Lundi 5 septembre, Rishtan – Kokand, 52 Km.
Rien de tel que la belle étoile pour dormir quand il fait très chaud, on profite ainsi au mieux de la fraîcheur nocturne. J’ai simplement dormi dans mon sac à viande et je ne me suis glissé dans le sac de couchage que vers 5h du matin, alors que le soleil se levait. Debout à 6h, je n’en ai pas pour très longtemps à ranger le matériel, et je prends le temps de boire un bon café avant de partir. En rejoignant la grande route en direction de Kokand, je découvre des dizaines d’échoppes qui vendent de la poterie et de la faïence. Mais on est loin des artisans rencontrés hier; ici les articles sont des produits de masse, sans intérêt, fabriqués industriellement, peut-être en Chine. D’ailleurs j’ai beau regarder à l’arrière des boutiques, je ne vois pas un seul atelier de potier. Je passe donc rapidement mon chemin.
La 2×2 voies est confortable et toujours aussi plate, ce qui me permet d’avancer sur un bon rythme. Celui-ci va pourtant être rompu par un événement qui restera à coup sûr un moment très fort de mon voyage.
Depuis ce matin, je vois des enfants en uniforme qui se rendent visiblement à l’école. En effet, c’est jour de rentrée. Soudain, je passe devant une école très animée, remplie d’enfants et de parents regroupés en cercle dans la cour, avec une sono qui envoie de la musique. Je m’arrête et interroge les policiers qui font la circulation devant l’établissement. Ils me confirment que c’est la fête de rentrée. Je pose Colibri, sollicite l’autorisation d’entrer et de faire des photos. Après avoir pris l’avis des policiers, un professeur me donne le feu vert. A peine ai-je franchi le portail que je suis entraîné dans un véritable tourbillon. Tandis que des enfants exécutent une danse au milieu du cercle, on me fait fendre la foule, passer devant tout le monde, une petite fille vient m’offrir des fleurs, tous les enseignants qui étaient assis à une table, se lèvent et me cèdent une place au milieu d’eux. En quelques secondes, je suis devenu l’invité d’honneur de la fête de rentrée. J’en suis gêné pour les enfants qui continuent à danser au rythme de la musique, chacun tenant un chiffre qui représente sa classe.
Et le meilleur arrive ! Une jeune professeur qui parle parfaitement anglais me demande si je veux bien prendre la parole pour exprimer mes sentiments ! Et me voilà félicitant élèves et enseignants pour cette joyeuse fête de rentrée, un événement qui n’existe pas chez nous. Je les remercie pour cet accueil incroyable, leur dis mon émotion (sincère) et je leur souhaite une bonne année scolaire. Le tout traduit par la jeune professeur, filmé par le papa vidéaste officiel et souligné par des salves d’applaudissements enthousiastes. C’est totalement improbable ! Ensuite, c’est une longue séance de photos avec les uns et les autres qui veulent garder un souvenir du passage du Français, jusqu’aux policiers qui y vont aussi de leurs selfies quand je reviens sur la route. Je sors de là totalement abasourdi et une fois encore enthousiasmé par ce naturel chaleureux des Ouzbeks.
Quelques kilomètres plus loin, changement d’activité, mais ambiance aussi chaude. Sur le bord de la route, des hommes et femmes s’activent autour de tas de charbon. A la base, il y a un tas d’énormes morceaux qui arrivent directement de la mine, si gros qu’ils sont inutilisables en l’état. Les hommes se chargent donc de les casser à l’aide de masses, puis les femmes entrent en action pour séparer et mettre en sac les gros morceaux, les petits et la poussière. Les premiers seront vendus 1,30€ le sac, les seconds 1€ et la poussière 0,60€. Le travail, effectué en plein soleil est harassant et très polluant pour les yeux et les poumons. Et ce sont les femmes qui s’y collent. Dans le même genre, je vois régulièrement des employés municipaux balayer les rues, désherber et sarcler les parterres en ville. Et tous sont des employées municipales.
Quand je m’arrête observer des gens qui travaillent, je crains toujours de déranger et de les importuner, voire de passer pour un touriste nanti et voyeur, surtout dans ce genre d’activité peu valorisante. Je montre donc mon intérêt pour leur activité et j’entre doucement en contact. Ici, très vite, le courant passe, les questions fusent et les sourires arrivent, et ce sont eux qui sont demandeurs de photos souvenirs. C’est exactement ce qui se passe avec ces charbonniers, tout heureux que je m’intéresse à eux et à leur travail. Je me demande juste s’ils prennent une douche chaque soir…
Un peu plus loin, je choisis de quitter la grande route pour prendre le chemin des écoliers, c’est le jour ! Cela me rallonge de quelques kilomètres mais j’ai envie d’un peu de calme. Bonne pioche ! Dans le premier village traversé, deux hommes et une femme attablés me hèlent et me font signe de m’arrêter « one minute » précise l’un d’eux. Ce sont des commerçants installés sur leur propre terrasse, à côté de leur épicerie. A peine assis, j’ai une délicieuse glace vanille dans la main. Et c’est parti pour les questions rituelles sur ma provenance, mon voyage, et combien de jours, et à bicyclette, et tout seul, et pourquoi ??? Tout d’un coup, la femme se lève pour rejoindre la boutique. Je pense qu’un client est entré, mais non, elle revient avec un petit chapeau ouzbek qu’elle me pose sur la tête. Cadeau. Puis, me voyant en sueur, elle retourne chercher une petite serviette de toilette. Re-cadeau. Pas étonnant que mes sacoches craquent de toutes parts !
Avec tout ça, moi qui pensais arriver à Kokand vers 11h, je n’y serai qu’à 13h. Mais ce n’est pas grave.
Décidé à prendre une chambre d’hôtel pour me laver et faire une lessive, je m’adresse à celui que j’ai repéré, mais il est complet ou plutôt ne dispose plus que de chambres quadruples; un peu vaste quand même. Dans le deuxième, la fille, strictement voilée, ne parle que l’ouzbek mais on se met quand même d’accord, jusqu’à ce que son patron, joint au téléphone, lui dise que non, elle ne peut pas me recevoir. Parce que je suis étranger ? Mystère.
Du coup, j’abandonne mes recherches et je visite une première mosquée dans laquelle je me fais rabrouer par un ancien qui n’apprécie pas que je rentre par la grande porte; il semble vouloir me faire passer par le côté. Je fais le bêtas qui ne comprend pas, ce qui est la réalité (que je ne comprends pas) et j’entre par là où je veux. C’est l’heure de la prière du midi, les hommes affluent pour prier en plein air, la salle étant fermée pour travaux. Je m’éclipse discrètement, mais je retombe sur l’ancien, qui a visiblement de la suite dans les idées me concernant. Il me refait son numéro, je lui fais signe que je m’en vais et je file. Je vais juste en face m’enfiler trois chachliks pour calmer ma faim. Pas de couverts, pas de pain, aucun accompagnement, pas de serviette en papier, pas de sourire, c’est service minimum, des chachliks chiches, quoi… Bon, on ne peut pas être accueilli en héros partout, non plus !
Je me dirige ensuite vers le palais du Kahn, mais je suis arrêté dans mon élan par un lieu intéressant, le complexe Jome, un musée d’arts appliqués. Autour d’un ancien minaret, des ateliers d’artisans et des écoles artistiques ont été aménagés dans des bâtiments anciens aux plafonds richement décorés. Kokand réunit tout le savoir-faire des artisans de la vallée de Ferghana, la sculpture sur bois, la coutellerie, la marqueterie, la joaillerie, etc. Un petit musée présentant de belles œuvres de maîtres complète cette présentation.
À quelques encablures de là, le palais du khan (prince) Khudayhar est le centre de la ville et son principal point d’attraction. Ce palais qui date du 19ème siècle, symbolise la puissance du khanat de Kokand qui dominait aux 18ème et 19ème siècles toute la vallée, Tashkent et une partie de l’actuel Kazakhstan. Constitué à l’origine de 7 cours et 114 pièces, le palais est réduit à 4 cours et 19 pièces aujourd’hui, les Russes en ayant détruit la majeure partie en 1876, après avoir conquis la région et mis fin au khanat. Il manque notamment le harem où séjournaient les 43 épouses du prince. La principale attraction est sa façade, richement décorée de briques vernissées aux couleurs vives et flanquée de quatre minarets et deux coupoles.
Juste derrière, je repère un petit hôtel qui va m’accueillir pour la nuit. En chemin, je rencontre Numon, chauffeur routier qui sillonne l’Europe au volant d’un camion d’une société lettone. Il transporte entre autres des tomates d’Espagne vers la Lettonie… Il me montre des photos de Berlin, Rome, Barcelone ou encore Riga. Tout content de voir un Européen, il m’invite à manger un plov chez lui ce soir. A 18h, douche et lessive faites, il vient me chercher. Il me présente ses enfants, mais pas sa première épouse qui vit dans la maison. Mais il est vrai qu’il ne me présente pas non plus le buffet ou le canapé. Quand il est présent au pays, sa seconde épouse vit dans une autre maison. Mais pendant ses missions de quatre mois environ, les deux familles se réunissent sous le même toit.
Après un thé apéritif copieux, on passe au plov, préparé par son frère. Je peux alors assouvir mon addiction au riz car il est délicieux. Le plov de Kokand est réputé car il est fait à base d’un riz particulier. Il contient des carottes, des pommes de terre et quelques petits morceaux de viande, le tout bien parfumé. Mon plaisir est un peu gâché par Numon qui mange avec les doigts avec force bruitages peu ragoûtants. On parle pas mal de religion car c’est un pratiquant assidu; il interrompra d’ailleurs notre discussion pour aller prier dans un coin de la pièce. Il craignait beaucoup d’aller en France car ici, Emmanuel Macron a la réputation de ne pas aimer les Musulmans. En réalité, il s’est aperçu que notre pays est très tolérant. La soirée est marquée par une panne de courant qui dure encore quand j’annonce mon intention d’aller me coucher. Numon me raccompagne après avoir pris mes coordonnées téléphoniques et l’adresse de mon blog.




























si les tombes sont particulièrement larges, c’est pour pouvoir écarter les coudes!!!!
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😂
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Que de beaux récits chaque jour que nous attendons !
C est juste magnifique de vivre ce voyage avec toutes ces belles photos!
Bonne continuation
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Merci pour ce beau moment de bonheur et de partage que tu nous fais vivre. Tu es une vraie vedette. Barbara de dives
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Tu as vraiment une tête à chapeau tu devrais le porter régulièrement à Sablé. Sinon je pense que les gens sont souvent heureux de faire une rencontre de partager, d échanger, le lien social existe partout pourvu que, comme toi, on vient vers eux sans à priori et amitié, tu prouves également que l on peut sortir du train train quotidien
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Quel magnifique ambassadeur tu fais !… Ce rôle te va bien et j’espère qu’un maximum de tes rencontres ont ou auront accès à ton blog. Nous mesurons notre chance (bien qu’à plus de 70 ans, je maitrise encore !…). Courage à toi, on suit ! @+
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Merci pour votre fidélité très matinale !
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Moment incroyablement émouvant dans cette école. On en aurait la chair de poule ! Quel charisme !
Je remarque que si les écoliers ouzbeks fêtent le début de l’année scolaire, chez nous c’est plutôt la fin qu’on célèbre…
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Oui, j’étais très ému.
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Non mais je le crois pas, invité d’honneur de la fête de rentrée ! Ils vont bientôt ériger une statue à ton effigie 😹😹. En tout cas tu te régales et tu nous fais vraiment envie. Cédric, de l’agence, n’est pas surpris de l’accueil que tu reçois.
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