Mardi 30 août, Osh.

Colibri remis à neuf.

Je suis encore parmi les premiers levés ; il faut dire aussi que j’étais l’un des premiers couchés. Après un petit-déjeuner tranquille dans l’espace commun, je me décide à prendre le taureau par les cornes pour mon problème de porte-bagages. Florian m’a envoyé une adresse de garage moto fiable, alors je décide de m’y rendre. C’est à l’autre bout de la ville, mais il fait bon et je n’ai que ça à faire. Arrivé au point GPS indiqué, je ne vois pas de garage, mais c’est un peu comme les maisons d’hôtes, la signalétique n’est pas leur fort.

J’avise deux dames qui attendent visiblement un taxi dans la rue et je leur demande le garage Mutzoo. Incroyable mais vrai, l’une d’elles, une Suissesse, est la femme du propriétaire. Ou plutôt de l’ancien propriétaire car le Covid a flingué leur activité de location de motos et ils ont dû céder leur affaire à un de leur salarié. Du coup, le garage s’appelle désormais Ala Too Moto. Reste à attendre l’ouverture, prévue à 10h. En attendant, on discute avec Maria. Chaque année elle vient de Suisse au mois d’août pour faire du bénévolat dans une haute vallée très pauvre afin d’aider des familles en difficulté. Elle apporte des vêtements, de la nourriture et, en tant qu’infirmière, prodigue quelques soins de base. Elle se fait accompagner par Aida, l’autre femme, une Kirghize qui étudie en Europe et revient au pays en été.

Quand mon mécanicien arrive, c’est Maria, son ancienne patronne, qui lui explique mes soucis. Mais la communication avec lui sera facile puisqu’il parle anglais et allemand. Le mécano quadrilingue (avec le russe) à Osh, faut déjà le trouver ! Mon chantier ne l’impressionne nullement, il voit tout de suite comment s’y prendre. Kamil est un pro et un vélo c’est moins sophistiqué qu’une moto. Démontage, soudure, remontage, ajout de rondelles, vissage à fond, en moins d’une heure Colibri est débarrassé de ses pansements métalliques et presque remis à neuf. Un coup de kärcher par là-dessus, et le voilà plus propre qu’au départ de Sablé ! C’est un soulagement car je pensais finir mon voyage avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête. Un souci de moins. Merci Florian ! Au moment de payer, Kamil me dit qu’il ne connaît pas les prix des dépannages de vélo et me demande combien je veux mettre. Situation un peu embarrassante, mais on trouve vite un terrain d’entente ; il est content avec les 500 soms (6€) que je lui propose, et moi aussi. Il me laisse ses coordonnées pour le cas où j’aurais un autre problème mécanique.

De retour au Park Hostel, je graisse un peu la chaîne pour éviter la rouille. Puis je partage une lessive avec deux Coréens rigolards. Vélo réparé, vêtements lavés, bonhomme retapé, la dernière ligne droite va démarrer dans de bonnes conditions.

Après déjeuner, j’effectue la dernière visite de mon programme « culturel » à Osh, le musée Alimbek Datka qui est au moins original extérieurement puisqu’il est installé dans une yourte à trois étages ! C’est évidemment un prototype qui ne correspond à aucune réalité architecturale. Ce sont en fait trois yourtes construites de façon traditionnelle et empilées les unes sur les autres grâce à des piliers de renfort. A l’intérieur, on apprend peu de choses sur le dénommé Alimbek, qui a fédéré et dirigé le khanat de Kokand, c’est à dire en gros la vallée de Ferghana au 19ème siècle. Assassiné en 1862, il a été remplacé par sa femme, un personnage au caractère exceptionnel qui fut surnommée « la tsarine de l’Alaï ». Quelques informations sur la montagne Sulayman Too, des photos de caravanes de chameaux et quelques tenues traditionnelles complètent cette exposition disparate mais sympathique.

Comme prévu, j’effectue ensuite une nouvelle plongée dans le bazar. Rien à voir avec le calme d’hier, l’activité est intense, la foule compacte et la circulation compliquée. Dans les allées encombrées, les porteurs se fraient un chemin en criant « Osh, osh », cri qui aurait donné son nom à la ville. C’est le dernier jour pour acheter les fournitures scolaires et les stands sont pris d’assaut, tout comme ceux qui vendent des sacs à dos. Je trouve non sans mal quelques articles estampillés Kirghizistan, puis je flâne au hasard dans les allées jusqu’à aspirer au calme que je trouve, comme hier, dans le parc voisin, et plus spécialement au bord de la rivière en contrebas, l’Ak-Buura.

De retour à l’hostel, je discute avec une Espagnole qui voyage seule à vélo. Elle s’appelle Marta, ça crée des liens ! Elle aussi attend de pouvoir franchir la frontière vers le Tadjikistan mais les nouvelles qu’elle reçoit confirment que ce n’est toujours pas possible. Un australien francophone arrive aussi; il vient juste pour visiter la colline du trône parce que c’est un site UNESCO. Demain, jour de fête nationale, il y aura certainement foule sur le petit chemin qui mène à la « Maison Blanche », comme les Kirghizes nomment la minuscule mosquée au sommet.

En soirée, je sors manger un morceau sur une place animée et je repasse dans le parc. Du côté des joueurs, il y a moins de monde mais pas moins d’animation. Les joueurs d’échecs ont laissé la place à une partie de dés qui suscite beaucoup d’excitation. Et pour cause, de l’argent est en jeu. Chaque lancer de dés est immédiatement suivi d’un échange de billets. Et ce ne sont pas petites sommes, je vois des billets de 500, 1000 et même 5000 soms qui changent de main en un clin d’œil, soit 6, 12 et 60 €, des montants importants dans ce pays où le revenu moyen mensuel est inférieur à 100€. La vodka coule à flot, ce qui contribue sans doute à faire monter les enjeux.

De retour à l’hostel, je fais sagement mes devoirs du soir et m’allonge dans mon dortoir où je pourrais bien être tout seul ce soir. En tous ça, je ne traîne pas car je suis fatigué. Ce que ça peut être fatiguant de marcher !

Au petit matin, l’espace commun est désert.
Maria et Aida ont terminé leur action bénévole 2022.
Ça chauffe pour Colibri.
Une bonne toilette en plus.
Kamil a super assuré.
Une fresque pour valoriser les métiers de santé.
Le musée est abrité dans une yourte à trois étages.
La tsarine de l’Alaï a vécu près de cent ans.
Les piles de cahiers attendent les écoliers.
Les stands d’articles scolaires sont pris d’assaut.
Ces figues jaunes sont délicieuses.
A deux pas de la folie du bazar, un havre de paix.
Un sympathique endroit pour manger une glace.
La vodka aidant, les Paris s’envolent.

7 réflexions sur “Mardi 30 août, Osh.

  1. Bonjour Pascal, j’espère que ta nuit fut bonne pour effacer cette fatigue urbaine et te permettre de prendre la route ou le chemin aussi bien « réparé » que Colibri. Puisque je parle de Colibri, j’ai pensé à toi en Bretagne car j’ai acheté des madeleines pur beurre de la Maison Colibri… Et elles sont excellentes.
    Passe une excellente journée. Odile

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  2. Maintenant que vous le décrivez, nous avions eu aussi des problèmes pour le débusquer, mais on trouve toujours… il faut juste être patient et débrouillard! Sommes contents q ue vous puissiez repartir sereinement. Et comme ça vous pourrez charger de l’eau en plus… c’est un de nos souvenirs les plus tenaces dans cette vallée: la chaleur, avec nos vestes, pantalons, casques de moto devant des barrages à l’entrée des villes où nous devions subir un court interrogatoire sur notre trajet. Et ils appelaient je ne sais qui au téléphone avec un air très sérieux, pour finalement nous dire avec un grand sourire: « Zidane, zinedine Zidane…. Aahhh…. Now you go… » avant de noter scrupuleusement des trucs dans un grand cahier.
    Bon courage… et bonne route!

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  3. Bravo à Kamil du garage « Ala Too Moto » ! On note l’adresse, ses prix nous semblent bien attractifs, c’est Colibri qui doit être content !!! La rentrée des classes ; j’espère que nos petits potaches te lisent ! Toujours photos et articles intéressants sans oublier les rappels géographiques ou historiques… on aime ! Courage, on suit ! @+

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