Poisson et dessert.
Finalement, je trouve les tables de restaurant plus confortables pour dormir que pour y manger. La position à genoux ou accroupi ne me convient vraiment pas. Avant-hier soir, je n’arrêtais pas de changer de position pour ne pas souffrir de crampes. En revanche, allongé sur la table, je suis très bien. Donc, bonne nuit, sans trop de bruit finalement, compte-tenu de l’emplacement.
Je reprends l’autoroute vers 8h, bien décidé à rallier Marguilan avant midi car la météo prévoit 37 degrés à l’ombre, soit p’us de 50 au soleil sur le bitume. Mais dès le début, je sens bien que je ne suis pas dans ma meilleure forme. Mon tube digestif n’est pas complètement remis des agapes d’avant-hier et des excès d’hier soir, dont les deux vodkas. Du coup, j’ai un peu mal à la tête. Tout au long de la matinée j’éprouverai le besoin de boire des litres et des litres d’eau. Je n’ai aucune difficulté à m’en procurer car il y a des petits magasins tout le long de la route. D’ailleurs, c’est bien simple, je suis toujours en ville. Sur les 75 kilomètres de la journée, je n’en ferai pas plus de cinq en campagne. Tout le reste du temps, je suis en agglomération, ce qui traduit bien la densité de population qui vit dans cette vallée bénie des dieux pour son sol et son climat.
Sur les rares parties cultivées, une seule plante occupe les champs, le coton. De loin, cela ressemble à des groseilliers ou des framboisiers, sauf que les petites fleurs blanches n’ont rien à voir avec des fruits rouges. Je pense que la récolte ne devrait pas tarder car pas mal de fleurs sont à maturité.
La circulation est vraiment facile sur cette autoroute plate, large, et parfois doublée d’une contre-allée qui fait office de piste cyclable. Ce n’est qu’au bout d’une quarantaine de kilomètres que la route se dégrade et passe en circulation à double sens. A Khouva, je m’arrête observer une statue géante dans un parc écrasé par la chaleur. D’ailleurs, je plains les participants à un mariage, obligés de porter la veste et le pantalon. Déjà que je transpire en short et t.shirt…
Vers midi, je n’en peux plus de la chaleur qui accentue mon mal de tête. J’éprouve le besoin impérieux de faire une vraie pause. Après avoir mangé une banane, je m’allonge sur un banc devant une épicerie et je m’assoupis. Je dors ainsi peut-être une vingtaine de minutes, mais cela ne me fait pas beaucoup de bien. Je repars presque aussi vaseux. Tout au long du chemin je n’ai qu’une seule envie, m’allonger à l’ombre et dormir. C’est donc au forceps que j’arrive enfin à Marguilan vers 13h.
Des l’entrée de la ville, je tombe sur un ensemble religieux du 17ème siècle. La pièce principale est le mausolée Pirsiddik. J’ai de la chance car il est généralement fermé, mais l’imam vient d’y entrer avec quelques visiteurs. Deux sortes d’énormes sarcophages recouverts de tapis occupent presque tout l’espace du petit bâtiment. Je ne comprends hélas rien à ses explications, mais il m’invite à m’asseoir à ses côtés et se met à psalmodier quelques prières. Je respecte et j’apprécie même ce moment de recueillement. A l’extérieur, les visiteurs demandent à être pris en photo avec mon vélo au milieu des pigeons que tout le monde se fait un devoir de nourrir.
Dans le centre-ville, je repère de loin deux minarets très hauts. En m’approchant, je découvre qu’ils marquent l’entrée d’une très vaste mosquée composée de nombreux bâtiments. C’est la mosquée Khonakoh, qui date des 15ème et 16ème siècles et subit actuellement une énorme rénovation. Malgré les travaux, je peux admirer certains éléments très beaux, dont des piliers en bois sculptés. L’intérieur est classique, même si la coupole est richement décorée. Je profite un bon moment de la fraîcheur de l’endroit, assis dans un coin, tandis que des fidèles se succèdent pour prier.
De retour sous le soleil de plomb, je me mets à la recherche de la possibilité de visiter un atelier de tissage de soie. Mais je ne trouve personne qui parle anglais. Je me rabats sur le musée historique de la ville, pensant y trouver des informations, mais il est fermé. Dans un parc qui fait café, le patron vient me voir, mais on ne trouve aucune langue commune. Alors que je repars, il m’offre une glace et une boisson. Du coup, son fils me demande d’enregistrer une vidéo pour dire ce que je pense du café. Me voilà donc transformé en relais publicitaire pour un café que je ne connaissais pas deux minutes plus tôt.
J’en profite pour expliquer au jeune homme que je voudrais visiter un atelier de soie. Mais il se contente de me répondre que les ateliers sont du côté du bazar. Je fais donc le tour du marché, suscitant une énorme curiosité de la part des vendeurs et des chalands qui ne doivent pas voir beaucoup de touristes. Derrière le marché, j’ai beau essayer de repérer des petits ateliers, je ne vois rien du tout. Fatigué et toujours un peu migraineux je décide de me mettre sérieusement en recherche d’un endroit pour la nuit. Un groupe d’hommes assis sur un banc, me fait signe de venir les rejoindre. Les deux plus jeunes se lèvent et m’offrent une place sur le banc face à la route. L’un d’eux va me chercher une énorme grappe de raisin. Parmi eux un seul parle russe, seule solution pour converser avec Google Traduction qui ne connaît pas l’ouzbek. Ne voyant pas d’endroit pour mettre ma tente, il finit par me dire : « viens on va faire ça à l’ancienne », enfourche son vélo et m’emmène chez lui. Derrière l’énorme mur et le grand portail, j’ai l’impression que toutes les maisons sont organisées de la même façon. Un grand jardin carré, en partie recouvert d’une pergola et de vigne, est encadré par la maison qui occupe un, deux ou trois côtés de ce carré. Un petit bureau près du portail m’est proposé pour la nuit; cela me va parfaitement. Je n’ai qu’une envie c’est d’aller m’allonger sur la couche qui m’a été préparée. Mais pas question, il faut sacrifier au rituel du Tchaï. Mon hôte n’est pas des plus bavard et la conversation est minimaliste, entrecoupée de longs silences et de recherche de phrases sur Google traduction. Son frère qui vient nous rejoindre est un peu plus causant, mais, à 70 ans, il a toutes les peines du monde à se servir d’un téléphone portable et de l’application de traduction. Je profite d’un moment de creux dans la conversation pour leur faire comprendre que je vais me reposer un peu et je m’éclipse dans ma petite chambre pour m’écrouler sur mon lit, où je m’endors comme une masse.
Il fait nuit quand je suis réveillé en fanfare par la lumière qui s’allume et une voix tonitruante suivie de la traduction : « les poissons veulent manger ». C’est Ali, un ami d’enfance de Kakhhorali, qui nous invite à dîner dans un restaurant de poisson. Décidément, c’est à la mode !
Sur la route, on se croirait partis pour une virée entre ados. Ali roule à 100 à l’heure, la musique à fond dans la caisse. Il a très envie de montrer toute la puissance de son moteur et de son auto-radio. Le restaurant est un endroit plutôt classe, bien aménagé dans un grand jardin, avec plein d’oiseaux en cage qui chantent leur désespoir d’être enfermés. Le poisson est frit et accompagné de plusieurs sauces plus ou moins épicées, ainsi que d’une salade de tomates. Côté boissons, c’est plus bizarre ; il y a le thé, auquel personne ne touchera, du Pepsi-Cola, et du vin ! Enfin, ils appellent cela du vin, mais c’est du vinaigre, mais vraiment. Servi dans un petit bol, il est censé faciliter la digestion. Il me semble pourtant que l’Ouzbékistan produit des vrais vins; à vérifier. A nous trois, on ne vient pas à bout du 1,5 kilo de poisson commandé par Ali, mais les restes ne sont pas perdus, ils partent dans un doggy bag.
Ali est aussi bavard, extraverti et sûr de lui que Kakhhorali est timide, coincé et mal à l’aise. Le premier affiche sans complexe sa réussite sociale, son ami le regarde et l’écoute avec admiration. Tous deux sont polygames, ayant respectivement trois et deux épouses, ce qui est aussi un signe de réussite sociale. Ali est « dans le business » entre ici, Samarkand et Boukhara. Je n’en saurai pas plus sur le type d’affaires qu’il gère, mais il annonce un revenu de 300 à 400 dollars par jour, quand le SMIC ouzbek est à 100 dollars par mois…
L’estomac bien garni, on reprend la route, que je crois être celle de la maison. Mais non, on fait un détour par un café de plein air où tout le monde semble connaître les deux comparses et j’ai droit à deux desserts, une glace et un lait aux fraises. L’avantage c’est que je n’ai pas besoin de choisir, c’est Ali qui commande pour moi d’autorité. Quand on reprend la voiture vers 22 heures, je crois vraiment qu’on se dirige vers le dodo. Encore manqué, il reste le clou du spectacle : la maison d’Ali. Ses revenus confortables suintent dans les moindres détails les rideaux, les tapis, la climatisation, les lustres, tout est beau et cher. En revanche, contrairement à Kakhhorali, il me présente sa famille, sa première épouse, leurs enfants et les conjoints. Il règne ici une ambiance sereine et joyeuse, une vraie bonne humeur communicative. Je reçois deux jolis cadeaux, un foulard pour ma femme et une robe pour ma petite-fille. Vu la taille, ce ne sera pas pour la grande Zoé, mais plutôt pour Scarlett.
Ensuite, on s’isole dans un salon pour se prélasser sur des coussins en grignotant du raisin et des gâteaux. Heureusement que j’ai fait une bonne sieste dans l’après-midi, je suis en forme. On va ainsi passer plus d’une heure à discuter d’argent, de politique, de femmes, de religion, de coût de la vie, etc. Ils sont totalement sidérés et fascinés par la différence d’âge entre les époux Macron. Comme je les interroge sur l’absence de femmes au restaurant, ils m’expliquent juste qu’une femme ne peut pas sortir sans être accompagnée d’un homme. C’est comme ça et c’est tout. Chaque échange prend du temps car il faut passer par Google Traduction en russe, qui n’est pas leur première langue. C’est Kakhhorali qui sonne la retraite et demande à Ali de nous ramener. Il est près de minuit quand la Chevrolet nous dépose enfin. Je n’ai pas le courage de raconter tout cela; désolé, ce sera pour demain.


















« à 70 ans, il a toutes les peines du monde à se servir d’un téléphone portable ». Quelqu’un lui dit ? 🤣
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Quoi ? Que je n’ai que 68 ?
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Quel accueil. Ils ont vraiment le sens de l’hospitalité. La mosquée est très belle.
Bon courage pour la suite. Barbara de dives
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Sympa ta rencontre avec Ali et Kakhhorali , en effet les affaires semblent bien aller pour Ali, quel plafond dans son « palais »… 50° sur la piste goudron plus un mal de tête, ça fait beaucoup et tu dois t’épargner un peu ! Tu fais des journées de ministre jusqu’à point d’heure ! Toujours excellents comptes-rendus, on attend la suite ! On suit ! @+
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