Dimanche 14 août, Semiz Bel vers Song Kul, 72 Km.

Dès le réveil, vers 6h, je reçois de la visite, un brave homme à qui je me présente et qui se lance dans une grande explication en me montrant les champs environnants. Je ne comprends rien, mais je crois deviner qu’il vient inverser le cours des petits canaux d’irrigation pour envoyer l’eau vers d’autres parcelles. Un pote vient le rejoindre et les voilà partis tous les deux dans les champs.

Moi, je me fais une bonne tasse de café, que je bois désormais dans un gobelet en carton de chez Globus. Pour une fois, je prends un petit-déjeuner assez consistant, et même une deuxième tasse de café. Puis je remballe mon matériel sous l’œil attentif des deux gars revenus de leur tournée dans les champs. Ils n’en perdent pas une miette et font des commentaires dont je ne prends pas ombrage puisque je n’en comprends pas un traître mot.

Je traverse de nouveau le village de Semiz-Bel et je salue au passage les gens qui m’ont renseigné hier soir. On est dimanche et cela change bien les choses, car on respecte ici aussi le repos dominical. D’abord il y a moins de camions sur la route, et ça c’est plutôt agréable. Ensuite, beaucoup de commerces sont fermés et je le constate notamment en re-traversant Kochkor, qui est beaucoup moins animé qu’il y a trois jours.

À la sortie de la ville je suis intrigué par la présence de plusieurs femmes accroupies sur le bord de la route, avec devant elles des pots, des seaux et des bouteilles de lait. Je comprends un peu plus loin en croisant le laitier avec son camion muni d’une petite citerne. Il fait la collecte en porte-à-porte. Trouvant la scène amusante je m’arrête et demande l’autorisation de prendre une photo. Je m’attends au refus des femmes, ce qui est courant, mais c’est le laitier qui me renvoie vertement à mes études. Une autre fois peut-être, avec un laitier plus aimable.

Plus loin, arrêté pour prendre une photo, je vois passer deux cyclistes et je perçois une conversation en français. Je les rattrape un peu plus loin car ils se sont aussi arrêtés pour photographier le paysage. Ce sont Yohan et Alban, deux étudiants à Marseille, qui viennent de Bichkek et qui vont à Tachkent. Nous faisons un bout de route ensemble en échangeant nos impressions nos commentaires et nos plans. Pour le moment nous avons un objectif commun, le lac Song-Kul. Mais dès que la route s’élève un peu je dois les laisser filer, incapable de suivre le rythme de ces jeunes sportifs. Je les retrouverai un peu plus loin, après nos pauses déjeuner respectives. Tandis que je pique-nique au bord d’un torrent, ils mangent du poisson frit à Sari-Bulak.

Ce lieu ne m’est pas inconnu, puisque c’est là que j’ai passé ma dernière nuit à l’hôtel. Je retourne à l’épicerie pour faire un bon stock de nourriture et je retrouve avec plaisir la jeune vendeuse anglophone qui m’avait enfermé dans l’hôtel. Intrigué par des petites crottes blanches dans un bocal, je demande la permission de goûter. Persuadé d’avoir à faire à une sucrerie du genre loukoum, je croque gaillardement dans l’objet. Surprise, c’est du fromage, très sec et très salé. Passée la surprise c’est très bon, surtout pour quelqu’un comme moi qui adore les fromages forts. Adopté, le korot ! J’en prends cinq.

En quittant Sary-Bulak, j’éprouve la satisfaction d’enclencher enfin de nouveau la marche avant. En route pour de nouveaux terrains de jeu, fini de tourner en rond.

La bifurcation à droite pour monter à Song-Kul marque notre séparation avec les deux jeunes Français. Ils me lâchent dès la première montée. Leur objectif est de dormir dans une yourte au bord du lac dès ce soir. Pour moi, ce sera demain car je ne me vois pas grimper un col à 3346 mètres après une journée de route et de piste. La piste justement est assez bonne; après une bonne grimpette initiale, elle suit le cours d’une jolie rivière en fond de vallée, la Tölök. A la bifurcation, un panneau annonce le lac à 59 kilomètres. J’en parcours environ 20 avant de céder aux charmes de la petite rivière et des espaces verdoyants qui l’encadrent. Je m’installe à proximité d’une ferme, dont les propriétaires acceptent ma présence sans problème. Le père me propose même de venir à la maison, mais le fils semble trouver très bien que je dorme sous la tente. Pour éviter un conflit familial, je reste au bord du ruisseau qui a d’ailleurs bien plus de charme que la bâtisse qu’ils occupent.

Comme il est tôt, à peine 16h, j’ai le temps de faire une grosse lessive et une vraie toilette. Le soleil et un petit vent font sécher les vêtements et le bonhomme. Je prends ensuite le temps de me prélasser au soleil, à regarder passer les nuages au son du glouglou de l’eau qui coule à mes pieds.

Le dîner est de gala : tomates, deux œufs à la coque (le troisième n’a pas supporté les soubresauts de la piste), torok, abricots et banane. Comme c’est l’heure où le soleil disparaît derrière les montagnes, les moustiques attaquent. Pour me défendre, je me badigeonne avec mon baume à la citronnelle. Mais, visiblement, certains moustiques kirghizes ne savent pas que la citronnelle écarte les moustiques. Si personne ne le leur dit…

Du coup je m’enferme dans la tente vers 19h après avoir mis la nourriture à l’abri car les dindons de la ferme traînent dans le coin.

A Kochkor, toutes les maisons arborent ces petites palissades ornées de losanges.
A mesure que l’eau courante arrive dans les maisons, ces petites pompes publiques sont abandonnées.
A la sortie de Kochkor.
Comme souvent dans l’iconographie kirghize, ce personnage est représenté avec un bol ou une cruche dans la main gauche.
Heureusement, je n’ai pas à traverser ce pont.
Pique-nique les pieds et les fesses dans l’eau.
Et c’est parti pour 59 kilomètres de montée.
La verdoyante vallée de la Tölök.
Cet endroit semblait m’attendre.
La vue de ma tente.

6 réflexions sur “Dimanche 14 août, Semiz Bel vers Song Kul, 72 Km.

  1. Depuis notre Sierra espagnole, votre campement nous refait voyager… vous ne faites jamais de feu? Ça éloigne les moustiques… « kastior » en russe, ils vous aideront à trouver du bois pour le faire….

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  2. Coucou Pascal
    Même si nous n’écrivons pas, nous te suivons fidèlement depuis ton départ de CDG. Mais Flight Radar n’a pas d’équivalent « Colibri » Radar !!
    Quand je pense que certains se plaignent de l’état des routes françaises !! ils devraient faire un tour dans le Khir..truc, ça les calmerait..
    On te suit et..on t’admire !!
    Bises bien sarthoises des plonplon

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