Jour 3, Vendredi 16 août

Zapravska-Okteppa, 95 Km.

La barbe !

Vraiment rien de tel que le plein air pour bien dormir ! La tente et le duvet sont restés dans les sacoches. Mon matelas gonflable et mon sac à viande, pardon Chantal, mon sac à rêves, suffisent à mon confort nocturne. Endormi au coucher du soleil, je me réveille à son lever; le bon rythme. Un petit feu de bois me permet de chauffer mon café. Il faut ensuite que je m’occupe de la pastèque, que je ne peux décemment pas laisser sur place au risque de vexer le généreux donateur. J’en mange donc une bonne tranche et je mets le reste dans un sac plastique pour plus tard. Je laisse les épluchures bien en évidence pour montrer ma satisfaction.

Le remballage est un peu long, comme à chaque première nuit de bivouac. Le temps de reprendre les habitudes. J’emporte mes quelques déchets, tout en sachant que les chances de trouver une poubelle sont minces. Mais rien à faire, je ne peux pas les laisser dans la nature.

Je rejoins rapidement la petite ville de Buston. Là j’ai le choix entre filer plein sud directement vers Duchanbé ou faire un crochet par Khodjent. La première solution est plus courte, mais la seconde m’assure de trouver un distributeur d’argent et une boutique de téléphonie. Totalement démuni d’argent tadjik et sans internet, il me serait difficile de m’aventurer dans les montagnes. L’option Khodjent s’impose donc. 

Dans un premier temps, elle présente l’avantage de me faire bénéficier d’un vent favorable qui forcit d’heure en heure, ce qui n’est pas un luxe sur ce très long faux plat montant d’une vingtaine de kilomètres. Et quand arrive enfin l’heure de la descente, je mets tout à droite et file à plus de 40 km/h.

Mais à environ 10 kilomètres de Khodjent, mon élan est stoppé net par un péage ; une belle barrière sur toute la largeur de la route, comme chez nous. Moment d’angoisse, car je me vois déjà faire demi-tour, refoulé à l’entrée de ce qui s’apparente à une autoroute. Inquiétude confirmée quand je vois un agent courir à ma rencontre, les bras en croix devant lui pour me signifier l’interdiction de passer. Mais à mon grand soulagement, il m’oriente vers le trottoir qui contourne les guérîtes et me montre le chemin à suivre. En fait, je suis juste dispensé de péage et donc interdit de barrière. Ouf ! Belle frayeur. 

Arrivé à Khodjent , je me mets en quête d’un distributeur de billets. Soucieux de ne pas y laisser ma carte bancaire, je veux en choisir un qui est adossé à une banque. Le premier ne m’inspire pas confiance, et le second refuse de me distribuer la somme demandée. C’est alors qu’un jeune homme parlant très bien anglais vient à mon secours, en m’indiquant une banque qui pourrait me délivrer des espèces. Mais celle-ci refuse et me renvoie vers une autre banque. Là aussi le distributeur se montre récalcitrant jusqu’à ce que je m’aperçoive que je dépasse le plafond maximum de retrait autorisé. Une fois la règle du jeu respectée, je récupère mes billets et ma carte bancaire, ce qui est une performance comparé à ma mésaventure de Bichkek (cf. l’épisode précédent…). Je reste toutefois vigilant vis-à-vis du jeune garçon, certes sympathique mais très attentif à toutes mes opérations, y compris à la saisie de mon code secret.

Je lui demande ensuite conseil pour acheter une carte SIM et il m’accompagne jusqu’à la boutique de téléphonie. Là, petite déconvenue, je ne peux bénéficier d’une carte téléphonique que pour 10 jours. Je ne pourrai la prolonger que quand je me serai enregistré dans un hôtel, une auberge de jeunesse ou un camping. Toujours cette satanée manie de suivre les étrangers à la trace… mais l’essentiel est fait, je suis de nouveau connecté.

Ces deux missions accomplies, je dois remercier mon bienfaiteur. Comme il travaille chez un barbier, je lui demande de me raser. Mal m’en prend. Ne disposant comme seuls outils que de tondeuses pour les cheveux, il s’acharne sur ma barbe naissante en appuyant au maximum pour tenter de la faire disparaître. Non seulement c’est très douloureux, mais en outre totalement inefficace. Entré dans le salon avec une barbe de trois jours, j’en ressors avec une de deux jours et demi et le visage en feu. C’est donc plus pour son aide que pour le rasage que je lui laisse la somme qu’il demande.

Pour me remettre de ces émotions je m’offre un repas royal, un plov, une salade et un thé pour 1,50 €. Seul dommage, je ne peux pas recharger mon téléphone car à l’heure de mon repas, l’électricité est coupée dans le petit restaurant.

A un feu rouge, je suis interpellé par une gamine noire de 7/8 ans. Dans un anglais impeccable elle me demande d’où je viens. De France, et toi ? « I come from Dubai to visit my grandmother », sans doute la dame à qui elle donne la main. Curieuse de ma destination, elle me demande pourquoi je vais à Duchanbé. Pour visiter. Et elle « il n’y a rien à voir à Duchanbé, la seule chose intéressante, c’est les pommes enrobées de sucre ». Me voilà prévenu !

La sortie de Khodjent est assez pénible car ça monte et surtout le vent qui m’a poussé pour venir est désormais de face vu que j’ai effectué une large boucle qui me ramène maintenant vers l’Ouest.

La route est de nouveau très large et très fréquentée ; je sais que c’est aussi une route payante. Quand j’aperçois la gare de péage, fort de l’expérience précédente, je m’engage à droite, sur une voie étroite qui évite les barrières. Mais soudain, une voix tonitruante m’interpelle ; je me retourne, fausse alerte, c’est juste un employé du péage qui me manifeste bruyamment son soutien en levant les deux pouces. Re-ouf ! Il faut dire que les gestes d’encouragement sont nombreux et je m’efforce de répondre d’un signe de la main aux nombreux coups de klaxon, pouces levés et autres manifestations de sympathie.

Arrivé dans le village d’Okteppa, je suis arrêté net par une bonne odeur de chachliks. Arrêt obligé car j’ai faim. Dès mon entrée dans le petit restaurant de plein air, je suis invité à une table, les chachliks et le thé arrivent. Un petit moment de bonheur. Et comble de la chance, un client à qui j’ai discrètement fait part de ma recherche d’un lieu de villégiature, demande au patron si je peux rester dormir dans un des petits salons. Permission accordée. Reste à attendre le départ des derniers clients.

Le souci est que les clients, il y en a de plus en plus à mesure que l’heure avance. Et personne ne semble se préoccuper de moi; au point que je suis tout près de renoncer à l’invitation et aller planter ma tente dans un champ. Mais vers 19h30, un des jeunes serveurs me fait signe et me montre le salon qui m’est réservé. Je m’y installe, fais une rapide toilette et m’allonge. Seul petit souci, l’interrupteur du plafonnier est commun à plusieurs salons; impossible d’éteindre sans priver d’autres clients de lumière. Celle-ci restera donc allumée un certain temps, ce qui ne devrait pas m’empêcher de dormir.

A l’attaque de la pastèque.
Tri-Porteurs, au secours !
Le péage de la frayeur.
A l’entrée de Khodjent, un rond point discret.
Douloureux passage chez le barbier.
Pour qui les chachliks de Pascal ?


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7 réflexions sur “Jour 3, Vendredi 16 août

  1. C’est drôle, on oublie presque tes souffrances en lisant les moments où tu rencontres des bienfaiteurs et que tu te régales… Bonne route !!

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  2. Bonjour Pascal! ça fait plaisir de lire à nouveau tes récits de voyage et de pouvoir t’envoyer des encouragements! Bravo et bonne route!

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