Lundi 15 août, montée au Song-Kul, 38 Km.

15 août, fête de l’assomption qui célèbre l’ascension au ciel de la sainte Vierge. Plus modestement, je m’apprête à monter à 3.132 mètres le col de Terskey Torpok, aussi nommé col des 33 perroquets, allusion aux nombreux lacets en forme de bec d’oiseau. Je sais qu’il n’y aura pas de miracle, je vais en baver.

Mais d’abord, il faut quitter ce petit coin enchanteur. L’averse tombée en fin de nuit me complique la tâche car il faut sécher la tente avant de la plier. Un bon café, quelques restes de pain avec du miel, une banane et c’est parti. D’après mes repères j’ai 40 kilomètres à faire, dont environ la moitié pour arriver au col. Sur ces 20 premiers kilomètres, je prévois une moyenne de 4Km/h.

Comme souvent, le début de l’ascension est assez facile. C’est quand je traverse la rivière que les choses se corsent, la pente s’accentue et la piste se détériore. La pente n’est pas trop rude et assez régulière. Et puis la pluie de ce matin limite beaucoup la poussière des véhicules qui montent et descendent.

Mais les pierres qui roulent sous les roues contrarient mon avancée et me font souvent déraper, parfois au point de m’obliger à mettre pied à terre pour éviter la chute. Et dans ces cas là, il est très difficile de redémarrer. C’est comme des démarrages en côte, frein serré jusqu’au dernier moment. Plusieurs fois, je dois pousser un peu le vélo pour arriver sur une portion moins pentue afin de pouvoir remonter en selle.

Heureusement, les jambes vont bien. En revanche, l’altitude m’empêche de récupérer normalement, j’ai le souffle court. Après deux heures de montée, j’ai effectué 9 kilomètres ! Bien que ce soit dans les clous de la moyenne prévue, c’est décourageant au vu des efforts déployés ; le moral flanche, je me demande vraiment si je vais y arriver. Du coup, je bloque complètement, je dois m’arrêter toutes les deux minutes, complètement vidé. Je comprends alors que je suis en fringale; mon maigre petit-déjeuner était largement sous-dimensionné pour un tel effort. Je m’arrête donc pour grignoter et surtout, manger la barrette d’Ovomaltine offerte par les Suissesses, conservée pour les vrais coups durs. Cela me fait grand bien et me donne un bon coup de fouet.

La route monte tout droit à flanc de montagne, il y a très peu de lacets, si bien que je vois la piste très loin devant moi., ce qui n’est pas très bon pour le moral. Alors je décide de ne plus regarder le compteur, que je masque avec le drapeau français et les fanions de Sablé accrochés à mon guidon. En revanche, je jette un coup d’œil de temps en temps à mon altimètre. Au fond, ce qui compte c’est le dénivelé qui reste à grimper, pas la distance. Et je constate avec plaisir que l’écart avec les 3447 mètres diminue régulièrement. Et comme tout finit par arriver, je franchis le col, non sans avoir senti auparavant le petit courant d’air annonciateur du passage entre deux vallées. Je vous le confirme, ça fait du bien quand ça s’arrête ! J’ai mis 4 heures à faire les 17 kilomètres de montée, j’ai donc tenu la moyenne prévue, arrêts compris.

Des arrêts il y en eut beaucoup pour reprendre mon souffle et pour faire des photos. Et puis il y a eu quelques rencontres sympathiques. D’abord les deux cyclistes hollandaises qui descendaient. Elles voyagent aussi à vélo, mais avec un bus qui les accompagne, les dépose à certains endroits et les récupère à un point défini à l’avance. Cette stratégie leur permet surtout de ne pas transporter leurs bagages.

Plus loin, c’est un petit bonhomme d’une dizaine d’années sur son cheval qui me lance un « hello » sonore et m’invite à m’arrêter. On se présente, je lui offre un fanion, et, à ma grande surprise, il m’invite à monter sur son cheval. Dans un premier temps je refuse parce que c’est un exercice que je goûte peu. Et puis, je me dis que c’est trop beau, ce gamin du fin fond du Kirghizistan qui me propose sa selle, c’est une occasion unique, un moment magique. J’accepte donc. Petit souci dû à ma taille et à ma souplesse naturelle, je suis incapable de mettre le pied à l’étrier ! Il faut donc avancer jusqu’à une grosse pierre pour que je puisse monter en selle. Une fois là-haut, j’ai beau le talonner, le canasson refuse d’avancer. Un coup de baguette du gamin sur les fesses, et nous voilà partis. Oh, pas bien loin; après 50 mètres sur la piste, je fais demi-tour pour revenir à mon point de départ. Baptême réussi ! Il n’existe hélas aucune preuve iconographique de ce grand moment, mais il restera gravé dans ma mémoire.

La troisième rencontre a lieu à quelques hectomètres du sommet. C’est un motard qui s’arrête pour prendre de mes nouvelles. Comme il me confirme la proximité du col, je me sens très bien. C’est un Israélien qui termine un périple de trois semaines avec une moto de location. On parle de son pays que j’aimerais bien visiter aussi.

La descente vers le lac est agréable. Arrivé face au lac, je bifurque vers la droite, puisque j’ai prévu d’en faire le tour dans le sens anti-horaire. Un village de yourtes est annoncé à 8 kilomètres et cela me va parfaitement. Je m’y arrête surtout pour me restaurer, sans savoir si je vais y dormir. Je dévore le repas promptement préparé par une des deux femmes et je m’allonge dans l’herbe pour digérer la nourriture et le col.

Ce sont deux familles semi-nomades qui vivent ici à la belle saison avec leurs troupeaux et qui ont monté cinq yourtes en plus pour accueillir des touristes. Les hommes passent leurs journées avec les troupeaux et les femmes gèrent l’intendance. L’ambiance est conviviale, le site très beau, je ne vois pas de raisons d’aller chercher mieux plus loin. C’est décidé, je dors ici ce soir, dans une yourte, au bord du lac Song-Kul.

J’y fais connaissance avec un jeune couple d’Italiens adorables et deux Néerlandais, un monsieur et son gendre qui voyagent à vélo, suivis par une voiture conduite par leur cuisinier ! Le beau-père a notamment visité le Rwanda, qu’il me recommande chaudement. On discute beaucoup tous ensemble, surtout les Italiens, Beatrice et Mattia. Ils me proposent de me descendre demain matin à Naryn, mais c’est trop tôt, je veux profiter du lac deux ou trois jours.

A deux kilomètres de là, je découvre une petite plage et, bien qu’en short, je ne résiste pas au plaisir de goûter l’eau fraîche du lac. Un vrai bonheur.

Sur la plage, un Russe me demande si sa femme peut m’emprunter mon vélo pour faire un aller-retour rapide au camp tout proche. Et voilà Colibri chevauché par la jeune femme. S’est-il cabré ? A-t-elle été maladroite? Toujours est-il que la première ornière lui est fatale, et elle se retrouve le nez dans la terre avec sa belle tenue toute blanche ! Je me précipite pour voir si Colibri n’a rien et, accessoirement m’assurer que la dame est en état de repartir. Elle finira par revenir avec… la serviette de bain de son époux.

La soirée se passe calmement autour de la balancelle jusqu’à l’heure du dîner, suivi du coucher de soleil sur le lac. La petite fraîcheur qui s’en suit incite tout le monde à regagner ses pénates, tandis que les femmes terminent la traite des vaches.

La cabane au fond du vallon.
Cet adorable garçonnet m’a fait essayer son cheval.
La montée est rude, mais le spectacle est grandiose.
Encore un de fait !
Du col, on voit la montée finale.
Premier village de yourtes.
Les chevaux viennent boire au lac.
Ce petit âne va transporter le lait de jument.
Sans que l’un parle un mot de la langue de l’autre, ce chauffeur et moi avons passé un bon moment.
Coucher de soleil sur le lac et sur « ma » yourte.

16 réflexions sur “Lundi 15 août, montée au Song-Kul, 38 Km.

  1. Tes photos sont magnifiques!! Les paysages sont superbes et la bonté des gens que tu rencontres se lit sur leurs visages !! Tes efforts sont bien récompensés……bravo encore !

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  2. Pascal,
    Tes récits redonnent confiance en l’âme humaine. De la gentillesse partagée (je ne doute pas de la tienne), de l’hospitalité et puis quelle beauté dans ces visages !
    J’en utilise le tutoiement moi, tiens !
    Bravo pour le surpassement physique aussi. C’est incroyable.
    Caroline

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  3. Chapeau pour le col de Kalmak ! Impressionnant ! Oui la photo du caballero nous manque… mais c’est vrai que prêter Colibri est quand même assez risqué non ? C’est çà l’aventure… Images grandioses et le carnet de bord est toujours aussi intéressant ! On suit Pascal ! @+

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  4. Après presque 46 ans de mariage, tu arrives encore à me surprendre !!
    Les cols, le cheval, et prêter Colibri à une russe …🙃😊
    Bon là tu mérites un peu de repos quand même 😘😘

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  5. Impressionné par ton périple
    Quelle énergie …..les années n’ont aucune prise sur toi, tu es toujours comme je t’ai connu à Bessé.
    Bonne suite
    Jean

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  6. Oh! J’en ai des crampes aux mollets à te lire, Ne parlons pas du souffle !!!
    Heureusement que tu découvres des paysages superbes et des gens qui sont une belle récompense à l’effort. Ce jeune garçon devait être si fier de te prêter sa monture.
    Je vais me contenter de préparer la confiture de brugnons en attendant la suite de ta belle aventure.
    Bises

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  7. oui, je sais c’est pas trop charitable (surtout pour un 15 août !) mais j’ai bien ri à haute voix à la description de ton essai (réussi) de monter sur le cheval du petit gamin !!
    quelles belles rencontres tu fais mais bien méritées aussi….je suis toujours estomaquée par tout ce que tu entreprends et réalises SEUL.
    bisous lorientais mais sans biniou ni bombarde partis embêter d’autres oreilles que celles d’Alain…

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  8. Quelles belles rencontres tu fais! C’est magnifique de voir la gentillesse des gens.
    Bonne continuation de route, rendez-vous dans 1 mois. Bisous

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  9. Quel courage…. Nous sommes estomaqués!! Nous nous souvenons encore de cette route avec Isa… nous étions en moto, et elle n’était pas simple et très « technique »…. Voir carrément dangereuse avec notre bécane de 400kg!!! Vous nous faites rêver….

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