Jour 5, Dimanche 18 août

Istaravshan-Buragen, 51Km.

Premières rampes.

Premier réveil à 5h, mais je sens que j’ai encore besoin de sommeil. J’en reprends donc une petite heure avant de me lever et de préparer rapidement mes bagages. Kadir me propose un thé que je ne refuse pas. Quelques tranches de saucisson et du pain trempé dans le thé vont me permettre de démarrer avec un peu d’énergie.

La route en direction de Douchanbé commence par une solide côte de 2 kilomètres. Bien que cueilli à froid, j’en viens à bout et me rassure sur ma capacité à monter les 40 kilos de Colibri en haut d’une pente.

Après une quinzaine de kilomètres, je repère des champs particulièrement verdoyants, signe d’une irrigation. En remontant le cheminement des petits canaux, j’arrive à une belle source dont je profite abondamment pour boire, faire une bonne toilette et une grosse lessive. Je me sens déjà mieux. 

Vers 11h j’arrive à Sharistan, la deuxième ville potentiellement intéressante de cette partie du parcours. Le centre-ville est animé car c’est jour de marché mais en termes de visite touristique, je vais rester sur ma faim. Le seul bâtiment intéressant est un musée, orné bien sûr du portrait du président Rahmon, mais comme on est dimanche, il est fermé. Un gamin d’une quinzaine d’années me demande dans un anglais impeccable si j’ai besoin de quelque chose. Ses parents ont une maison à Sharistan mais ils vivent à l’année à Khodjent où ils travaillent. Lui suit des cours de langues dans une école privée. Il parle ainsi russe, chinois et anglais. Il propose de m’inviter à déjeuner pour goûter une spécialité locale, malheureusement le restaurant est fermé. Pour me consoler, il m’apporte un paquet de gâteaux et une bouteille d’Ice Tea. Quand on se quitte, il me souhaite bon voyage, vante la beauté des montagnes et me met en garde contre les loups qui y rôdent…

J’attaque alors la première étape de montagne de mon périple en pénétrant dans les monts Fan en direction de Douchanbé, distante d’environ 200 kilomètres. La montée n’est pas violente, régulière sur un pourcentage que j’estime à 3%. Pourtant j’éprouve des difficultés à trouver un bon rythme et je dépasse rarement les 10 km/h malgré un petit vent favorable. Au moins ne suis-je pas gêné par la chaleur car le ciel est couvert et même menaçant. Quelques kilomètres après Sharistan, je trouve un bon prétexte pour faire une pause ; un étonnant monument se dresse sur le bord de la route : la statue d’une louve qui nourrit deux bébés, faisant forcément penser au mythe de Rémus et Romulus. En fait, les Asiatiques revendiquent la paternité du mythe de la louve nourricière, qui aurait voyagé vers l’Occident grâce aux Étrusques puis aux Romains qui s’en seraient emparés pour créer le mythe de la fondation de leur ville.

Vers 14h je me mets en quête d’un restaurant car mes petits grignotages de légumes et fruits ne m’apportent pas assez d’énergie. Au niveau du village de Fidarvsi, j’entends une sono qui diffuse de la musique techno et la voix d’un animateur. Croyant avoir à faire à une fête de village, je quitte la route pour me rendre sur le lieu des festivités où je pense trouver un point de restauration. Hélas, il ne s’agit que d’une discothèque ambulante installée ici pour la journée, mais qui n’est accompagnée d’aucun stand de nourriture. Mais un habitant m’indique la présence d’un restaurant à environ 2 km. Je trouve effectivement cet établissement où de nombreux Tadjiks profitent du dimanche en famille. Le jeune serveur ne parle pas un mot d’anglais, et moi j’ai bien du mal à retrouver sur la carte les plats que je connais. Je commande donc des chachliks et je pose le doigt au hasard sur un autre plat, espérant obtenir des légumes; mauvaise pioche ! ce qui arrive sur la table est un morceau de poitrine de mouton composé à 80 % d’os et de gras. Pas vraiment ma tasse de thé, mais qu’importe, avec le thé et le pain tout cela passe très bien et m’apporte l’énergie nécessaire à la poursuite de ma promenade. J’achète aussi un pot de miel car le restaurateur est également apiculteur. Je prends bien soin de le caler dans ma sacoche pour éviter un accident regrettable.

J’ai effectué 40 km, et je m’impose d’en faire encore au moins dix, même si je n’ai qu’une envie, c’est de m’arrêter et de me poser. C’est dur mais j’y parviens et dès que le compteur affiche les 50 fatidiques, je cherche un endroit sympathique pour poser ma tente. Je repère un coin à peu près plat, bordé d’un joli torrent. J’y descends avec colibri et j’observe un peu la situation. Quand j’aperçois un homme dans le champ d’à côté, je me dirige vers lui et lui demande l’autorisation de camper ici. Il me répond en anglais OK puis se ravise et me met en garde contre les chiens errants. Du coup il m’emmène dans la ferme de l’autre côté de la route pour solliciter un hébergement, mais la femme qui l’accueille refuse et assure qu’il n’y a pas de problème avec les chiens. Je repars donc avec le monsieur qui rejoint sa femme et ses enfants. Je croyais qu’il était d’ici mais en fait c’est une famille de passage qui rentre à Khodjent après un week-end à Douchanbé.  Ils font une pause pour boire le thé et m’invitent naturellement à les accompagner. On passe un moment délicieux sur l’herbe avec ce couple et ses quatre enfants très ouverts et qui parlent tous anglais, surtout l’aîné qui suit des études en Pologne. On a quelques bons fous rires, surtout quand je demande si beaucoup de Tadjiks ont plusieurs épouses. Sa femme qui entend la question réagit en lui mettant un couteau fictif sous la gorge. Elle n’a visiblement pas envie de partager !

Quand ils reprennent la route, j’installe mon petit campement, je refais une lessive, une toilette et je m’enferme sous la tente pour me protéger de la fraîcheur qui arrive. En consultant mon altimètre, je constate avec surprise que je suis déjà à 2.200 m. Comme quoi j’ai bien grimpé, finalement.

Sortie d’Istaravshan, pas envie de m’éterniser…
Bel endroit pour une vraie toilette.
Le gamin polyglotte de Sharistan devant le musée.
La louve nourricière, mythe romain ou asiatique ?
Partage du thé avec une famille adorable.

11 réflexions sur “Jour 5, Dimanche 18 août

  1. Avec un peu de retard, on commence aujourd’hui la lecture de ton aventure… 5 ou 6 jours par jour pour bientôt te rejoindre. Merci et belles rencontres!

    Anne-Marie et François Hubert

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  2. Ha dis donc, je ne savais pas pour le mythe de la louve nourricière !

    Ca avait l’air sympa, ce thé en famille.

    Comme je comprends ton plaisir à trouver un point d’eau pour se laver, refaire le plein, se rafraichir…

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    1. Moi non plus, je ne savais pas. Ils auraient retrouvé une fresque très ancienne qui la représente.
      Le thé avec cette famille a été un moment formidable car ils étaient tous joyeux et les femmes, bien que voilées, participaient à la conversation.

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  3. Catherine et moi te lisons chaque matin .

    deux questions

    le décalage horaire est de combien ? Bien que l’heure n’ai pas l’air d’être ta préoccupation principale. Est ce que ta montre est à l’heure locale ou celle de Sablé ?

    Est ce que les evenements qui ont anime les populations en France (JO, Tour de France etc ) ont un quelconque echo là-bas ?

    Bonne route

    Louis (Hubert)

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    1. Bonjour Catherine et Louis. Merci pour votre fidélité. Le décalage est de 3h. Quand je me couche à 20h, vous en êtes au goûter 🤪
      Les JO ont été suivis. La mascotte accrochée à mon guidon parle à beaucoup de gens. En revanche le Tour de France et les 24 heures du Mans sont inconnus. Seules stars connues : Macron et M’bappé.

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