Mercredi 17 août, Song-Kul – Ak-Tal, 80 Km.

Il existe cinq accès au lac, et donc autant de possibilités d’en repartir. Deux filent vers le nord, à l’opposé de ma direction, une vers l’Est, celle par laquelle je suis arrivé, une vers le sud-est, bien orientée pour moi mais qui oblige à franchir deux cols. La dernière, orientée plein sud, peut aussi m’amener vers Naryn. Elle présente un profil raisonnable : un col à 3.340 mètres (en partant de 3000), puis une très longue descente vers la vallée de la Naryn. Comme le beau temps est revenu, je suis plus enclin qu’hier à redescendre à vélo. Je retiens donc cette option et j’abandonne la chasse aux véhicules. Après tout, je suis là pour faire du vélo !

Après le petit-déjeuner commun, tout le monde se prépare à quitter le camp. Mais le départ des Aveyronnais sera retardé par un incident fâcheux : le petit Antoine a perdu son appareil dentaire. Branle-bas de combat dans le camp, tout le monde se met à la recherche de l’appareil. Finalement il sera retrouvé dans la yourte à manger, où le gamin l’avait enlevé pour le petit-déjeuner. C’est la deuxième fois cette semaine, et le pauvre en prend plein la tête de la part de ses frères et sœurs. La solidarité familiale est mise à mal…

Moi, je repars pour mon quasi-tour du lac dans une tenue vestimentaire un peu baroque. Mes baskets n’ayant pas séché, je repars en claquettes ; mais comme il fait froid, je garde les chaussettes. Bon, il n’y a pas grand monde pour y trouver à redire. Je suis facilement la piste, mais je roule aussi souvent dans l’herbe, au milieu des troupeaux. Je ne me lasse pas du spectacle des moutons toujours en rangs serrés, des vaches beaucoup plus individualistes, et surtout des chevaux, de leur élégance et de leurs galopades improvisées qui font trembler le sol.

A la bifurcation, je me retourne pour admirer Song-Kul une dernière fois et je m’engage dans la montée du col de Moldo. Comme souvent, ça commence piano piano et ça se termine fortissimo. Je suis motivé par la présence devant moi de deux vététistes d’un jour avec qui j’ai échangé quelques mots à la bifurcation, alors qu’ils sortaient leurs vélos de la voiture. On arrive en haut à peu près en même temps et, comme moi, ils choisissent de pique-niquer au sommet. Première surprise, ils sont Slovaques et vivent à Bishkek ; il ne doit pas y en avoir des masses ! Je les sens réticents à évoquer leur profession. Je les imagine déjà diplomates, ou mieux, agents secrets. Finalement, ils finissent par me dire qu’ils travaillent pour l’Eglise catholique. Lui est prêtre et anime la plus importante des six paroisses du pays, celle de Bishkek. Quant à la dame, je n’ai pas osé lui demander quel était son rôle exact…

Les catholiques sont ultra-minoritaires au Kirghizistan ; on en dénombre autour de 500. La religion la plus présente est l’islam, environ 80% de la population, avec de nombreuses variantes correspondantes aux différentes ethnies représentées dans le pays, Ouzbeks, Tadjiks, Ouighours et Dungans, des Chinois musulmans. Majoritairement sunnite, cet islam est en outre encore influencé par le chamanisme, toujours pratiqué, et zoroastrisme, qui fut un temps la religion officielle du pays. Vient ensuite la religion orthodoxe, portée par une communauté russe qui reste importante malgré les départs massifs enregistrés en 1991, lors de l’indépendance.

Donc la mission de Martin et Maximiliana consiste à faire vivre cette minuscule communauté et à essayer de l’élargir. Dans le contexte, pour accepter une telle mission, il faut vraiment avoir la foi. En attendant, ils ont bien amélioré mon casse-croûte avec une escalope de poulet et un thé au gingembre.

La descente du col est assez acrobatique, avec un bon nombre de lacets sur une piste bien dégradée par le passage de camions chargés du charbon extrait d’une mine proche. Comme dans une pièce en trois actes, le décor change à mesure qu’on descend. D’abord très sec et minéral, puis verdoyant avec une forêt d’épicéas, et enfin bucolique avec l’apparition d’un jolie torrent.

C’est ce troisième acte qui m’a valu la plus joli cascade de tous mes voyages. Voulant filmer l’entrée dans ce nouveau paysage, je saisis le téléphone d’une main; de l’autre, je tiens le guidon et le frein, mais sans doute pas assez fermement. Ma roue avant s’enfonce dans un tas de gravier, se bloque et j’exécute un joli soleil par dessus mon guidon. Tout cela à faible vitesse, si bien que les dégâts sont minimes, quelques éraflures aux jambes et une petite douleur à l’épaule, auxquelles il faut ajouter un impact sur l’écran du téléphone. La présence du torrent me permet de me laver, de me rafraîchir et de reprendre mes esprits. Je contrôle aussi que Colibri n’a pas souffert non plus. Avertissement sans frais !

La descente se poursuit jusqu’à atteindre la rivière Naryn que je traverse pour m’engager sur la gauche vers la ville de Naryn. Il commence à se faire tard; je fais quelques emplettes à Ak-Tal et je me mets en quête d’un coin pour bivouaquer. Je fais l’erreur de trop m’éloigner du village, plutôt verdoyant, et je me retrouve sur un plateau très aride. Soucieux de ne pas redescendre la grosse côte que je viens de grimper, je m’installe sur un terrain qui ne me plait pas du tout : une terre sèche qui produit une poussière fine comme du plâtre et recouverte d’une végétation piquante à souhait. Tant pis; le soleil frôle l’horizon, je n’ai plus le choix. Mini-toilette, repas froid car j’ai la flemme de sortir et allumer le réchaud que le vent éteindrait sûrement, je m’enferme sous la tente pour rattraper mon retard dans l’envoi de nouvelles.

Ce matin, j’ai de la visite dans ma yourte.
Ici, il y eut un pont.
Un endroit calme pour l’eternite
Dernier regard sur le Song-Kul.
Mon passage suscite l’enthousiasme des enfants.
En haut du col, je retrouve le père Peter et Maximiliana.
Pas de surprise, je sais ce qui m’attend.
Acte 1, le minéral.
Acte 2, les épicéas.
Acte 3, le torrent.
La descente se termine dans la vallée de la Naryn.

Un petit coucou et l’un grand merci à mes partenaires.

7 réflexions sur “Mercredi 17 août, Song-Kul – Ak-Tal, 80 Km.

  1. deux remarques:
    – parvenir à effectuer un tonneau dans un pays musulman c’est osé. j’espère que le vin ne s’est pas répandu!
    – sèche vite tes chaussettes et chaussures car se risquer à Naryn avec un rhume, cela ferait jaser!
    amitiés rigolardes.

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  2. Je ne savais pas que tu avais pris option acrobatie pour ce voyage😅
    Merci pour ces cartes postales quotidiennes qui nous font voyager.
    Bonne route.

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  3. Bonsoir Pascal,

    Anne-Laure me fait la lecture de votre blog le soir, nous voyageons par procuration… finalement, après quelques déboires, les astres se sont alignés pour vous offrir un beau voyage et des rencontres sympathiques. David.

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  4. Que ça doit être beau tous ces animaux en pleine nature, surtout les chevaux. C’est tellement majestueux. Attention aux chutes , il faut te ménager et la monture aussi. Le voyage et les belles rencontres ne sont pas finis. Les photos sont toujours aussi belles.
    Barbara de Dives

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