Lundi 22 août, Orto-Sirt -Baetov, 48 Km

La grande descente.

Vers 6h, la maisonnée commence à bouger. Le feu est réactivé, la bouilloire siffle, on va et vient et on s’active. Je fais de même en rassemblant les quelques affaires que j’avais sorties pour les remettre dans les sacoches. Dehors, le vent est tombé mais il fait un froid de gueux. Le spectacle du lever du soleil est aussi grandiose que celui de son coucher. J’ai tout loisir de l’admirer en allant dans la cabane au fond de l’enclos des moutons.

On se retrouve rapidement autour de la table pour un petit-déjeuner qui ressemble au dîner, les pâtes en moins et avec en plus un petit fromage fort, le fameux korot, roulé à la main par la jeune Aida qui ne semble pas dans son assiette ce matin. La nuit à côté de son papa qui ronfle n’a pas dû être très bonne. Avant de partir, je leur offre quelques gadgets saboliens et je glisse un billet dans la main de Ulan, qui ne refuse pas. Quand je m’éloigne, ils sont sur le pas de la porte et me lancent des signes amicaux. Encore un beau moment de partage grâce à cette hospitalité qui n’est vraiment pas une légende.

Je repars dans la direction indiquée par Ulan, qui n’est pas celle que je m’apprêtais à prendre hier soir. Il y avait une bifurcation que je n’avais pas vue. Une bonne raison de plus de me réjouir d’avoir écouté la voix de la sagesse hier soir.

Après seulement trois kilomètres, je souris en découvrant le véhicule des Allemands d’hier en contrebas de la piste, la tente dressée sur le toit. Du coup, je suis certain de les revoir dans la journée.

Assez rapidement, la piste s’élève et j’attaque le deuxième col. Sans le vent et bien reposé, c’est beaucoup plus facile. Mis à part quelques raidillons, je monte presque tout sur le vélo. Cela ne m’empêche pas de faire de nombreux arrêts pour admirer le paysage et le photographier. En haut du col je découvre son nom, Mels, inscrit sur un de ces portiques-monuments dont les Kirghizes ont le secret.

Je mange un peu et je décide de tourner une séquence vidéo dans ce splendide décor. Mal m’en prend ! En faisant une manœuvre un peu trop serrée, je dérape et le vélo tombe sur le côté. Rien de grave en soi, cela m’arrive souvent. Mais en relevant le vélo, je découvre que le porte-bagages avant est de travers. Un deuxième point de fixation a cassé, en l’occurrence un collier métallique, et je n’en ai pas de rechange. Deux cyclistes anglais qui arrivent dans l’entrefait me fournissent un collier plastique plus solide que les miens. Je le pose mais je ne me fais guère d’illusion; je vais devoir descendre au ralenti pour arriver à Baetov sans encombre. Et ce ne sont pas les gentils Allemands qui me dépassent à ce moment là qui vont pouvoir m’aider. Je les félicite pour le choix de leur lieu de camping, mais ils ont eu très froid. Au réveil, leur réserve d’eau était gelée !

La descente en question fait 35 kilomètres et les dix premiers s’avèrent très dangereux. Certaines parties sont très pentues et traversent des sortes de petits canyons qui déversent des tonnes de caillasses qui fuient sous les roues. C’est de l’acrobatie permanente et je descends à peine plus vite que je n’ai monté. Sous mes yeux s’amorce alors une vaste plaine comme je n’en ai pas vue depuis les premiers jours. Mais pour y parvenir, il faut descendre et descendre encore. Je vais passer de 3.340 mètres à 1.900. Conséquence, la température augmente rapidement et je passe de la tenue de montagnard à celle d’estivant maritime. Je pense que cette brusque variation sera la cause du mal de tête que je ressentirai toute la soirée. Si elle ne demande pas trop d’énergie de pédalage, cette longue descente est exigeante en terme de concentration car les pièges sont nombreux. Aussi dois-je impérativement m’arrêter si je veux regarder un tant soit peu le paysage.

A dix kilomètres de Baetov, en traversant le village de Terek, je pense en avoir fini avec les secousses. Mais l’asphalte ne dure que le temps de la traversée du bourg. Je mangerai la poussière jusqu’au bout.

Baetov un gros bourg, mais peu animé. Le bazar est fermé et les quelques commerces sont regroupés dans un vaste carrefour, où les invités d’un mariage font la fête, sono des voitures à fond. Ma priorité est de trouver un garage, mais je n’en vois pas. Un premier quincaillier me renvoie chez son confrère de l’autre côté de la rue, qui me dirige vers le grand magasin « Manas ». J’y retrouve mes deux Anglais qui font quelques achats avant de poursuivre leur route vers le Song-Kul. Le magasin dispose effectivement d’un tas de pièces détachées dont des pièces de vélo, mais le vendeur n’est pas disposé à mettre les mains dans le cambouis. Il me propose de me servir dans ses rayons et de procéder à la réparation. Je choisis des colliers de serrage métalliques que je pose sur les deux points de fixation. Cela ne me satisfait pas vraiment, mais ce sera toujours plus solide que le plastique. Par précaution , j’en prends quelques uns de rechange. Je lui achète aussi une nouvelle carte SIM car l’abonnement de quatre semaines pris à l’aéroport est arrivé à échéance.

Je suis écrasé de chaleur et j’ai mal à la tête. Je réalise alors qu’il est presque 17h et que je n’ai pas vraiment déjeuné. Je vais dans un restaurant et j’avale des pâtes fourrées à la viande qui baignent dans une soupe brûlante, accompagnée d’un café au lait et sucré puisque c’est la seule boisson disponible hormis le thé.

Grâce à Google Maps je trouve un petit hôtel qui va me permettre de me rafraîchir et de faire une bonne lessive. L’endroit date de l’époque soviétique et est toujours dans son jus. Et on y fait des travaux d’électricité qui rendent les couloirs presque impraticables. Colibri est stocké dans la salle à manger. La chambrette est rustique mais dispose d’un balcon. Les toilettes sont limite propres mais la douche fonctionne bien et j’y passe un long moment. La lessive mise à sécher sur le balcon, je rattrape mon retard de blog, profitant d’une connexion internet assez rapide. Puis je retourne faire un tour du village pour éventuellement trouver un garage qui pourrait se nicher dans la moindre cabane cachée. Mais rien. J’achète quelques provisions et je vais dîner car les nouilles fourrées ne m’ont pas rassasié. Je rentre dans un boui-boui aménagé dans un conteneur. La serveuse ne parle pas anglais mais bafouille quelques mots de français. Elle veut converser avec Google traduction, je préfère qu’elle soulève le couvercle de ses marmites pour choisir un plat, ce qu’elle fait de bonne grâce. Pour 1,50 €, je mange une délicieuse potée de riz, carottes et viande, que je compléterai à l’hôtel par un pot de fromage blanc car ici, c’est plat unique, pas de dessert, et ça me manque.

Comme j’ai le sentiment que le linge de lit n’est pas changé après chaque client, je me glisse dans mon drap de couchage. Dans la nuit, je devrai ouvrir la fenêtre car j’ai encore trop chaud. Une désagréable odeur d’ordures brûlées pénètre dans la chambre, mais tant pis.

Les deux chambres en enfilade.
Dans le froid du petit matin.
A table !
Ainoura sert le thé jusqu’à plus soif.
Ulan se prépare pour une rude journée de plus.
En route pour Baetov.
Les glaciers ne sont pas loin.
Non, ma piste ne passe pas là-haut. Ouf !
J’en vois de toutes les couleurs.
Derniers efforts en montée.
Au moins là, on sait qu’on est au col.
On zigzague entre les canyons.
Un spectacle féerique.
Un petit coin de verdure.
Et soudain, la plaine.
Bon, je passe où, moi ?

8 réflexions sur “Lundi 22 août, Orto-Sirt -Baetov, 48 Km

  1. Époustouflant ! C est le qualificatif qui me vient à la lecture de ton périple.
    Époustouflant pour les images magnifiques que tu nous envoies, pour les magnifiques rencontres mais aussi pour ta ténacité face au froid, aux difficultés techniques que tu peux vivre.
    C est admirable.
    Tu réalises ton rêve en nous le partageant. Nous le vivons donc ensemble un peu avec toi (mais c est quand même moins fatigant 🤣).
    Bises

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  2. Quelle bonheur de suivre ton extraordinaire voyage. Les paysages sont à couper le souffle. Prends soin de toi et Colibri. Barbara de Dives

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  3. je pense que tu étais attendu pour faire avancer les travaux de rénovation.
    curieusement, j’ai toujours préféré monter les cols que les descendre, notamment à cause du froid! Tu y ajoutes les danger des caillasses.

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  4. 😰, Pascal souffre mais Colibri aussi!! Heureusement que vous vous soutenez mutuellement !
    Quand tu veux pour faire le tour du golfe, puis la Bretagne centrale, même par gros temps…
    En tous cas, cette fois encore que du beau sans parler de tous ces gens qui débordent de gentillesse.
    Bon vent, bises

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  5. Heureusement que Marthe et Anne Laure sont passées je n’avais pas compris comment te laisser des commentaires. Quelle s belles rencontres,
    Bises

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