Chodak – Chinor, 84 Km
À 6h toute la maisonnée est debout. Les femmes s’activent à nettoyer la cour, c’est à dire à balayer les feuilles. Je m’apprête à partir, quand la maman, qui s’appelle Gulbahor, m’intercepte pour me proposer un thé. Je le partage avec son époux et, chose exceptionnelle, elle vient se joindre à nous. Hier soir encore, hommes et femmes ont mangé séparément. Je m’amuse de son changement de comportement à mon égard; hier soir, elle m’a accueilli froidement, avec un air revêche qui a failli me décourager d’insister. Ce matin, elle m’a littéralement adopté et j’ai l’impression qu’elle a envie de m’embrasser! Autour de nous c’est l’effervescence, les belles filles sont là avec les enfants et tout le monde veut profiter des derniers moments avec moi. Au moment de partir, je glisse un billet dans la main de la maman mais elle refuse catégoriquement. Du coup je le glisse discrètement sous ma tasse de thé. Une dernière photo de famille et je prends la direction indiqué par le papa. Une petite route doit me ramener vers l’autoroute Kokand -Tashkent et il me précise bien que je dois tourner à droite. Cela ne fait aucun doute dans mon esprit, mais je prends ses consignes en considération. Quelle n’est pas ma surprise en arrivant au fameux carrefour, de le trouver là, près de sa voiture, pour m’indiquer la bonne direction. Je ne risquais pas de me tromper.
Dès que je prends cette autoroute, cela commence à monter, et je sais que je suis parti pour environ 35 kilomètres d’ascension. Il est moins de sept heures et pour le moment, la température est très agréable. Mais je sais que cela ne va pas durer.
En soi, le col de Pereval n’est pas particulièrement difficile. De l’endroit où je le prends, le dénivelé est de 1400 mètres.Il monte de façon régulière, avec quelques pointes autour de 10 %, mais sur un revêtement de qualité ce n’est pas trop difficile. Ce qui rend la montée pénible c’est évidemment la chaleur qui monte au fil des heures, mais aussi l’intense circulation qui règne sur cette route qui est la route de la soie historique, mais aussi la nouvelle route de la soie voulue par la Chine. C’est quasiment un passage obligé entre la Chine et la Turquie, porte de l’Europe.
Au total il me faudra six heures pour franchir le col soit cinq heures d’effort intense entrecoupées de pauses parfois courtes juste pour me rafraîchir, parfois plus longues pour m’alimenter. À 5 km du sommet je m’arrête même dans un restaurant pour faire un vrai repas. J’ai toutes les peines du monde à choisir un plat sur un menu sans illustrations , jusqu’à ce que le garçon accepte enfin de m’emmener dans la cuisine pour me montrer ce qui bouillonne dans les gamelles. Sur les dernières rampes, je transpire comme je pense n’avoir jamais transpiré.
Et c’est dans cet état, dégoulinant de sueur, que je suis arrêté à l’entrée du tunnel qui marque la fin de la montée. Un soldat, armé de son fusil, se met en travers de mon chemin et me pose des questions auxquelles je suis incapable de répondre jusqu’à ce que j’entende le mot passeport. Je lui tends ledit document, avec lequel il disparaît pendant près d’un quart d’heure. Il me le rend et m’invite à passer mais me dit quelque chose en me montrant l’autre bout du tunnel. À la sortie, je ralentis, m’attendant à voir surgir un de ses collègues, mais rien ne se passe, alors je continue mon chemin. Mais 2 kilomètres plus loin se présente un autre tunnel. Et la même manœuvre recommence ; un jeune soldat me demande mon passeport et disparaît dans sa guérite pour appeler ses supérieurs. Pendant ce temps, je discute avec le responsable de la sécurité du tunnel qui m’invite d’ailleurs à mettre un gilet jaune ce qui est tout à fait raisonnable et que j’avais oublié en traversant le premier tunnel. Comme son collègue précédemment, le jeune soldat revient, me rend mon passeport, et m’invite à poursuivre mon chemin.
La descente est un peu sportive pour une raison bien particulière ; beaucoup de camions, très chargés, descendent au ralenti en utilisant leur frein moteur. Du coup ils roulent beaucoup moins vite que moi et je n’ai pas envie de rester derrière. Donc je les dépasse. Mais le problème, c’est qu’ils ne roulent pas toujours à droite, ils sont souvent sur la file du milieu; il faut donc les dépasser par la droite, un exercice qui procure quelques frissons.
Arrivé dans la vallée, je songe à m’arrêter pour aujourd’hui car je trouve que la montée d’un col se suffit à elle-même. Mais la route s’insinue dans une sorte de gorge, sans aucune route adjacente, si bien que je ne vois aucune solution pour trouver un coin de bivouac. Je poursuis donc mon chemin beaucoup plus longtemps que je ne l’aurais voulu, jusqu’à ce que je vois sur la carte une vaste retenue d’eau qui pourrait offrir de belles possibilités. Je fais donc l’effort supplémentaire pour couvrir les 8 kilomètres qui me séparent d’une petite route qui semble descendre vers ce grand plan d’eau. Mais, arrivé sur place, je découvre que la petite route en question est celle qui passe sur la digue de retenue du plan d’eau, ce qui interdit tout accès au lac. De plus, la traversée de cette digue est strictement interdite. J’ai beau explorer quelques chemins, aucun ne mène au bord de l’eau. Je renonce donc à une baignade pourtant espérée et je tourne un peu dans le coin jusqu’à trouver un petit espace protégé qui, certes, ne dispose pas d’eau, mais qui fera l’affaire pour ce soir. Un ruisseau à proximité va quand même me permettre de faire une bonne toilette.
Vient ensuite l’heure de la popote et je me régale d’avance de déguster mes trois œufs qui, cette fois, sont restés intacts dans ma sacoche. Je choisis de les faire à la coque et je déclenche la minuterie dès que l’eau se met à bouillir. Hélas, la cuisson s’arrête avant les quatre minutes fatidiques et pour cause, la bouteille de gaz est vide. Je n’en avais pas acheté de troisième, pensant vraiment que celle-ci irait jusqu’au bout du voyage. Je mange quand même les trois œufs mais la cuisson n’est vraiment pas à point. Il est 19h30, la nuit est tombée, j’installe mon petit couchage, toujours en faisant l’économie du montage de la tente. Comme à chaque fois que je dors à la belle étoile, j’espère pouvoir observer le ciel. Mais c’est presque pleine lune d’une part et, d’autre part, la digue sur le barrage est illuminée comme une guirlande de 14 juillet. Tant pis, je vais simplement dormir…














J’adore le petit billet caché sous la tasse. Une question fatidique s’impose : ça te fait combien de D+ À ton actif 2022 ? 😜
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J’adore le petit billet caché sous la tasse. Une question fatidique s’impose : ça te fait combien de D+ À ton actif 2022 ? 😜
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Quand on aime on ne compte pas ! Une chose est certaine, la réponse est… moins que vous 😉
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On va ouvrir une antenne en Ouzbékistan si le transport ferroviaire est à l’honneur 🤣… Et un nouvel adhérent, un 🤣… En attendant, bravo pour ce nouveau col… Hip, hip, hip…
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Et un col de plus à ton palmarès. Bravo champion !
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sais-tu que tu ne sera pas le seul étranger cette semaine dans le pays? Un sommet président russe /président chinois est prévu dans les prochains jours à Tachkent!!!
Il faudra rester planqué.
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On voit bien que tu suis pas l’actualité toi. Il l’a dit, Manu ! Fini l’abondance ! Et notamment sur le gaz.
Bonne fin de route à toi, et quel effort encore que ce dernier col !!
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Message reçu, je passe au réchaud à bois. 😄
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Bientôt je n’aurais plus rien à lire avant de m’endormir ….!il va falloir que je retourne à la bibliothèque. J’ai beaucoup aimé ces moments partagés et suis impatiente d’aller t’écouter nous raconter ton aventure. Viens avec Colibri.
Quel sera le prochain défit? Tu dois bien avoir une petite idée déjà…?
En attendant, à demain
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Plusieurs petites idées … il va falloir choisir.
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Mon cher Pascal
Nous sommes sur la Viarhona depuis quelques jours….avec de plus des velos électriques.(il es vrai que j’ai quelques années de plus que toi)..quel plaisir de te lire…ça relativise tous nos pbs.
Periple toujours impressionnant pour moi
Bonne suite et au plaisir d’échanger
Jean
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Merci, Jean. Encore un bienfait de ce voyage : renouer avec d’anciennes connaissances. Au plaisir.
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L accueil de la population est très émouvant d autant que désintéressée et pauvre
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