous ma tente et je bouquine un peu. L’extinction des feux est prévue vers 20h.










Bonjour Pascal,
Avec Francois, nous suivons tes peregrinations et sommes bien impressionnés ! Et perso, je suis eblouie par les couleurs riviere/montagne. Merci de partager !!! Je comprends ce peintre !
Nous continuons a te suivre, courage !
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Le monsieur qui tient Colibri, on dirait toi en version tadjik 😄
Mais pourquoi donc ce restaurant prive ses clients de cet incroyable paysage ?? 🤔🤔
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Quels paysages grandioses…….et tu as le temps de les admirer! Moi, c’est ton courage que j’admire quand je vois ce parcours !! Bonne suite de voyage et continue à nous régaler de tes aventures.
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Merci Thierry. En montant j’ai tout le temps, vu ma vitesse. Et dans les descentes, je m’arrête pour en profiter.
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Hello Pascal, est-ce que je peux partager l’adresse de ton blog sur un groupe Facebook de Vélotaf ? On n’est pas vraiment dans la thématique vélotaf, mais je pense que ça pourrait plaire à certains membres du groupe de vous suivre, Colibri et toi !
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Vélo, je vois bien, mais taf j’ai oublié le sens de ce mot 🤣Mais bien sûr, tu peux partager. Des fois que ça donne des idées à d’autres…
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Quand je pense que j’ai du mal à monter la côte de la rue André Malraux 🤣. Bravo champion
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C’est bien pour ça que je ne t’ai pas proposé de m’accompagner 🤣
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nous espérons bien bénéficier de ta version de l aigle noir à ton retour, pense à répéter en roulant
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Merci pour la description de cette journée sportive et digne d’un Observateur passionné : on aime et on vous accompagne avec plaisir
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Bonjour. Désolé mais l’adresse de messagerie qui apparaît est bizarre. Qui êtes-vous ?
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Je suis le père de Tony….. ( souvenir du maître nageur.de Besse sur Braye ) Bizarre cette anomalie ,je ne vois pas ce qui s’est passé
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Ok, je note que babyreallydf97cdd675, c’est vous . Bizarre…
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coucou
souvenirs de GR 34 : « derrière cette pointe il n’y en a plus… » comme les lacets ce matin !
Ça y est tu retrouves tes paysages préférés, lac et montagnes. Inspiration pour le peintre et aussi pour le cycliste.
bon bivouac sous les étoiles 😉😘
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Ah ah, c’est pas faux. Pointes du GR 34, lacets d’Iskander, même combat !
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Salut Pascal, je commence tout juste à suivre ton aventure et j’hallucine déjà sur tes photos !! Que c’est beau ce lac entouré de montagnes ! Hallucinant. Merci de nous faire vivre tous ces moments que nous n’avons pas le cran de faire… Je te suis !! Vaïana Ploncard en direct du Bassin d’Arcachon
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