Émir le taxi.
En me levant ce matin, je réalise que j’ai dormi dans la chambre du couple, qui est allé dormir avec leurs enfants. Cela explique en partie qu’hier ils entraient dans « ma » chambre sans se donner la peine de frapper, lui pour attraper un t.shirt propre, elle pour prendre son fer à repasser. De toute façon, la porte ne ferme pas. L’intimité nocturne n’est décidément pas une notion essentielle chez les Kirghizes.
À 8h30 personne ne bouge dans la maisonnée. La soirée a peut-être été bien arrosée… En tous cas, moi je plie mes gaules et je me tiens prêt. Dès le petit-déjeuner terminé, mon hôtesse me fait savoir que le taxi arrive. Ça tombe bien, une énorme averse se déclenche juste à ce moment-là. Heureusement que je lui avais précisé qu’il fallait un grand taxi pour mettre le vélo et les bagages. Le gars arrive avec une Audi tout ce qu’il y a de banal avec un coffre pas très grand et des sièges arrières qui ne se rabattent pas. Résultat, impossible de rentrer Colibri entièrement dans le véhicule, il a la tête, enfin le guidon, qui dépasse. Du coup, le gars fait un crochet par chez lui pour récupérer des vieilles couvertures afin de protéger le vélo des chocs. De ce côté là, rien à dire, pendant tout le trajet il fera attention à éviter les plus grosses secousses et s’arrêtera à plusieurs reprises pour remettre les protections en place. À part cela, Émir est un conducteur Kirghize comme les autres : il fonce. En route on rencontrera d’autres véhicules, mais aussi des chevaux, des vaches, des moutons, et des piétons ; à chaque fois l’objectif sera le même, passer l’obstacle le plus vite possible.
Sur les 165 km du trajet, il y aura 115 km de piste, et de la pire espèce. Je ne regrette vraiment pas d’avoir opté pour cette solution car ce trajet aurait été vraiment très très difficile à effectuer à vélo. Non seulement le col Kük-Art culmine à 3.318 m, mais en plus la piste ne fait que monter et descendre. À chaque fois on a l’impression de redescendre tout ce qu’on vient de monter. Dans la descente, la piste est souvent inondée, soit ravinée par des petits torrents, soit barrée par des flaques d’eau qui occupent toute la largeur. Un cauchemar ! Je crois qu’il m’aurait finalement fallu quatre jours pour boucler ce parcours. Je pense à Charlotte et Arnaud qui, avertis de la grande difficulté qui les attendait, s’interrogeaient sur l’opportunité de passer par là à vélo. Je regrette de ne pas avoir de moyen pour les contacter afin de les dissuader de se lancer dans cette entreprise.
Après 115 km de lessiveuse, on arrive enfin sur une route asphaltée. Les 50 derniers kilomètres seront donc une formalité, sauf que mon chauffeur, déchaîné par la vue du bitume, se met à doubler tout ce qui bouge par la droite ou par la gauche. Et j’ai finalement bien plus peur en ville qu’au bord des précipices dans la montagne. On aura mis quatre heures à faire les 165 kilomètres.
Il me dépote pas loin du centre et je suis tout de suite saisi par la chaleur. Je réinstalle mes sacoches et c’est avec plaisir que je remonte en selle. On est vendredi et c’est justement l’heure de la sortie de la grande prière. Il y a foule dans l’avenue Lénine, la rue principale de Jalalabad, et toutes les échoppes sont prises d’assaut. J’achète un bon petit pain encore chaud à un gars qui n’en revient pas de serrer la main à un Francais. Je me trouve un banc à l’ombre pour casser une petite croûte avant d’aller visiter la principale attraction de la ville, son souk.
Comme dans tous les souks on trouve absolument de tout, et ça grouille de monde, les voitures en plus car ici, on rentre dans le souk avec sa voiture. Mais ce qui me frappe le plus, c’est le nombre de femmes voilées ou qui portent le foulard de façon très stricte. Cela change des montagnes et même de Bishkek. La vallée de Ferghana est en effet connue pour pratiquer un islam plus rigoureux que dans les montagnes. À tel point que les islamistes ont même tenté de prendre le pouvoir dans certaines villes de la région. Mais toutes les femmes ne sont pas inhibées par la religion. La preuve, l’une d’elles, incitée par sa copine, veut monter sur mon porte-bagages et partir à Paris !
Je fais quelques petites emplettes en vue du dîner de ce soir, puis je passe faire un tour dans un parc animé, et je prends la route de Osh. Compte-tenu qu’il n’y a rien d’autres à voir à Jalalabad, je préfère sortir de la ville et me trouver un coin de bivouac à la campagne. Après une dizaine de kilomètres, je bifurque vers la droite et je trouve un champ tout ce qu’il y a d’accueillant. Personne ne répond à mes appels devant la ferme voisine, je considère donc que je suis accepté. Trois ados qui passent par là me confirment qu’il n’y a aucun problème à ce que je dorme ici. Ils promettent d’ailleurs de revenir me voir ce soir. Il me semble avoir entendu dans leur conversation le mot Piwa qui signifie bière, et je dois dire que l’idée me séduit assez.
Deux d’entre eux, Kudayar et Malik, reviendront effectivement vers 21 heures mais sans bière. Ils veulent que je vienne dormir chez eux et, pour me convaincre, me disent qu’il y a des chacals qui rôdent dans le secteur. Mais maintenant que je suis bien installé, ça me soucie de tout démonter de nuit pour aller dormir dans une maison. Ils me parlent de la ligne de chemin de fer qui passe juste à côté du champ. Elle date des années 1920 et reliait Jalalabad à toute l’Union soviétique. Sa construction a occasionné un millier de morts de faim et d’épuisement. Le grand-père de l’un deux a connu cette époque et il en a fait des cauchemars jusqu’à la fin de sa vie. Aujourd’hui il passe un train de marchandise par jour, mais plus de trains de voyageurs. Pas de bière, donc, mais une discussion intéressante avec deux jeunes qui ont envie de connaître le monde.
Me voilà donc condamné à l’eau, et plus précisément à l’eau minérale car le petit ruisseau qui coule à côté du champ ne m’inspire pas confiance du tout. On est loin des eaux transparentes des beaux torrents de montagne. Je ne l’utiliserai que pour me laver, et encore avec certaines réticences.
Vers 22 h, c’est le propriétaire du champ qui passe et qui m’invite également à venir dormir chez lui. Trop tard aussi !















Il faut savoir prendre des risques … en voiture merci encore pour ces rencontres du soir que j attend avec grande impatience
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À Osh on se rapproche 😀
Écoute les bons conseils de Flo& Isa.
Ménages toi et ta monture qui fatigue aussi.
Tu vas trouver de nouveaux beaux paysages. Profites bien 😘😘
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😍😍
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Nous étions allé à l’hôtel Osh-Nuru à Osh. Piscine, bar (bière fraîche), et surtout un parking en plein centre. Ça devrait vous faire du bien.
Bon courage avec la chaleur, la frontière est aux portes de la ville, très tôt le matin ça passe bien. Gardez bien TOUS les petits papiers. Je rejoins Fanny, vous avez eu raison pour le taxi. Bon repos sur Osh, et bonne visite….
Quant au garage, vous pouvez aller à Muztoo garage sur Osh, Kolia est adorable et très très bon. Il saura quoi faire pour votre soudure. Il répare les motos, et des gens dans le garage parlent anglais.
40°30’11.7″N 72°49’54.9″E
C’est un peu en dehors de la ville, mais vous pouvez leur faire confiance.
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Nous étions « allés » c’est mieux… 😉
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Merci merci !
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Bonjour Pascal,
J’ai démarré en retard par rapport à ton départ. Mais j’ai tout rattrappé. J’ai lu aussi tous les commentaires. Que vais je pouvoir te dire ? Je vais paraphraser sûrement en te félicitant de ton courage, ta volonté, ta ténacité, ton humour surtout dans ces périples. Un très grand MERCI pour ces descriptions magnifiques que tes yeux nous montrent et pour les photos .
Bravo à toi et à Colibri qui souffre en silence. Bonne continuation et bonne santé. Bises.
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Salut, Martine. Merci !
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Bon retour à la « normale » Pascal après ce petit coup de mou… c’est vrai que le paysage et l’état des routes avec dénivelés importants ne sont pas toujours très attrayants. Le taxi n’était peut être du meilleur format pour Colibri mais aura eu pour effet de te nous rendre en forme. Donc tout est bien ! Fruits et légumes à profusion et souk grouillant; belles images ! On continue ! Courage on suit ! @+
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Merci pour vos encouragements, les Stern ‘ !
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Gloups pour Colibri… Le p’tit tatsi était vraiment p’tit !!! Et avec Fangio au volant, c’est encore une sacrée journée « aventure de l’extrême » 😅 … Heureusement qu’elle se conclut avec petits pains appétissants et fruits/légumes à profusion… Tout pour se requinquer… Une bonne nuit par là dessus et hop, hop, tu vas avaler les kms…
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Coucoucocolibri!
Oh le moral à l’air dans les sacoches Quoi de plus normal après ce que tu viens de vivre et l’enchaînement des cols, le tout avec une nourriture déséquilibrée et l’adjectif est minime . Fais donc une pause et viens donc avec moi demain au tournoi sabolien de basket Baule (j’en arrive juste à l’instant) dont tu peux revendiquer la paternité je crois
Incroyable dont périple On est toujours extrêmement fier de toi mais on sera aussi bennaise de te retrouver
Chaque soir quand le réseau est là on te lit et on s’endort en pensant à tes aventures extra-terrestre pour moi.
Retrouve le moral mon Pascal on est derrière toi comme de vrais supporters Quant tu auras retrouvé ta Marthe, que j’ai eue au téléphone ce soir en pensant que c’était toi à l’autre bout du monde, on aura plus d’histoire pour s’endormir
Belle nuit et fais attention à toi On t’aime
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Merci, mon ami.
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Contente de lire que tu as pris la bonne décision après ton coup de mou ! Tu as déjà tellement pédalé ! Profite bien et récupère aussi. Bisous
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Mais ce périple est à rebondissements ! Colibri a failli prendre froid à moitié sorti du coffre!!! Bon, tout va bien la piste décourageante est passée ! Et en plus un souk coloré plein de bonnes choses pour ton intestin!
Ceci dit vu depuis la plage, ça me semble extraterrestre ton voyage !
Une nature splendide, des rencontres humaines où la langue n’est pas vraiment une barrière, un exploit sportif…
Bref! Pour tout dire j’attends le we d’octobre ou on se verra avec impatience !
Bises
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