Buragen-Sarvoda, 72Km.
Le tunnel de la mort.
Quelle bonne nuit ! Le clapotis du torrent a agréablement masqué les bruits du trafic routier et rien n’est venu troubler mon sommeil, ni loups ni chiens sauvages. J’avais quand même pris soin de mettre la sacoche de victuailles à l’écart de la tente et un peu en hauteur dans un arbre.
Je me sens vraiment bien reposé. J’attends que le soleil fasse son apparition pour sécher ma lessive d’hier soir et recharger mon téléphone. Mais le panneau solaire a un rendement ridicule; je gagne à peine quelques pour cents en une demi-heure. J’espère qu’il fonctionne toujours.
Je reprends tranquillement la route M34 qui continue de monter gentiment. Je me fixe un rythme de pauses tous les 5 kilomètres. Je ne m’y tiendrai pas du tout et je fais 10 bornes avant de poser pied à terre. Au Km 15, je m’arrête de nouveau face à un nouvel obstacle, un tunnel. Je savais que cette route en comporte au moins trois, mais je ne me souvenais pas que le premier arrivait aussi tôt. Je guette avec anxiété l’arrivée d’un garde qui m’interdirait le passage, mais le seul que j’aperçois semble totalement indifférent à ma présence. Je m’équipe donc en conséquence avec gilet jaune, une lampe rouge sur le casque, une autre sur le porte-bagages, une lampe de guidon et la frontale. Ainsi harnaché, je m’engage dans la gueule du monstre. Comme l’un des deux tunnels est en travaux, l’autre sert à la circulation dans les deux sens, ce qui rend l’exercice encore plus périlleux. Un œil sur la ligne blanche qui délimite une simili bande d’arrêt d’urgence, l’autre dans le rétroviseur, j’avance prudemment dans le noir. Mon principal souci est de repérer les voitures qui roulent dans le même sens que moi, afin de m’arrêter pour les laisser passer. Mais je ne néglige pas non plus celles qui arrivent en face car certaines n’ont pas de lumière et d’autres entreprennent des dépassements incroyablement dangereux dans ces conditions. Certaines portions sont faiblement éclairées par des lampes jaunes, d’autres sont totalement plongées dans le noir. Je fais aussi quelques pauses dans les espaces dédiés aux véhicules en panne.
La traversée me semble interminable. Elle dure pas loin d’une demi-heure et je suis bien heureux de voir enfin revenir la lumière du jour. En fait, le tunnel de Sharistan est long de 5,2 km. C’est ce que me confirme le gardien que je rencontre à la sortie et qui m’invite à venir m’asseoir à côté de lui sur son petit banc. On partage quelques pêches en baragouinant quelques mots d’anglais et de russe.
Ce qui m’attend après cette épreuve, est tout aussi surprenant : alors que je m’attends à continuer à monter, la route plonge littéralement vers la vallée et j’entame ainsi une descente qui va durer 23 km. C’est carrément grisant, d’autant que le revêtement est parfait et propice à la vitesse. D’un autre côté, je me dis que c’est quand même dommage d’avoir autant souffert pour finalement redescendre au niveau du point de départ. Mais c’est le principe des montagnes russes !
J’atteins ainsi la petite et plutôt coquette ville d’Ayni dans laquelle je découvre un trésor, un ancien minaret qui daterait du XIème siècle. Le monument est si fragile qu’il a été littéralement mis sous cloche pour le protéger des intempéries. De loin il ressemble à un phare, mais la mer est bien loin…
Comme je suis arrêté pour observer le vestige, une bande de gamins m’accostent et me posent un tas de questions. Une fois encore, je suis surpris par leur capacité à s’exprimer en anglais.
A la sortie de la ville je mange deux chachliks et deux samoussas; ces derniers sont si bons que j’en emporte trois pour mon dîner. La route s’enfonce ensuite dans des gorges assez impressionnantes, en remontant le cours de la rivière Fon. Les montées et les descentes se succèdent, toujours sur un revêtement impeccable, ce qui me facilite la tâche. Je m’arrête de temps à autre pour photographier ces montagnes aussi arides que grandioses ou récupérer de l’eau à une des nombreuses sources. Je fais aussi une halte pour acheter des abricots à trois adorables gamines. Le plus difficile est de leur faire comprendre que je ne veux pas le seau de 1,5 kilo, mais seulement une dizaine de fruits.
Je me sens tellement en forme que j’envisage un moment d’aller jusqu’au lac Iskander, qui n’est plus qu’à une trentaine de kilomètres. Mais il est 16h et il faut en garder pour demain. Je choisis de ne pas m’arrêter au village de Pété par peur des odeurs. Et pourtant, un vieux dicton tadjik affirme « Qui arrive à Pété, de tourista est exempté ». Amis de la poésie, bonsoir.
C’est donc le village de Sarvoda qui m’accueillera pour la nuit. Un étrange village verdoyant et doté de vieux immeubles HLM de l’époque soviétique. Il doit y avoir ici une usine importante car je croise pas mal de bus qui transportent des ouvriers.
Sur les conseils de quelques anciens, deux gamins m’accompagnent à vélo jusqu’à un vaste parc public aménagé autour d’un « kolossal » monument aux morts. Il y a là des jardins en terrasse bien adaptés au bivouac. Alors que je commence à m’installer au premier niveau, un gars m’invite à monter plus haut et c’est finalement près de son potager que je plante ma tente, avec l’eau courante à volonté.
En montant vers son terrain, je découvre qu’il est le gardien d’une immense carrière à la sortie du village. La voilà mon usine.
J’interromps quelques instants le copieux arrosage de son jardin pour me laver et reconstituer mes réserves d’eau. Un petit samoussa, une courgette, un coup de brosse à dents et au lit avec mon bouquin.










Tes aventures sont toujours pleines de surprises ; des tunnels, des descentes’, des abricots et des rencontres magnifiques.
quel bonheur de te lire!
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un plaisir de suivre ton parcours.
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Les montagnes russes, les montagnes russes… tu veux dire les montages tadjiks ? 😉
Un peu beaucoup flippant, le tunnel…
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trop mignonnes les petites vendeuses d’abricots 🥰…
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Bonsoir Pascal,
A propos de ton désappointement de te voir obligé de descendre ce que tu as grimpé avant le » tunnel de la mort », souviens toi de tes cours de physique : Le » travail » d’une force est égal au produit de sa valeur par le déplacement de son point d’application ( ou quelque chose comme ça ).
Autrement dit, si tu as grimpé un dénivelé de 300 m puis redescendu ces 300 m, résultat, ton travail est nul ! je comprends et partage ta déception !
Je sais que, quand même, tu gardes ton moral d’acier
Merci pour tes nouvelles, bonne nuit et à plus tard
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J’aimerais bien connaître l’auteur de ce message éclairé. Je pensais que tous mes anciens profs de physique étaient décédés !
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Bonjour Pascal,
C’est moi, Michel le croate, et, si j’ai retenu cela, c’est que, » travailler pour rien » m’a toujours démoralisé !
Bonne route et merci pour tout ce que tu nous apprends
Amitié
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Quel tunnel !!!!! mais quel paysage à la sortie !Tout se mérite !!!!!! Merci pour ta patience à rédiger des textes aussi riches qui sont un plaisir à lire chaque soir.
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Pouvez vous vous identifier svp?
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c’est l’altitude qui te rend poète ?
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Sans doute ; la rarerafaction de l’oxygène doit activer certaines zones du cerveau…
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Merci de nous faire suivre tes beaux voyages.
C‘est très intéressant.
bonne continuation et à demain.
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Merci Marie-Claude, la fidèle !
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Bonjour Pascal,
C’est toujours un plaisir de lire ton carnet de route du globe trotter sarthois. Bon voyage. Fais attention à toi.
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Merci Gilles.
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