Gros coup de mou.
Un mois tout juste que j’ai atterri à Bishkek. Il s’est passé tellement de choses depuis, que j’ai l’impression que cela fait beaucoup plus longtemps.
Ce matin, je me sens en petite forme, peut-être parce que je n’ai pas bien dormi. J’ai rêvé que j’errais au milieu d’un désert à la recherche du meilleur emplacement pour mon panneau solaire. La réalité c’est que j’étais en nage dans mon duvet, qui est presque trop chaud pour des conditions normales. Et au petit matin il s’est mis à pleuvoir, ce qui m’a réveillé aussi. D’ailleurs, à l’heure du lever et du petit-déjeuner, ça crachine toujours. En outre, je suis constipé, sans doute la conséquence de mon régime sans fruits ni légumes. C’est quand même un comble pour un cycliste de ne pas pouvoir aller à la selle !
Bref, je ne me sens pas au mieux en montant sur Colibri vers 8h30. Et cela se confirme dès les premiers coups de pédales. Même sur la première partie plate, je ne parviens pas à trouver un bon rythme de pédalage. Et quand arrive le début de la montée je sens tout de suite que je n’irai pas au bout sur le vélo. Le Pascal flamboyant d’hier, qui passait toutes les difficultés les doigts dans le nez, ressemble plutôt ce matin à un petit pépère essoufflé. Et de fait, je passe une bonne partie de la montée à pousser le vélo. Dans le creux après la descente, je fais un crochet par un petit village pour essayer d’y trouver des fruits. Après avoir longuement cherché le magasin, je dégote effectivement quelques pommes qui vont me faire beaucoup de bien. J’achète aussi quelques barres de céréales en prévision des coup de mou. Sitôt sorti du village, il faut reprendre l’ascension car la difficulté attendue est en deux parties, la deuxième étant légèrement plus haute que la première.
C’est ensuite la longue descente vers Kazarman, environ 25 km qui me sembleront très longs. J’ai mal aux mains et aux bras tellement je suis arc-bouté sur les freins, toujours dans le souci de ménager mon porte-bagages et de ne pas risquer une nouvelle chute sur cette piste qui n’est vraiment pas en bon état. De plus, plus le paysage est assez quelconque par rapport à tout ce que j’ai pu voir précédemment.
Tout cela mis bout-à-bout m’incite à envisager un changement de programme pour les prochains jours. Je n’imagine pas faire les 165 km vers Jalalabad dans les mêmes conditions. En fait je n’en peux plus de la piste, j’en ai vraiment marre d’être secoué toute la journée et de ne pas pouvoir avancer à un rythme normal. Du coup, tout m’agace, Les cailloux qui roulent sous mes roues, le ciel gris, le téléphone que je n’arrive pas à remettre sur son support, l’écharpe qui est tout au fond de la sacoche, le mouchoir qui ne veut pas sortir de ma poche, la sacoche qui refuse de se fermer, etc.
Le problème de ce genre d’étape, c’est qu’elle ne mène nulle part. Quand je montais à Song-Kul ou au col d’Arabel, j’en bavais mais j’avais un objectif et j’étais récompensé à l’arrivée. Là, je ne fais que rallier une ville depuis une autre dans un décor sans grand intérêt. Et les trois prochains jours promettent d’être du même tonneau. Donc ma décision est prise, j’irai à Djalalabad en taxi ou en bus à partir de Kazarman. Quand le plaisir n’est plus là il faut savoir trouver des alternatives.
En outre, je commence à ressentir des douleurs ici et là ; mes deux genoux subissent des chocs violents lors des dérapages, tout comme ma hanche droite qui se rappelle à mon bon souvenir, alors que je l’avais presque oubliée depuis le départ. Et le matin au démarrage, je ressens une douleur dans le dos. Je pense que je subis une forme d’épuisement latent et il est temps que j’écoute mon corps. Je préfère donc faire l’impasse sur l’étape de Djalalabad, y passer un jour ou deux, puis rallier Osh pour la fête nationale. Ainsi retapé, je devrais pouvoir profiter de la dernière partie de mon parcours, la remontée de la vallée de Ferghana en direction de Tashkent.
En attendant, il faut que je boucle cette étape qui me semble interminable. Je maudis cette piste rocailleuse et seules l’apparition d’un troupeau sur la route ou les interpellations joyeuses d’habitants me font retrouver temporairement le sourire. Le panneau d’entrée de Kazarman est une bénédiction, mais en réalité, la vile est 5 kilomètres plus loin. Interminable, je vous dis. J’arrive vers 15h.
Comme les autres, cette bourgade n’a pas de centre ; une rue principale, la route, dessert des petites rues perpendiculaires et un quadrillage de ruelles non asphaltées. Aucune des maisons d’hôtes n’est signalée de l’extérieur. Celle que j’ai choisie a fermé ses portes. J’en trouve une autre, la Guesthouse Flora, en fait une unique chambre dans une maison particulière. Les toilettes sont au fond du jardin et il faut ressortir dans la rue pour aller se laver dans un sauna. Mais qu’importe, j’ai besoin de trouver rapidement un endroit pour me reposer. J’évoque avec les propriétaires mon souhait de prendre un taxi. Ils se proposent de le commander demain matin.
Vers 17h, ils me proposent de dîner, on partage un énorme plat de manti, ces énormes raviolis fourrés à la viande et à la pomme de terre. La femme m’en met cinq dans mon assiette, puis le mari en rajoute trois, me faisant signe que pour pédaler, il faut de l’énergie. Je suis au bord de l’étouffement. Heureusement il y a le thé pour faire passer ça. La soirée se passe entre rédaction du blog et petites sorties dans la rue. Je rencontre un Américain qui visite le pays en 4×4, quinze ans après en avoir fait le tour à vélo. Et il le trouve changé. Dès la nuit tombée je me mets au lit car je ne me sens pas très en forme. J’ai l’impression que les parents sont sortis car j’entends les deux enfants chahuter et crier jusqu’à 23h.









Le coup de mou du héros. Quel parcours Pascal pourtant et quels beaux paysages et rencontres au fil des étapes. Merci pour ce partage quasi sans filtre ( je me souviens du différé de l’aléa CB !!) Bonne pause et bon repos, il en faut même aux héros ! Plein de bises d’encouragement.
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je propose un régime sans sel (selle?)
Accroches-toi (à l’ampoule au plafond?)
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Sans les 5 fruits et légumes par jour, c’est fatal 😅… Allez une petite mise au vert, dans tous les sens du terme, va te faire du bien… Un p’tit tatsi et ça repart… Colibri va sûrement apprécié aussi… Haut les cœurs, mon cousin… 😘😘😘
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