Chinor – Yongibozor, 122 Km.
Malgré la longue distance parcourue, le récit de cette journée sera court car il ne m’est rien arrivé de bien folichon. Alors, je vais commencer par ma nuit, car on sait désormais qu’elles peuvent être plus belles que vos jours…
Hier soir, je vantais le choix de l’Ouzbékistan de miser sur le transport ferroviaire car cela fait quelques millions de conteneurs en moins sur les routes. Mais ils exagèrent quand même. Sans les compter, c’est une bonne douzaine de trains qui sont passés dans la nuit dans un boucan d’enfer. Et encore, ne les ai-je sans doute pas tous entendus. Par ailleurs, j’ai assisté à un drôle de ballet sur la fin de la nuit, vers 4 où 5 heures du matin. A plusieurs reprises, des camions sont venus stationner deux par deux sur cette petite route juste à l’écart de l’autoroute. Garés cul à cul, les deux chauffeurs transvasent des colis de l’un dans l’autre. Bizarre. Trafic ? Plus vraisemblablement remise à niveau avant de passer le point de contrôle situé 500 mètres plus loin. La police arrête tous les véhicules et pèse certains poids lourds avant de les laisser monter le col. Mieux vaut prévenir… À part cela, j’ai apprécié la fraîcheur nocturne et le ciel étoilé malgré la pollution lumineuse de la digue.
Au petit matin, je salue les gars qui passent pour aller au travail et les éleveurs qui emmènent leurs bêtes aux champs. Comme je n’ai plus de gaz, je dégaine mon arme secrète, le réchaud à bois que j’ai pris soin d’emporter au cas où. Et voilà le cas. Il paraît que notre Président nous incite à économiser le gaz, alors je commence dès aujourd’hui. Au moment de procéder à l’allumage, je m’aperçois que je n’ai pas de papier, et cela me fait prendre conscience d’un phénomène incroyable qui m’a échappé jusque là : depuis le début de mon voyage, je n’ai vu personne, mais vraiment personne, lire un journal ! Pas un seul kiosque à journaux, pas une boutique qui vende la moindre feuille de chou. À y réfléchir, c’est proprement incroyable.
Donc, pas de papier, mais plein de petit bois très sec qui conviendra parfaitement. Ce minuscule réchaud, de fabrication nantaise, est super léger et très peu encombrant ; je l’ai beaucoup utilisé dans les Carpates. Il est parfait pour le café car il chauffe l’eau rapidement ; en revanche, il est difficile de cuire des pâtes ou du riz car, sur la durée, il faut alimenter le minuscule foyer en permanence.
Le petit remballage est rapide et à 7h30, je suis sur la route. Tashkent est à environ 100 kilomètres, soit à portée de main le soir même. Mais j’ai fait le point avec Marthe et son arrivée n’est prévue que le 17, soit dans plus d’une semaine, ce qui me laisse le temps de vadrouiller encore un peu dans le pays. Comme je ne veux pas me diriger vers Samarcande et Boukhara que nous allons visiter ensemble, je regarde vers le nord de Tashkent et je découvre un lac, le lac Tcharvac qui semble offrir de belles possibilités de bivouac, voire même quelques plages. Il est situé à 200 kilomètres de Chinor, où je me trouve, ce qui est faisable en deux jours. C’est donc parti pour un petit crochet de 200 bornes.
Mais d’abord, il faut reprendre sur 75 kilomètres cette autoroute en direction de Tashkent, pas d’alternative possible. Je m’y colle avec ardeur et l’envie d’en finir au plus vite avec ce bruit incessant et le danger permanent lié à l’intensité du trafic et le peu de considération des conducteurs pour cette petite chose insignifiante sur deux roues. Je suis souvent sur grand plateau, je limite les arrêts et du coup le compteur tourne vite. Les dix derniers kilomètres sont les plus pénibles car on approche de Tashkent et la circulation ne cesse de s’intensifier.
Après près de quatre heures à ce régime, je bifurque enfin vers le nord. En quelques hectomètres, je change littéralement de monde; la petite route est calme et j’entends à nouveau le silence. Certes l’asphalte est moins beau, mais quel soulagement de ne plus être sous pression en permanence !
Pour fêter cela, je m’arrête casser la croûte dans le village de Gulabad. Ma présence suscite évidemment de la curiosité, mais je sens les gens plus réservés que dans la vallée de Ferghana. Ils sont moins nombreux à venir me voir et surtout moins exubérants. Il y a quand même l’instituteur qui laisse ses élèves et traverse la route pour me saluer. Il fait un selfie et retourne poursuivre son cours de gymnastique à l’ancienne : mouvements coordonnés des bras et des jambes, flexions, petites courses, sauts sur place, le tout au rythme des « 1, 2, 3, 4 »; cela me rappelle les bons vieux cours de gym de Jean Pinon dans les années soixante.
Je reprends la route avec l’idée de couvrir au moins 110 kilomètres afin de réduire la distance restante pour demain car le lac est à 800 mètres d’altitude, il va donc falloir monter un peu sur la fin.
J’atteins l’objectif facilement, la chaleur étant quand même moins écrasante que les jours précédents. Mon point d’arrivée sera la ville de Yangibozor, qui me surprend par sa taille, son animation et la qualité de ses aménagements, notamment plusieurs jolis parcs au bord des deux rivières qui confluent à cet endroit. C’est d’ailleurs dans l’un d’eux que je décide de passer la nuit. Après avoir fait mes repérages, je vais manger une bonne assiette de samsas, repas que je complète avec des fruits achetés sur le marché. J’ai très envie d’une bière, mais le supermarché n’en vend pas. Tant pis, encore une journée sans alcool.
De retour dans le parc, je m’installe sur un banc pour écrire et j’attends que la fréquentation diminue pour m’installer dans un petit coin discret et pas trop éclairé. J’ai quand même une petite inquiétude car les pelouses sont équipées d’un système d’arrosage automatique et j’apprécierais moyennement qu’il se déclenche au milieu de la nuit. Mais je vois des vannes manuelles et je ne pense pas qu’il y ait de programmation. Confirmation demain matin…











Tu as donc pris avec toi un mannequin sans tête pour prendre des photos de ton campement, riche idée 💡 🙂
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Pascal, tu arrives au bout de ton formidable périple, Tashkent est en vue et je connais quelqu’un qui doit avoir les pieds dans les starting-blocks pour te rejoindre… c’est chouette ! Profite bien de ton temps de « vadrouille » et on attend la suite ! Courage, on suit ! @+
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Bonsoir Pascal,
Celà m‘as émue que tu soulignes les cours de gymnastique de papa. Tu n‘as pas oublié Jean Pinon, ça réchauffe le cœur. Merci.
Nous te souhaitons encore tout plein de belles rencontres.
Je t‘embrasse,
Marie-Claude
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