La grande forme.
Levé dès 6h, je replie la tente discrètement pour ne pas réveiller mes voisins de bivouac. Quand ils émergent de leur tente, j’ai déjeuné et je suis presque prêt à partir. Je prends néanmoins le temps de profiter de leur présence et de discuter encore, avant de les quitter peut-être définitivement. Certes ils vont aussi à Kazarman et Djalalabad, mais , après un arrêt forcé d’une semaine pour raison de santé, ils ont besoin de se remettre dans le rythme. Aussi, ne sont-ils pas certains de parvenir à franchir le col dès aujourd’hui. On espère néanmoins se revoir.
Après 5 kilomètres d’approche, la montée au col de Kara-Goo s’amorce. La piste n’est pas trop mauvaise. Je sens tout de suite que j’ai de bonnes sensations, mais je ne m’emballe pas car ce n’est que le commencement de 15 km d’ascension. Et Arnaud m’a promis un mur à 35 % ! Au fil des kilomètres, ces bonnes sensations se confirment, et à aucun moment je n’aurai besoin de pousser le vélo. Je mettrai néanmoins pied-à-terre un certain nombre de fois, victime d’une roue arrière qui tourne dans le vide sur des cailloux, ce qui provoque généralement l’émission d’une bordée de jurons. Vers la moitié de l’ascension, je commence à avoir faim, mais j’essaye de continuer car mes provisions sont un peu maigres. À 3 km du sommet, je me décide quand même à casser une petite croûte. À ce moment-là une voiture me dépasse et s’arrête. Un homme et son fils en descendent. Le père est tout excité de me voir et demande à son fils de nous prendre en photo. Je profite de ces bonnes dispositions pour lui demander s’il n’a pas un peu de pain dans sa voiture. Il sort alors un joli pain rond qu’il coupe en deux et m’en donne la moitié. Cette fois, c’est moi qui lui demande qu’on se prenne en photo ensemble avec le pain. Apek est tout fier, et moi bien content de remplir ainsi mon garde-manger. Je trempe ce pain tout frais dans du miel et de la confiture de framboises, les dernières gouttes de celle que m’a offerte la femme de Boris il y a trois semaines.
Ainsi ragaillardi, je grimpe allègrement les trois derniers kilomètres du col que je franchis vers 13h. Et un de plus dans ma collection; 2.761 mètres seulement, mais en partant de 1.260, ça fait un joli dénivelé de 1.500 mètres.
Au sommet, je prends le temps de faire quelques images et de boire abondamment car il fait soif et mon stock d’eau est confortable; en plus de mes deux bidons, j’ai deux bouteilles de 1,5 litre pleines. Ça fait du poids mais c’est une précaution nécessaire dans cette région très aride. Et puis, je scotche un message à l’attention de Charlotte et Arnaud sur le poteau indiquant le sommet, leur souhaitant bonne continuation, un peu comme une bouteille à la mer.
Le début de la descente est très abrupte et plutôt dangereuse ; je l’aborde donc avec beaucoup de prudence, d’autant que je cherche toujours à préserver mon porte-bagages avant de trop fortes secousses. Le bricolage tient, mais il ne faut pas jouer avec le feu. Après 2 ou 3 kilomètres, la pente s’adoucit et je peux enfin relâcher les freins. Mais pas question de s’emballer car le terrain reste toujours miné. D’ailleurs, à plusieurs reprises, je pars en dérapage et je frôle la catastrophe, notamment auprès d’un fossé qui était tout prêt à m’accueillir. J’ignore encore comment j’ai redressé une situation qui semblait désespérée. Mais à chaque fois ce sont les genoux qui prennent pour empêcher le vélo de se coucher.
Après une quinzaine de kilomètres de descente, j’arrive à une rivière que j’avais repérée sur la carte. L’endroit ressemble au lieu de bivouac d’hier soir : un terrain plat, de l’herbe fraîche, des arbres et un torrent. Je suis très tenté de m’y arrêter. D’ailleurs le contrat du jour est rempli puisque j’ai escaladé et descendu le col. Mais je me sens particulièrement en forme, et j’envisage de prendre un peu d’avance sur la journée de demain. Je fais donc une longue pause déjeuner et rafraîchissement, je m’offre même une mini sieste dans l’herbe, puis je me lance à l’assaut de l’une des deux petites difficultés qui sont au programme de demain, deux bosses de 300 et 500 mètres de dénivelé. La reprise est quand même difficile ; je n’ai grignoté qu’un peu de fromage et une gaufrette mais je me sens aussi lourd que si j’avais participé au banquet du comice agricole. J’ai donc un peu de mal à avaler les trois cents mètres de dénivelé. Arrivé en haut, je crois redescendre tranquillement vers une autre rivière repérée sur la carte, qui devrait m’offrir un joli coin de bivouac. Mais ce n’est pas aussi simple, ça monte et ça descend encore, bref, la piste joue les montagnes russes. Coïncidence, ce sont justement deux Russes à vélo que je croise dans cette partie du parcours. Ils s’inquiètent pour leur ravitaillement en eau et sont bien soulagés d’apprendre qu’ils vont bientôt atteindre un torrent que je viens de traverser.
Arrive enfin la grande descente attendue qui m’amène sur le bord de la rivière que je vise pour la nuit. J’emprunte un petit chemin qui dessert une ferme au bord de l’eau. L’endroit est inhabité et sert seulement de lieu de stockage. Le sol est jonché de paille, idéal pour l’isolation et le confort. Je monte ma tente contre un mur et je me prépare une délicieuse soupe aux légumes lyophilisée que j’étoffe avec la fin du paquet de semoule. Assis au bord du torrent pour la déguster, je me répète au moins cinq fois (à haute voix car je parle volontiers tout seul) : « p… que c’est bon » ! Un bout de fromage avec du pain d’Apek, une gaufrette, et me voilà rassasié. N’empêche que je suis sacrément en manque de fruits après la cure d’abricots et pêches au lac Issyk-Kul. Demain à Kazarman, je me promets de faire une razzia sur les étals de fruits. Pourvu qu’il y en ait !















Le Tour de France, de la rigolade par rapport à ce que tu fais ! 👏
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Quelle performance de monter tous ces cols. Toujours de superbes paysages . Bon courage pour la suite. Barbara de Dives
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Et hop quelques cols de plus.!
Un vrai champion aventurier.
Vivement demain pour la suite de tes aventures.
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Quels paysages et quels efforts!!! tu nous épates!
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C’est incroyable de te voir enchaîner tous ces cols les uns après les autres ! Quelle performance ! Par contre, grignoter « qu’un peu de fromage et une gaufrette » et te sentir « aussi lourd que si [tu] avais participé au banquet du comice agricole », là je pense que la fatigue, et peut-être l’altitude, te font perdre quelques notions quantitatives ! Bon tout va bien et cette étape semble t’avoir été agréable. Merci encore aux sympathiques rencontres ! De l’eau, du pain et une bonne soupe ! Bonne continuation à toi, courage ! On suit… @+
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2000m de D+ avec un biclou chargé comme une mule, et sur du chemin…
C’est très costaud ! Bravo !
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Il faut vraiment avoir fait du vélo et être affamé !😂
Bravo pour le nouveau col franchi
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Je ne voudrais pas dire mais vue d’ici ta gamelle de soupe fait plus peur que tes descentes 🤣…
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