La montagne magique.
Le plus matinal des randonneurs a mis son réveil à 6h, et comme il se rendort, on a droit à deux rappels avant qu’il se décide à stopper l’infernale sonnerie. Mais je me rendors tranquillement jusqu’à 7h30. Ça fait tout drôle de ne pas avoir besoin de plier bagage et de sauter en selle; je me sens un peu désœuvré. Mais il y a des choses à voir à Osh et j’ai bien l’intention de découvrir cette ville.
Ma première visite sera le musée Sulayman Too, situé au pied de la montagne sacrée du même nom. Je pense y apprendre des choses sur ce lieu très prisé des Kirghizes et classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Hélas, il n’y a rien d’intéressant sur ce sujet dans cet établissement gris et poussiéreux où sont entassées des collections de photos anciennes, d’objets agraires, d’échantillons de roches, d’insectes naturalisés, de vêtements traditionnels, etc. Toutes les explications sont en deux langues, kirghize et russe. Ça me fait une belle jambe ! Je ne m’attarde donc pas, sauf sur une belle carte très détaillée de la RSS datée de 1953, un beau millésime. On y distingue clairement le tracé sinueux des frontières, et notamment les enclaves ouzbèques et tadjiques sur le territoire kirghize.
Bien que tenté, je n’entreprends pas la montée de la montagne car je suis en claquettes. Je reviendrai. Je préfère me diriger vers le bazar pour repérer les quelques petits souvenirs que je voudrais acheter. Comme je ne le trouve pas, je consulte Google Maps qui me rappelle que le bazar d’Osh est fermé le lundi. Mais bon sang, c’est bien sûr, je l’avais lu dans mon guide. Alors je tournicote un peu dans la ville, toujours à la recherche d’un centre. Je fais un petit coucou au camarade Lénine qui a sa statue en face la mairie, je flâne dans un joli parc, puis je fais des emplettes et je rentre déjeuner à l’hostel.
Je mange trois œufs au plat à peine cuits car la plaque de cuisson ne chauffe pas plus qu’un radiateur électrique.
Même si ce n’est pas la meilleure heure pour le faire, tant pis, je pars à la conquête de la colline du trône de Salomon, Sulayman Too en kirghize, autrefois appelée « Bara Kukh», la montagne merveilleuse. De tous temps elle a été l’objet de pratiques rituelles parce qu’une source y jaillissait et qu’on affirmait que le roi Salomon, fondateur de la cité, y trônait. Aujourd’hui encore, même si c’est une mosquée qui trône au sommet, les pèlerins qui escaladent le site se prêtent à des rituels plus ou moins chamaniques. Ainsi, les femmes qui veulent un enfant passent la tête trois fois dans une anfractuosité d’un rocher. Pour ma part, je fais du toboggan sur une énorme pierre plate et lisse, nommée Beltash, censée soulager les douleurs articulaires. Une sympathique famille kirghize m’a incité à les imiter et le papa m’a même photographié puis filmé durant l’exercice. J’en attends les bienfaits dans les prochains jours. Au sommet, je fais une pause près de la minuscule mosquée dans laquelle un imam et le gardien des lieux devisent tranquillement, allongés sur des tapis. La vue sur la ville est à 360 degrés et confirme l’absence de centre-ville. De là, je repère le souk, qui est à l’opposé de la situation indiquée sur le Petit Futé. Cela explique que je ne l’ai pas trouvé ce matin…
En poursuivant mon chemin, je me glisse à plat ventre dans une minuscule grotte où Mahomet lui-même serait passé et aurait laissé des empreintes. J’avoue n’avoir pas identifié les traces de son passage. Arrivé au bout du chemin, je fais demi-tour car la sortie donne à plus d’un kilomètre de mon point d’entrée et je crains de ne pas retrouver mon chemin. Je rentre au Park Hostel pour me rafraîchir car la chaleur est écrasante.
Vers 17h, je vais en repérage vers le bazar pour vérifier son emplacement. Il est bien là où j’imaginais, et pour un bazar fermé, il est bien animé ! Plein d’échoppes sont ouvertes, surtout celles qui vendent des vêtements et les fournitures scolaires car on est maintenant à trois jours de la fin des vacances; jeudi, c’est la reprise. En fait de repérage, je trouve les quelques bricoles que j’ai envie de rapporter en souvenir, un chapeau, bien sûr et un t.shirt. Manque juste la casquette pour laquelle je reviendrai demain. Vu que mes sacoches craquent déjà, je suis très limité dans ma capacité à rapporter des souvenirs. De toutes façons, les plus beaux sont dans ma tête…
Je quitte le bazar par un parc très animé, avec plein de stands pour les petits et les grands. Sa singularité est de disposer d’un espace aménagé pour les joueurs d’échecs. Et ils sont une vingtaine de passionnés, serrés les uns contre les autres, qui disputent des parties acharnées. Les uns sont hyper-concentrés et prennent le temps de la réflexion, les autres font plutôt dans la partie rapide, accompagnée de commentaires permanents. Au bout de la table, on joue au tric-trac, que j’ai connu enfant chez mes grands-parents sous une forme un peu différente, sous le nom de jaquet. Et de l’autre côté de l’allée, c’est le ping-pong qui est à l’honneur. Les parties en 11 points se succèdent et le vaincu cède sa place à un joueur en attente. Un spectateur m’invite à le rejoindre sur son banc. Dans un anglais parfait, ce sexagénaire m’explique qu’il vient jouer 3 ou 4 fois par semaine, mais ce soir, il regarde seulement. Il me pose un tas de questions sur mon voyage et il trouve géniale l’idée que Marthe vienne me rejoindre pour visiter l’Ouzbékistan. Moi aussi, je trouve ça génial !
Plus loin, il y a un stand qui propose de prendre nos mesures, taille et poids. Le gars m’interpelle, je me dis que c’est l’occasion de faire le point. Pour la taille, pas de surprise, je n’ai ni grandi ni rapetissé. Côté poids, ça a évolué : de 69 kilos au départ, il m’en reste 62 tout habillé, soit plus de 10% de déficit. Il va falloir que je me refasse un peu, sinon ma femme ne va encore pas me reconnaître quand on va se retrouver (cf. le Maroc).
Du coup, je vais adopter un régime carné pour le dîner ; j’ai très envie de chachliks qui m’échappent depuis le début. Je vais dans une rue fermée pour travaux où j’ai repéré quelques stands avec barbecue. Et je m’offre enfin mes premiers chachliks. Délicieux.
De retour à l’hôtel, je complète avec un bout de fromage et des figues achetées au bazar. Elles sont jaunes, mûres et sucrées à souhait comme je les aime. Je vais en racheter demain.
Je revois Nicolas qui a reçu des nouvelles de sa frontière ; deux cyclistes qui voulaient passer au Tadjikistan ont finalement été refoulés côté tadjik. Il semble que la circulation ne soit autorisée que dans l’autre sens pour le moment. Il va donc renoncer et faire le détour par l’Ouzbékistan et Dushanbé. Quelques centaines de kilomètres en plus à son compteur…
Je ne tarde pas à aller me coucher car j’en ai assez de les entendre parler du Pamir autour de moi. C’était ma destination initiale et maintenant que les belles montagnes kirghizes sont derrière moi, je me reprends à rêver de ce massif réputé pour sa grand beauté. Alors, je me plonge dans « L’homme qui voulait être heureux », de Laurent Gounelle, que j’ai échangé avec le Yasmina Khadra à la réception. Dehors, la boîte de nuit voisine envoie ses basses à fond la caisse et cela durera jusqu’à 2h du matin.














on mesure immédiatement les bienfaits de la glissade sur le rocher. En effet, si l’on se loupe on a très mal!!!
Pas bien fûté le petit fûté.
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Peu loquace depuis ton départ, je prends le temps de discuter un peu avec toi. Trouver un livre de Laurent Gounelle, incroyable, il voyage cet écrivain qui nous amène à nous interroger, à nous libérer de certaines situations. Bravo pour tous ces imprévus que tu as su gérer, n’est-ce pas la qualité fondamentale d’un aventurier ?
Pense à prendre un tee-shirt un peu large (pour les kilos à reprendre…) Et puisque tu voyages sur la route de la soie, trouveras-tu un foulard, ou tout autre effet, en soie pour Marthe ?
Bonne continuation pour trouver encore du plaisir.
Odile
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Coucou Odile; merci pour ton message. Oui, en vallée de Ferghana, je devrais trouver une petite place pour un foulard en soie. En soi, ce n’est pas ça qui ce m’alourdir !🤣
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Incroyable ce Pascal, même dans les moments de blues tu sais mettre de l’humour dans tes propos; ça c’est la classe! et en plus tu penses aux petites attentions d’anniversaire des uns et des autres. Ton blog devrait être édité version papier ce serait un super bon bouquin…??
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Salut Pascal !
Nous avons bien vu ton mot au sommet de Toguz Toro ! Nous pensons avoir bien suivi la trace de tes pneus dans les descentes et les montées poussiéreuses jusqu’à Arhangelskoe.
Notre e-mail n’ayant trouvé réponse nous tentons le commentaire sur ton blog 😜
Nous sommes à Jala Labad et prévoyons d’arriver à Tachkent par le train dans les prochains jours, et d’en visiter les rues avant de partir pour le Tadjikistan.
Au plaisir de te recroiser. Promis nous ne parlerons pas du Pamir 😜
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Salut, les amis. Je suis ravis d’avoir de vos nouvelles et que vous ayez trouvé mon message. Vous avez fait Kazarman -Jalalabad à vélo ??Je suis posé à Osh pour une journée encore. Je prendrai ensuite une bonne semaine pour rallier Tashkent. On risque de se louper. Portez vous bien et… enjoy !
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Pascal, on te retrouve enfin, à la sortie de notre période chic et alors que commence aujourd’hui la période ouf ( les grands parents comprendront). Et dire que pendant ce temps là, tu voyages seul, au calme, dans des paysages magnifiques et déserts la plupart du temps… Plaisanterie à part, c’est sensationnel et nous sommes véritablement admiratifs de ta performance. Je me demande aussi comment tu arrives à te repérer dans cette nature immense et impressionnante. Magnifique. Amitiés, Joël et Françoise.
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Profitez bien du calme de la période ouf !
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Est-ce que tu as fait une partie de Ping pong en les laissant mener à un point de la victoire et en gagnant sur le fil comme tu faisais contre moi ?🥵
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Non, je ne suis plus aussi cruel 😂
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Ou est ce que tu jouais de la main gauche comme tu faisais contre moi ? 😡
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Tu me donneras l’adresse de ton toboggan. On ne sait jamais.
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Je pensais bien que cela t’intéresserait. Hélas, l’efficacité n’est pas garantie.
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Bon!malgré les kms qui s’ajoutent , je vois que tu as conservé ton âme d’enfant : mine réjouie sur le toboggan !! Et en plus il soigne, quelle chance!!
Peut être que la balance n’est pas tb étalonnée, va savoir…une chose est sûre Marthe te reconnaîtra grâce à l’œil qui pétille!
Voyage époustouflant, des découvertes pour toi mais pour nous aussi, photos superbes, j’ai plaisir à revenir en arrière…
De grosses bises bretonnes
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Je trouve ça dingue que ce soit la même date de rentrée qu’en France 🤔 Bon et sinon ça fait plaisir de voir que tu t’amuses et que tu te reposes mais il va etre temps que tu passes en Ouzbékistan car au bout d’un mois je n’arrive toujours pas à dire « Kirghizistan » 😘
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Bonjour Pascal,
Nous suivons votre voyage depuis votre départ. Nous découvrons avec plaisir ces paysages magnifiques. La richesse de vos commentaires nous apprend beaucoup sur la vie des personnes rencontrées et surtout sur votre volonté de parcourir ces kilomètres à vélo seul avec Colibri.
Merci de nous faire partager toutes ces étapes. Bonne continuation.
Attendons avec impatience la suite de cette aventure!!!
Christine Alain Joliveau
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