Plus tout à fait seul.
L’hôtel Kostinitsa Konorchok est réputé pour son look soviétique bien marqué qui lui donne un charme désuet. Côté salle à manger, c’est plutôt propret et le petit-déjeuner est copieux : trois œufs au plat et une tomate, auxquels j’ajoute quelques gaufrettes en dessert. Ce ne sera pas trop pour la journée qui m’attend. J’ai longuement refait mes calculs car j’entre dans le dernière semaine au Kirghizistan et le planning se resserre. Je compte trois jours pour aller à Kazarman (170 kilomètres avec 2.400 mètres de dénivelé positif), puis encore trois pour atteindre Djalalabad (165 kilomètres avec 2.600 mètres de d+), et un pour rallier Osh (74 kilomètres, 800 mètres de d+). Soit une arrivée à Osh comme prévu le 30, si tout va bien.
L’objectif du jour est d’aller jusqu’au pied du col, soit environ 70 kilomètres. Avant de partir je fais le plein d’eau car la journée s’annonce chaude et les villages rares, tout comme les rivières. En revanche, impossible de trouver des tomates et des fruits dans les épiceries du village.
Les 50 premiers kilomètres sont d’une facilité déconcertante, une belle route asphaltée, du soleil, des descentes, pas de vent, le bonheur du cycliste, quoi. Même la perspective du crochet d’Ak-Tal me laisse indifférent ; il faut en effet remonter la rivière Naryn sur 15 kilomètres pour aller jusqu’au pont d’Ak-Tal, traverser, puis refaire les mêmes 15 kilomètres en sens inverse sur l’autre rive. C’est un peu rageant, mais je ne peux pas traverser à la nage.
J’ai quand même une petite désillusion en constatant que la boutique d’Ak-Tal que j’avais repérée en descendant de Song Kul est fermée. Je comptais bien y acheter les fruits et les tomates qui manquent à mon paquetage. Une fois la rivière traversée, adieu bitume, bonjour caillasse; il faut se réhabituer aux secousses et à la tôle ondulée. Au fil de la journée, la chaleur augmente et devient vite écrasante. Il n’y a pas un arbre, le paysage est totalement minéral et aucun abri ne se présente quand j’estime arrivée l’heure de déjeuner. Un petit filet d’eau me donne une illusion de fraîcheur pendant que je casse la croûte en compagnie de quelques vaches et d’une grenouille.
Et puis la piste commence à s’élever pour franchir une première barrière rocheuse. Derrière celle-ci c’est presque un oasis qui se présente, un village verdoyant qui contraste avec son environnement. Dès l’entrée, deux gamins me barrent la route et me font subir en riant un interrogatoire auquel je suis bien incapable de répondre. Puis il me suivent, l’un à pied l’autre sur un vélo et m’accompagnent ainsi sur plusieurs dizaines de mètres. Comme je leur demande de m’indiquer un magasin, il me conduisent dans une cour de ferme et je crois qu’ils se moquent de moi. Mais non, une dame se présente et ouvre la porte arrière d’une minuscule échoppe que je n’avais pas identifiée comme telle. Elle ne dispose malheureusement pas des fruits et légumes que je convoite. Pas rancunière du tout, elle me propose de boire le thé, ce que je fais en compagnie de son fils et de son petit-fils. Je goûte un nouveau produit, du lait dans lequel on fait fermenter des grains de blé. La fermentation a si bien réussi que le liquide s’échappe de toute part quand la dame ouvre le bouchon de la bouteille. Ce n’est pas vraiment délicieux, mais plutôt moins difficile à avaler que le kumis. Tandis que je prends congé, une camionnette de livraison vient approvisionner le petit magasin. Je suis impressionné par la quantité de bouteilles de Coca-Cola qui sont livrées à cette minuscule échoppe. Je reprends la route dépité de ne pas avoir pu faire le plein de produits frais.
Quelques kilomètres plus loin, je rencontre deux cyclistes arrêtés sur le bord de la route. Ce sont deux Français, Charlotte et Arnaud qui se rendent eux aussi à Kazarman puis à Djalalabad. Ils se sont connus en Chine, où ils ont travaillé quatre ans, pour s’apercevoir que leurs familles respectives habitent à 7 kilomètres l’une de l’autre ! Ils voyagent en Asie centrale depuis déjà trois mois et s’apprêtent à poursuivre leur périple pendant au moins six mois encore, au Tadjikistan, puis en Géorgie et en Turquie l’hiver prochain. Nous décidons de faire un bout de chemin ensemble. Après quelques kilomètres, un joli coin de bivouac se présente au pied du col. C’est sans doute le dernier point d’eau avant très longtemps. Je n’hésite donc pas et décide de m’arrêter ici. Après réflexion, Charlotte et Arnaud, qui auraient volontiers poussé plus loin, choisissent de faire de même. On commence par une baignade dans le torrent, puis nous installons notre petit campement et discutons longuement, notamment d’écologie, qui est aussi leur passion. Des hommes du pays viennent abreuver leurs chevaux dans le torrent et se servir quelques verres de vodka au bord de l’eau. Après cette visite, chacun se met aux fourneaux, et tandis que mes deux amis, fins gourmets , se préparent un bon petit plat à base de légumes frais, je fais chauffer ma semoule – petits pois en conserve. On continue de discuter en mangeant, puis on se couche rapidement car la journée de demain promet d’être difficile.











… et le beau chapeau de son époux.



Merci pour vos excellents récits. Cela nous évade en nous faisant découvrir des régions que l’on ne connait que par le nom. Que de beaux moments de rencontres. Bonne poursuite et encore d’autres échanges et accueils Sympathiques.
PS : super les photos.
Gérard près de Rouen.
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Bonjour Pascal,
J’ai découvert votre blog après avoir lu un article qui vous était consacré sur Ouest-France cet été et je suis depuis vos aventures avec un grand plaisir. Bravo pour votre humour, votre bonne humeur malgré les péripéties notamment avec Colibri, et vos galères face au vent…merci de nous faire découvrir des régions, ses habitants, et ses paysages avec votre regard… on apprend beaucoup et ça relative nos petits tracas d’occidentaux…ça donne aussi envie mais pas dans des endroits aussi lointains…
Bon voyage !
Gérard ( de LA FLÈCHE)
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Merci, Gerard.
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ce que j’admire chez toi, ce sont bien sûr les kilomètres parcourus sur des routes hyper difficiles mais aussi le fait que tu passes une bonne partie de la soirée à nous relater tes « exploits-aventures-rencontres » ! chapeau Pascalou..merci pour tous ces récits.. bisous. Plonplon
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Ah tu vois bien qu il y a des bouts de routes terminés migraine peut-être due au changement rapide d altitude bonne route
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