Samedi 27 août, Jalalabad -Uzgen, 55 Km.

Un festival !

D’abord, merci à toutes celles et tous ceux qui m’ont soutenu et encouragé quand j’ai eu ce passage à vide. Vos petits mots m’ont fait un bien énorme et m’encouragent à poursuivre. Rassurez-vous, je suis pleinement remis, vous le lirez certainement entre les lignes du compte-rendu du jour.

Je me réveille juste quand les premiers rayons de soleil viennent frapper ma tente. C’est vrai qu’ici, en plaine, le soleil est présent plus tôt le matin et plus tard le soir que dans les montagnes. Vite, brancher le panneau solaire pour profiter de ces premiers rayons. Petit déjeuner tranquille, comme je prévois une étape assez courte, je prends mon temps. Le propriétaire du champ qui emmène sa vache et son veau à la prairie, passe me faire un petit bonjour et je crois comprendre qu’il m’invite à prendre le thé, mais je ne sais pas quand ni où.

La fameuse ligne de chemin de fer provoque un petit bouchon sur le coup de 9h. En effet, le passage à niveau est tellement raide que les voitures sont pratiquement obligées de s’arrêter et cela provoque un engorgement. Ceci dit, je remarque une fois de plus que la vie kirghize ne commence pas très tôt le matin. D’ailleurs, à 9h, le chantier voisin n’a toujours pas repris son activité. Et moi non plus !

Conséquence, il fait déjà bien chaud quand je démarre cette étape vers Uzgen, à une cinquantaine de kilomètres. Assez rapidement, je rejoins la grande route qui relie le nord au sud du pays, c’est à dire Bishkek à Osh, les deux plus grandes villes kirghizes. Autant dire que je ne suis pas tout seul et notamment le trafic de poids-lourds et très intense. Mais la route est large est plutôt bonne donc pas de soucis particuliers. Après une douzaine de kilomètres j’entame une bonne côte qui me fait quitter la plaine pour accéder à un plateau. Comme d’habitude, les panneaux indiquent une pente à 12 %, mais je n’y crois plus car toutes les côtes sont signalées au même niveau. À croire que, pour faire des économies, l’État n’a acheté qu’un seul type de panneaux. Mais là où c’est plus original, c’est qu’ils ont été posés dans le mauvais sens. Tous ceux de la montée indiquent une descente à 12 % et tous ceux dans la descente indiquent une montée à 12 %. Les gars de la DDE kirghize avaient dû boire une vodka de trop le jour du chantier. Heureusement, je n’ai pas besoin de panneaux pour savoir si ça monte ou si ça descend. Quand je transpire, c’est que ça monte !

Les camions le savent aussi car certains montent à peine plus vite que moi et quand ils me dépassent c’est au ralenti, ce qui me permet de respirer plus longtemps leurs gaz d’échappement. L’un des chauffeurs me propose gentiment de m’emmener ; je refuse, alors il me propose de l’eau, mais j’en ai suffisamment.

Alors que je souffle un peu en haut de la côte, je suis rejoint par un autre cyclo- voyageur. Nicolas, Toulousain, est parti de chez lui depuis sept mois et voyage en Asie centrale après avoir traversé l’Italie, la Turquie, la Géorgie, le Kazakhstan etc. Il est heureux car il vient d’apprendre que la frontière avec le Tadjikistan est ouverte depuis quelques jours. Il va ainsi pouvoir accéder au massif du Pamir directement, sans faire le crochet par l’Ouzbékistan.

La suite de la route et sans histoire, je suis seulement intrigué par le grand nombre de camions transportant du bétail qui me dépassent. Il doit y avoir un marché important soit à Uzgen soit à Osh dans les prochains jours. En attendant, c’est un marché au foin que je découvre à l’entrée d’Uzgen. Des dizaines de camions et de remorques chargés de foin sont stockés là en attente d’un acheteur et les transactions semblent aller bon train, vu l’animation qui règne sur la place.

À ma grande surprise, la ville elle-même est également très animée. Il y a du monde partout dans les rues, la circulation est très compliquée et le tissu commercial très dense. Il y a même un supermarché Globus dans lequel je me précipite pour acheter de quoi manger et surtout une bière fraîche. Ensuite je me perds un peu dans le dédale des petites et des grandes rues de la ville à la recherche d’un site historique composé de plusieurs mausolées que j’ai repéré sur la carte. À défaut de le trouver, je finis par m’arrêter sur un banc pour déjeuner et boire ma bière avant qu’elle ne se réchauffe. Seul problème, je suis assis juste devant une mosquée et un monsieur âgé vient me faire remarquer que ce n’est pas l’endroit idéal pour consommer de l’alcool. C’est vrai que c’est un peu provocant. Mais je la termine quand même.

Restauré et rafraîchi, je retrouve le sens de l’orientation et je parviens enfin au site historique que je cherchais. Il comporte un mausolée du XIIe siècle et un minaret du 11e, les restes d’un important site religieux car Uzgen était à l’époque une très grande ville sur la route de la soie. Les bâtiments en briques sont joliment décorés de motifs géométriques et d’arabesques de type floral.

À l’intérieur du site historique règne une animation toute particulière. En effet c’est aujourd’hui la fête annuelle de la ville qu’ils appellent le festival. Une grande scène et des rangées de chaises sont installées et les répétitions vont bon train. Et en me faisant tout discret je parviens à rester au milieu des figurants qui répètent une scène de la fameuse épopée de Manas, le héros national fictif. Même si je ne comprends rien, je me promets de revenir ce soir pour assister au spectacle.

Du coup cela change mes plans en matière d’hébergement car je prévoyais, comme hier soir, de sortir de la ville pour bivouaquer à la campagne. Je choisis finalement de me poser dans une petite auberge, un hostel, ce qui me permet de décharger les sacoches de Colibri et de revenir passer la soirée en centre-ville. Cela présente en outre l’avantage de me permettre de prendre une bonne douche et de passer un rasoir sur mes joues qui n’en avaient pas senti l’effet depuis près d’une semaine. Une petite lessive et hop ! Je repars vers le centre pour participer au festival. Ce serait vraiment dommage de me trouver là et de ne pas en profiter.

Je remonte donc à vélo dans le centre-ville et je vais d’abord manger un morceau, en l’occurrence une « chaourma », une grosse galette roulée fourrée avec tomate, concombre et viande, arrosée d’un litre de Ice Tea ! C’était ça ou du Coca…

Ensuite je me mêle à la foule qui s’est agglutinée devant la scène. C’est encore l’heure des discours officiels et je suis intrigué par le fait que les propos de deux des intervenants sont traduits. Je suis tout de suite happé par une délégation de la ville de Osh qui présente ses spécialités, des gâteaux secs. On pourrait peut-être organiser un jumelage avec Sablé ? Ils veulent faire une photo avec moi, LE touriste du jour. Pourquoi pas, du moment qu’ils m’offrent des gâteaux ; ce qu’ils font, bien sûr. Un des gars parle bien anglais, alors j’en profite pour lui demander qui sont les gens qui parlent sur scène. En fait, ce sont un élu et un imam turcs, invités par la ville, et venus présenter le projet de construction d’une nouvelle mosquée à Uzgen. C’est vrai que certains coins de rues en sont dépourvus, c’est choquant.

Le spectacle débute par d’interminables récits de l’épopée de Manas, dits d’abord par des récitants, puis par des « chanteurs » qui s’accompagnent avec une minuscule mandoline qui ne produit que trois notes. Cela a beau être très typique, c’est aussi très barbant et franchement pas agréable à entendre, surtout quand on ne comprend rien. Cette partie dure une bonne heure, alors je traîne derrière la scène pour observer un peu les coulisses, la régie, le maquillage les préparatifs, les journalistes qui attendent les huiles, etc. Je m’amuse de reconnaître à coup sûr les chauffeurs des officiels; ils sont les mêmes partout dans le monde : costume bleu marine, cravate idem, coupe de cheveux impeccable, chaussures cirées, lunettes de soleil dans la pochette du veston, air important et cigarette au bec.

Ce qui est frappant, c’est le déploiement de forces de police sur le site. Il y a là des centaines de policiers, miliciens, gendarmes et militaires, sans doute à cause de la présence des personnalités politiques et des invités turcs. Mais leur nombre n’est pas la garantie d’une grande efficacité si j’en juge par l’attitude très désinvolte des uns et des autres. Ils passent plus de temps à discuter entre eux ou consulter leurs portables qu’à surveiller la foule. Et pourtant… une femme policier avise ma sacoche de guidon qui me sert de sac et demande à voir son contenu. Mais ça, c’est à cause de ma tronche de terroriste !

J’ai beau me faire discret, je ne passe pas inaperçu, je sens les regards étonnés qui me suivent, j’entends les commentaires, beaucoup de gens me saluent, me serrent la main (ils ont la poignée de main facile et franche), des enfants demandent à se prendre en photo avec moi, bref, je suis la bête curieuse dans la foule. Et encore, je suis un petit brun ! Imaginez un Danois de 2 mètres, blond aux yeux bleus…

Cela me vaut d’entrer en relation avec un cadre de la mairie. Inquiet de me voir isolé dans la foule, il pense que je fais partie de la délégation turque et que j’ai besoin d’aide. Je le rassure et quand je lui dis que je suis français, il me confie qu’il est en contact avec une société française qui doit refaire le réseau d’assainissement de la ville, pour un montant de 11 millions d’euros, financés par la Banque européenne. Il me montre même le 06 d’une certaine Manon dans son répertoire de contacts. Les canalisations datent de l’ère soviétique et fuient de partout. Une autre tranche de travaux sera réalisée par une société turque. Il faut bien renvoyer l’ascenseur… Notre conversation est écourtée par l’entame de la deuxième partie du spectacle, du disco qui ne permet plus aucun échange audible.

Bref, je navigue comme ça toute la soirée au milieu de la foule et je m’amuse bien. Mais tout a une fin; le patron de l’hostel m’a prévenu qu’il ferme les portes à 22 h, alors dix minutes avant l’heure fatidique, je remonte sur Colibri, lampe frontale sur la tête pour rejoindre mon hébergement. A 23h30 j’entends toujours la sono qui déverse tantôt de la variété tantôt du bel canto, tantôt d’autres morceaux de l’épopée de Manas. A cette heure là, ce n’est vraiment pas raisonnable !

La fameuse ligne de chemin de fer qui aurait coûté la vie à un millier d’ouvriers.
Pour un train par jour, le garde-barrière est à son poste toute là journée car les horaires sont aléatoires.
Le réservoir d’Andijan, ici à Ana–Kizil, est à cheval sur le Kirghizistan et l’Ouzbékistan.
Alors, ça monte ou ça descend ??
Au marché au foin, les négociations vont bon train.
Chez Globus on trouve même du vin français !
La ferronnerie semble être une spécialité d’Uzgen.
Le minaret mesurait à l’origine 44 mètres. Il n’est fait plus que 27 suite à un tremblement de terre.
En haut du minaret, on est à la hauteur du drapeau.
Les piliers du mausolée sont décorés de quelques jolis motifs.
Ces dames sont prêtes pour le spectacle.
La yourte de la princesse est bien gardée.
Un berceau de bébé sur la tête, symbole de fertilité.
Le metteur en scène du spectacle est un personnage truculent. Et quel chapeau !
Pendant la visite, Colibri est bien gardé.
Le mausolée a été érigé en la mémoire de Nasir Ibn Ali, un sage qui vécut au Xème siècle.
La délégation d’Osh sait charmer le touriste.
Derrière la scène, le cordon de sécurité est élastique.
Comme partout, les politiques défilent devant micros et caméras.
Cherchez l’intrus !
Ce policier protège au moins un enfant, le sien.
Quand un Kirghize rencontre un autre Kirghize, qu’est ce qu’ils se disent ?
Merci à Laurence Legui, rue Michel vielle à Sablé pour son fidèle soutien.

8 réflexions sur “Samedi 27 août, Jalalabad -Uzgen, 55 Km.

  1. Ahahah je me suis fait la même réflexion : optimiste le tonton avec son p’tit brun 😅. Mais il faut avouer que contrairement à ton frère Patou tes sourcils sont encore bruns 😉 Bisous

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  2. Hello pascal,
    content que le moral remonte. Ton propos m’inspire trois remarques:
    – Montée ou descente? Il faut se référer au « théorème de Fernand »: quand ça descend et qu’on passe un pont, ça va remonter de l’autre côté!
    – le minaret dont le sommet est intact a sûrement perdu ses 17m à la base. Joli rétablissement!!!!
    – « petit brun », il faut voir!!!
    Amitiés.

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    1. Trois précisions
      – je valide totalement le théorème de Fernand (Legeard ou Raynaud?)
      – l’imam devait être en haut du minaret au moment du séisme, ce qui a protégé le sommet.
      -Je viens de vérifier dans le rétroviseur, effectivement, plus très brun !
      😅

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  3. Soirée distrayante pour toi, soirée « culture », retour à la vie très animée. Après avoir traversé courageusement tous ces paysages du bout du monde, à l aide de pistes pourries et retrouver une vie normale….ça doit te faire bizarre!
    Et dommage pour l ice tea…sont forts ces bordelais!!!
    Tu n as pas vu de production locale de vin?
    Merci pour ton récit très riche de descriptions! Courage pour ton prochain tronçon!

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    1. Salut, Sandrine. Je me doutais que la photo des bouteilles te ferait réagir. Non, pas encore vu de vin local. Je vais regarder de plus près à Osh où je viens d’arriver car ici le climat conviendrait mieux à la vigne. Je ne manquerai pas de te tenir au courant .

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