Mardi 6 septembre, une journée coton.

Kokand-Chodak, 65 Km.

Dès potron-minet, je retourne comme prévu au palais du Khan pour photographier la façade. J’ai l’agréable impression d’avoir ce magnifique monument pour moi tout seul. La température est encore agréable, la lumière est belle, j’en profite pour détailler les différents motifs qui ornent les panneaux. En y regardant de près, on distingue nettement les parties qui on été rénovées et celles qui sont d’origine. L’ensemble est très lumineux et harmonieux. C’est juste dommage que deux énormes panneaux à la gloire de la fédération de taekwendo gâchent le paysage. Ils n’ont pas encore été démontés après les festivités de l’indépendance qui se sont déroulées ici.

Je retourne ensuite à l’hôtel pour prendre le petit-déjeuner et réparer encore mes sacoches arrières qui sont béantes. Cette fois je leur impose un véritable cerclage de scotch qui devrait m’éviter de perdre du matériel en route.

Avant de reprendre la route, je refais un tour devant le palais et dans les ruelles de la vieille ville, puis je file plein est sur une petite route qui me rallonge encore mais retarde le moment de reprendre l’inévitable autoroute qui mène à Tashkent. L’idée est de m’approcher le plus possible du col de Pereval, situé à une centaine de kilomètres de Kokand afin de le franchir demain matin.

La route n’est pas folichonne, mal entretenue et surtout totalement dépourvue d’arbres, si bien que j’ai rapidement très chaud. Je m’arrête acheter de l’eau et boire un thé dans un petit bistrot qui semble être un peu la cantine de l’école. Trois enseignantes y boivent le thé et quelques gamins en uniforme passent acheter des confiseries. Je me demande comment ils font pour supporter leur chemise à manches longues et leur cravate !

Un peu plus loin, je tombe sur la scène que je guettais depuis un moment, la cueillette du coton. Cette plante est mise en terre en avril, fleurit en août, puis donne des coques qui en s’ouvrant libèrent les graines qui sont munies de longs filaments. La cueillette s’étale sur tout le mois de septembre car toutes les coques ne s’ouvrent pas en même temps. Plusieurs passages seront donc nécessaires. Avec environ un million de tonnes annuelles, l’Ouzbekistan est le 6ème producteur mondial. Sa production forcenée depuis l’ère soviétique est désastreuse sur le plan environnemental; l’énorme besoin en eau qu’engendre cette culture a largement contribué à l’assèchement de la mer d’Aral. En outre, l’usage massif de pesticides pollue les cours d’eau et les nappes phréatiques. Enfin, le travail forcé pour les étudiants et les fonctionnaires, ainsi que le travail des enfants ont contribué à la mauvaise réputation du coton ouzbek, qui était boycotté par l’Union européenne. Le nouveau président Mirzioiev, a interdit ces deux pratiques et l’Organisation internationale du travail contrôle désormais l’application de ces règles qui permettent au coton ouzbek d’être de nouveau importé en Europe.

Il n’empêche que ce travail dans les champs sous un soleil de plomb doit être harassant. Les cueilleurs sont littéralement emmitouflés pour se protéger du soleil. Un sac accroché à la ceinture, ils, et surtout elles, doivent laisser les coques et cueillir les fibres et les graines qui seront séparées ensuite. Les premières femmes à qui je m’adresse refusent que je les prenne en photo, mais leurs copines plus loin m’invitent au contraire à leur tirer le portrait. Je ne me fais pas prier, mais c’est mon téléphone qui abdique : il se met en veille de sécurité pour cause de surchauffe, c’est dire.

Après avoir rejoint l’autoroute, je traverse le Syr Daria, un des grands fleuves d’Asie centrale avec ses 2.200 kilomètres de long. Victime du détournement de ses eaux pour l’irrigation, il a vu son débit diminuer, ce qui est à l’origine de l’assèchement de la mer d’Aral qu’il alimente. Pour le prendre en photo, je m’engage de quelques mètres sur un ancien pont, ce qui me vaut une belle engueulade d’un militaire posté sur une plate-forme de surveillance. Je prends quand même le temps de faire ma photo, avant de le saluer chaleureusement au passage. Je n’ai pas compris l’intérêt stratégique de ce pont…

A partir de là, la route commence à monter et la chaleur étouffante rend l’effort pénible. Je m’arrête à plusieurs reprises dans des stations services de gaz pour m’asperger et même rincer mon t.shirt dans un lavabo et le renfiler mouillé. Je me contrains à aller jusqu’au village de Xonobod qui affiche sur la carte une rivière et un plan d’eau. Mais la réalité est moins verte, la rivière est à sec et le plan d’eau introuvable. Je m’arrête dans un restaurant qui ne sert rien de consistant à cette heure de l’après-midi, aussi je me contente d’un litre d’Ice-Tea et de quelques gâteaux secs. Après avoir fait quelques courses pour le dîner, je traverse le village à la recherche d’un point de chute.

Après avoir essuyé plusieurs refus de propriétaires de terrains, je me retrouve dans le village suivant, Chodak. Un petit restaurant de bord de route adossé à une maison avec jardin attire mon attention. La patronne refuse tout d’abord de m’accueillir, mais j’insiste un peu, ses fils arrivent et acceptent finalement. Ils me proposent une couche près de l’échoppe, au ras de la route, qui est assez passante. Va pour la couche. A partir de là, c’est l’enchaînement classique, on se sourit, on boit le thé, on se tape dans le dos et me voilà adopté par la famille. Je fais la connaissance du mari, des belles-filles, des petits-enfants, du voisin, et vive la France ! Je mange un délicieux fromage frais aux herbes et les incontournables raisins et pastèques. Quelques rares clients passent acheter une boisson ou manger un bol de fromage blanc, et la famille occupe l’essentiel des tables. Vers 20h, alors que je commence à m’allonger sur ma couche, le plov arrive sur la table. Et allez, troisième soirée plov ! Ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre.

Le repas terminé, le papa décide que l’endroit est trop bruyant pour dormir, ce que je ne conteste pas. Et il m’installe dans un salon de la maison des enfants, voisine de la sienne. En deux temps trois mouvements tout mon matériel est rapatrié dans la maison, Colibri roule dans le jardin, et me voilà confortablement installé sur une bonne épaisseur de tapis. Moi qui voulais partir très tôt pour être en haut du col avant midi, ce sera peut-être plus difficile que prévu.

Les jardins autour du palais sont très bien entretenus.
Arrosage à la façon ouzbèque, on inonde.
Le gaz passe partout, parfois dans des conditions de sécurité douteuses.
Chemise et cravate par cette chaleur !
Les premières bogues de coton éclatent.
La coque éclatée libère les graines et leurs filaments.
Sac accroché à la taille, les cueilleuses arpentent le champ.
Protection maximale contre le soleil.
Les cueilleurs doivent éviter de prendre les coques.
Fière de son travail.
Belle cueillette, jolie cueilleuse.
Sac prêt à être enlevé.
Il y a la queue devant la coopérative.
Nos futurs blu jeans ou t.shirts.
Le Syr-Daria, victime de la culture intensive du coton.
Joyeuse soirée avec Ahkbar.
La couchette près de la route…
… et la pièce où je dormirai finalement.

3 réflexions sur “Mardi 6 septembre, une journée coton.

  1. C’est la fin de ton périple avec Colibri puisque tu arrives à Tachkent.
    Que de belles rencontres ! C’est impressionnant !
    Belle découverte d’un pays méconnu. Merci pour ce partage !

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