Jeudi 1er septembre, Osh – Gyyrsha, 45Km.

Un accueil de ouf !

L’heure est venue de lever le camp après cet arrêt un peu trop prolongé à Osh. Je retrouve avec plaisir l’effervescence des préparatifs de départ. Effervescence multipliée par quatre puisque Marta, Charlotte et Arnaud reprennent aussi la route en direction d’Andidjan. On s’accorde donc pour faire la route ensemble avant de se quitter.

Marta est toute excitée, à 43 ans, c’est une vraie gamine. Elle est si heureuse de partir qu’elle crie sans cesse « Ouzbékistaaaaaaan » ! Un tempérament à rendre joyeux une armée de gardes rouges. Elle attire immanquablement la sympathie et met tout le monde dans sa poche au premier contact avec ses exclamations admiratives et ses « Mamma Mia » !

Une dernière traversée du bazar alimentaire nous permet d’acheter quelques fruits et gâteaux avant de filer vers la frontière qui se trouve juste à la sortie d’Osh. On s’arme de patience car les contrôles peuvent être tatillons et si il y a du monde cela peut prendre longtemps. Première bonne surprise, il n’y a presque personne à l’heure où nous arrivons. La sortie du Kirghizistan se fait sans difficulté. À la douane ouzbek, le contrôle des passeports est minutieux mais nous obtenons facilement le tampon nous autorisant à rentrer dans le pays. Il faut alors décrocher les sacoches pour les passer au scanner, mais de l’autre côté de l’engin, les douaniers tiennent gentiment nos vélos pour que nous puissions refaire notre paquetage. C’est un premier signe encourageant sur l’état d’esprit des habitants. Et nous allons pouvoir vérifier rapidement qu’il n’y a pas que les douaniers qui sont accueillants.

Si les Kirghizes nous klaxonnaient et nous encourageaient, ici c’est un véritable délire que provoque notre passage. Depuis les voitures, les minibus et les camions, mais aussi depuis le bord des routes ce ne sont que cris joyeux, encouragements et pouces levés. Au passage devant une épicerie, nous sommes invités à boire le thé et on passe une bonne demi-heure à discuter avec l’épicier, son frère, ses enfants et les clients de passage. Un gars nous accompagne pour faire des courses au bazar. Alors là, on est les stars du marché, on nous offre des fruits, on nous pose des questions, on nous prend en photo, on sent une saine curiosité et une totale bienveillance.

Mais ce n’était qu’une mise en bouche, le meilleur restait à venir. Nous circulons sur une autoroute et la chaleur est écrasante. Lors d’un arrêt, nous faisons la connaissance d’une famille dont la fille aînée parle un peu anglais, mais surtout chinois, langue que Charlotte et Arnaud maîtrisent parfaitement suite à leurs quatre années à Shanghai. Coïncidence, elle repart demain à Tashkent pour la rentrée universitaire et elle prend le même train qu’eux. Après des échanges chaleureux, chacun reprend sa route.

Quelques kilomètres plus loin, nous découvrons que l’endroit que nous visions pour notre bivouac n’est pas du tout adapté. Le petit bois ombragé repéré sur la carte est en fait un parc d’attraction bruyant et trop animé. En quête d’informations, Arnaud et moi sommes invités, mais la maison est à 30 Km; un peu loin. De l’autre côté de la route, les filles font mieux. Elle retrouvent par hasard la famille de tout à l’heure et là, c’est l’invitation immédiate : «venez chez nous, on a des chambres disponibles ». Solution immédiatement adoptée a l’unanimité.

On les retrouve au pied d’un immeuble neuf dans un quartier récent. Les vélos sont déposés au sous-sol, on visite l’appartement qui est cossu, puis on nous annonce qu’on prend les voitures pour aller à la maison, ce qui nous étonne un peu. Dix kilomètres plus loin, on débarque dans une grande maison flanquée d’un immense jardin où poussent des figuiers, de la vigne, des grenades et toutes sortes de légumes. Après avoir longuement visité le jardin, on boit le thé, accompagné de gâteaux, de fruits à profusion et de jus de fruits faits maison. Tout est délicieux et garanti bio. Puis c’est l’heure de fabriquer le pain, ce qu’ils font une ou deux fois par semaine. Tandis que le four au bois chauffe, alimenté par des plants de coton séchés, les boules de pâtes sont habilement transformées en jolie galettes rondes, décorées à l’aide d’une sorte de sceau qui y fait de jolies marques.

Parallèlement, d’autres femmes pèlent des pommes de terre et coupent de la viande pour fabriquer une soupe de type kuurdak, bien roborative. Et pendant que tout cela cuit et mijote, on est de nouveaux embarqués pour aller visiter une autre maison.

En fait, ce sont deux frères qui ont monté une affaire de nettoyage de locaux à Moscou qu’ils gèrent en se rendant sur place à tour de rôle. Celui qui y est actuellement suit nos faits et gestes en direct sur son portable. Nous le saluons d’ailleurs tous à tour de rôle. Du coup, comme il y a toujours un père absent, l’autre joue le chef de familles et tout le monde vit plus ou moins sous le même toit, sous la sage autorité de la grand-mère.

Au retour, on passe un moment dans un salon équipé d’un luminaire rococo qui change de couleur et diffuse de la musique. Tout à fait dans le style nouveau riche chinois et un peu m’as-tu-vu, comme l’ensemble de la décoration d’ailleurs. On sent un besoin d’afficher son aisance, qui est peut-être aussi une des motivations à notre invitation.

Et puis on se retrouve de nouveau à table, sans avoir vraiment faim, mais on fait honneur aux plats préparés pour nous et si joliment présentés. Pour faire passer les gros morceaux de viande de la soupe, je me régale de figues, de raisin et de tranches de pastèque. Un vrai régal.

La nuit est tombée et je commence à fatiguer, mais le programme n’est pas terminé. Sur le chemin du retour, nos hôtes nous emmènent dans un immense restaurant de plein air qui propose du poisson pêché sur place. Les convives choisissent un poisson dans un grand bassin et se le font servir dans des petits espaces privatifs disséminés sur le site. Pour nous, ce sera dans une yourte car toutes les tentes sont occupées. Et nous revoilà à table pour terminer ce marathon de la nourriture par un poisson grillé et du thé, bien sûr !

Il est près de minuit (et même une heure du matin pour nous car il y a une heure de décalage entre le Kirghizistan et l’Ouzbékistan) quand on nous dépose à l’appartement. Comme il y a trois pièces disponibles, on a de quoi s’installer confortablement. Pour ma part, ce sera sur une bonne épaisseur de coussins dans ce qui doit être la salle à manger car il y a un buffet qui renferme des coupes ouvragées comme des calices et des ciboires; un véritable trésor ecclésiastique !

Cette première journée en Ouzbékistan aura vraiment été étonnante et laisse augurer un séjour plutôt agréable dans ce pays.

Ultimes préparatifs avant le départ.
Tenue soignée pour ces trois enfants qui font leur rentrée scolaire.
On y est presque.
Une fois les contrôles effectués, les douaniers discutent avec Charlotte et Arnaud.
Les épis de maïs sèchent sur la route, au plus près de leur lieu de récolte.
Un bon moment autour du thé au bord de la route.
Au marché, Arnaud a carrément pris la place du vendeur.
Du fond du jardin on devine la taille de la maison.
Frères, sœurs, cousins et cousines partagent les repas sous la bienveillante autorité de la Babouchka.
Quand le pâton devient pain.
Charlotte s’est initiée à la fabrication du pain ouzbek.
Les pains cuisent collés à la paroi du four.
Des pains beaux et délicieusement odorants, voilà le résultat d’un savoir-faire soigneusement transmis.
Marta participe à la préparation de la soupe.
On partage une énorme pastèque.
Une table très appétissante.
Le petit bonhomme de neuf ans ne manquera pas une minute de notre passage.
Au restaurant de poissons, les petites salles privatives sont prises d’assaut.

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