Charvak-Tashkent, 78 Km.
Super nuit dans le conteneur de Wahid, la fenêtre ouverte pour profiter du bruit de la rivière. Sans s’être concerté, on se lève tous les deux vers 6h. Au passage, je découvre que le brave garçon a dormi dans une minuscule guérite au bord de la route. Je le remercie d’autant plus, et j’essaye de lui glisser un billet mais il refuse catégoriquement. On se quitte sur une chaleureuse accolade.
A 7h, je suis sur la route pour ma dernière étape. Deux routes sont possibles pour rejoindre Tashkent, une sur chaque rive de la Chichlik. A l’aller, j’ai utilisé celle de la rive gauche qui est la route « officielle », celle qui est signalée sur les panneaux. Je fais donc le choix d’emprunter celle de la rive droite, apparemment moins large et moins fréquentée. Au début, je regrette presque mon choix tant l’asphalte est dégradé, mais cela s’améliore peu à peu et j’apprécie son côté champêtre, car elle est bordée de chaque côté de cultures de légumes et d’arbres fruitiers. C’est d’ailleurs au bord d’un champ que je m’arrête pour prendre mon petit-déjeuner, sous le regard d’un agriculteur qui passera trois fois près de moi sans oser me saluer.
Après une trentaine de kilomètres je rejoins une route plus importante et la circulation s’intensifie, même si, dimanche oblige, presque aucun camion ne circule. Je note quand même que le jour de repos est loin d’être respecté par tous. Les chantiers, qu’ils soient routiers ou de construction fonctionnent, et bien sûr, on s’active dans les champs. Le plus spectaculaire est la récolte des oignons qui bat son plein sur plusieurs kilomètres le long de la route. Je traverse les quatre voies pour aller voir cela de plus près et mon arrivée près des piles de sacs entassés sur le bas côté suscite un petit attroupement. Je suis interrogé, photographié et filmé par les vendeurs d’oignons, tout heureux de cet intermède dans leur journée de travail.
A mesure que j’approche de la capitale, les champs se font de plus en plus rares, remplacés par des villes de plus en plus denses. Et c’est tout naturellement que j’arrive à Tashkent. Je suis impressionné par la dimension des artères par lesquelles j’y accède, des boulevards 2×3 ou 4 voies qui me rappellent les immenses avenues de Moscou. En fait, la ville a été en grande partie détruite par un tremblement de terre en 1966 et donc reconstruite « à la soviétique », avec ces énormes voies d’accès vers le centre-ville. Elle compte aujourd’hui 2,7 millions d’habitants, ce qui en fait la plus grande ville d’Asie centrale.
Afin de rester un peu dans l’esprit « routard », j’ai prévu de séjourner dans un petit hôtel modeste fréquenté par les voyageurs. Mais une surprise m’attend; le réceptionniste refuse tout simplement de me louer une chambre. La raison ? Je n’ai pas été enregistré depuis plus de trois jours, ce qui est formellement interdit ! Je lui explique que j’ai campé et que j’ai été accueilli dans des familles, mais rien à faire, son ordinateur lui indique que mon dernier enregistrement remonte au 5 septembre, à Kokand, hôtel Khan, ce qui est exact. Donc, il n’a pas le droit de me recevoir. La solution ? Sortir du territoire et y rentrer aussitôt, ce qui remet le compteur à zéro. La frontière du Kazakhstan n’est qu’à 22 kilomètres, la chose est donc faisable, mais cela fait quand même 44 kilomètres aller-retour, et je n’ai qu’à moitié envie de me prêter à cette mascarade.
Je préfère donc tenter ma chance dans un autre établissement, en l’occurrence celui où l’on descendra à la fin de notre séjour et où je dois de toute façon laisser Colibri en attente du vol retour. L’enregistrement ne pose aucun problème et je me trouve d’un coup propulsé dans un monde quasi luxueux, avec douche privée, sèche-cheveux, papier toilette à fleurs et piscine. Avec la télévision dans la chambre, je me reconnecte au monde. Je sais depuis hier qu’Elisabeth Il est morte, mais j’ignore tout du reste de l’actualité mondiale. A aucun moment depuis 7 semaines je n’ai éprouvé le besoin d’écouter les informations, bien que l’appli France Info fonctionne même ici. Ce décrochage total fait un bien fou, ça vide la tête et la libère de cette masse d’informations qui nous submerge au quotidien. Mais je me connais, je vais vite reprendre mes habitudes de boulimique de l’information.
Après une longue douche et un début de tri dans les sacoches, je reprends le vélo pour faire un premier tour du centre-ville. Très vite, je tombe sur un quartier hyper-animé au nom évocateur de Magic City, un quartier purement commercial, une sorte de Disneyland en carton pâte avec des boutiques à la place des attractions. Il faut le voir pour le croire ! Et la foule se presse en rangs serrés pour consommer et consommer encore, le tout sous la bannière omniprésente de Pepsi-Cola, sponsor majeur du lieu. Je fais le tour de l’immense bassin qui est au centre du quartier, et j’en ressors pour aller dîner ailleurs. De retour à l’hôtel, je sollicite l’aide du jeune réceptionniste pour trouver demain un marchand de cycles chez qui je pourrais récupérer un carton pour emballer Colibri. Il me donnera des adresses au petit-déjeuner.
Demain, je vous proposerai une visite guidée de Tashkent et je clôturerai ce blog après 50 jours passés tout seul… et avec vous.


















Merci pour ce récit passionnant, éclairant, et souvent très drôle grâce a ta plume. C’était un plaisir de prendre un peu de temps quasi quotidiennement à te suivre.
Et Bravo ! Tu l’as fait boudiou !
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Bravo Pascal. Quel bonheur que ce mois et demi de voyage par procuration. Merci encore de ce partage passionnant. C’est bien mieux que les soirées diapos 😉 . Bonjour à Marthe et bonnes vacances !
Caroline de Vannes
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Merci Caroline. Au plaisir de se croiser de nouveau, à Vannes ou à La Gacilly !
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Question infos tu n as rien manqué rassure toi! Nous, tu nous as régalés et tes récits ont nous manquer!
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Le récit du soir va nous manquer !
Encore bravo pour ce beau voyage bien illustré
Bon sejour et certainement encore de belles découvertes avec Marthe.
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Au niveau des infos tu n as pas perdu grand chose à part des dévastateurs feux de forêts consécutifs au réchauffement climatique, Good save the king nous serons heureux de te revoir
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Quel contraste ! C’est le retour en zone de consommation ! Très curieux ce centre ville « carton-pâte » … Régine et moi te (vous) souhaitons un agréable fin de voyage touristique et un peu moins sportif ?… Tu peux toujours louer un tandem ! On attend la photo ! Profitez bien tous les deux ! Amitiés.
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Bravo pour ce beau voyage et tous ces moments de partage. Quel bonheur de t’avoir suivi dans cette aventure. Maintenant tu vas pouvoir profiter de ta famille. Bravo bravo . Barbara de dives
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Bravo Pascal, il faut le faire quand même ! On est admiratifs. En prime on peut mettre des images sur ces régions dépaysantes. Profite bien avec Marthe de la fin du séjour. Amitiés de Joël et Françoise.
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qui disait que l’oignon cela fait pleurer. la photo ne la montre pas.
Peut-être une petite larme de ceux qui t’on suivis devant l’inéluctable fin de cette magnifique aventure…. en attendant la prochaine!
Mille bravos!!!!!
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Quoi Colibri au carton… ceci dit il a besoin de repos, peut-être pas que lui?
Le rdv du soir va nous manquer, les photos qui nous rapprochent un peu de toi sans aucune douleur de mollets aussi!
Bonne attente de Marthe.
Bises admiratives
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Impressionnant et impressionné.
Que va-t-on devenir sans nos moments quotidiens d’évasion.
Amitiés
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Un seul mot : BRAVO
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