Mercredi 10 août, Sari-Bulak – Issyk-Kul, 117 Km.

Très bonne nuit, mais dès le réveil, je me sens obligé d’ouvrir la fenêtre; je me sens enfermé. Je l’avais fermée hier soir pour échapper aux odeurs de chachliks sur les feux de bois et aux coups de klaxon des chauffeurs de minibus qui rameutaient leurs passagers après la pause.

Pas de tente à plier, lessive sèche, le remballage est vite fait. Mais quand je descends pour sortir, la porte en bas de l’escalier est fermée. Il faut dire que l’accès à l’hôtel se fait par l’épicerie. Les propriétaires doivent craindre que les clients ne viennent piller les rayons la nuit. N’empêche qu’en cas d’incendie… Mais la jeune vendeuse m’a entendu et vient me délivrer.

Je choisis de partir le ventre vide, retardant de 20 ou 30 km le plaisir d’un petit déjeuner car je sais que mon parcours est facile au début. En effet je redescends vers le lac Issyk-Kul dont je n’ai pas exploré toutes les faces de la rive sud. Je suis notamment tenté par une piste qui traverse des zones humides et par la ville de Bökönbaevo, dont le nom seul me fait rêver depuis que je l’ai découvert en préparant mon voyage.

Effectivement, le début de la route est une formalité, c’est une longue descente sur une chaussée impeccable. Il faut dire que c’est l’axe qui relie la capitale Bichkek au sud du pays. Et comme en plus je suis poussé par le vent, je couvre pas moins de 28 km dans la première heure. Ça change !

Le couple de jeunes Suédois que je croise m’envie car pour eux ça monte et le vent est de face. Ils sont venus de Suède à vélo et pensent rentrer de même ! C’est d’ailleurs le jour où je croiserai le plus de cyclo-voyageurs, ce qui n’est pas étonnant car je suis sur la route entre les deux principaux lacs du pays, points d’attraction incontournables. Il y aura Ralf, l’Allemand qui sort d’une semaine de tourista et a failli abandonner. C’est sa femme qui, au téléphone, l’a persuadé de continuer. Elle n’est peut-être pas pressée de le voir rentrer… Et puis un couple de Suisses qui vont aussi jusqu’à Tashkent. Et encore une famille française, aperçue à Kochkor, mais que je ne rattraperai jamais.

Pour mon petit déjeuner je devrai quand même patienter jusqu’au kilomètre 40 car aucun café n’apparaît sur le bord de la route avant. C’est jour de marché dans la petite ville de Kochkor qui du coup, est très animée. Après avoir bu un bon café agrémenté de petits gâteaux, je prends le temps de flâner au milieu des étals. Je m’amuse à la vue de ces petits stands qui proposent une multitude de produits et des services, aussi dérisoires qu’indispensables. Les étals de fruits sont particulièrement garnis avec les abricots en vedette mais aussi les cerises, les fraises, les framboises et les pêches. Comme l’été est court, tous ces fruits arrive à maturité en même temps.

À la sortie du village, plusieurs échoppes de garagistes sont alignées. J’en avise une où les deux gars sont les bras croisés et semblent attendre le client. Je leur soumets mon problème de vis de porte-bagages. Plutôt spécialisés dans les vidanges ils n’ont pas vraiment le matériel adéquate sous la main. Mais un plongeon dans le coffre d’une voiture va permettre de trouver la vis miracle. Manque encore l’écrou, et là, c’est de ma sacoche que sortira la solution. J’ai exactement la pièce qu’il faut. Et voilà comment le porte-bagages de Colibri sera réparé par un boulon franco-kirghize. Très fiers de nous, Toko et moi échangeons une solide poignée de main.

La suite de la route sera sans histoire hormis quelques zones de travaux qui me vaudront d’être bien secoué et couvert de poussière. Il faut dire que la saison des travaux routiers est courte et les Kirghizes y mettent de l’ardeur.

J’arrive donc au début de la fameuse piste en milieu humide, qui longe la rive sud-ouest du lac. Le moins qu’on puisse dire, c’est que j’ai sous les yeux un paysage bien différent des jours précédents. C’est tout plat, couvert d’une végétation de petits épineux et le chemin serpente ainsi à quelques mètres de la rive. Quand un bel endroit se présente, je m’arrête pour déjeuner. Le lieu n’est pas propice à la baignade car vaseux et peu profond, mais je me mouille quand même abondamment pour me rafraîchir et me décrasser. Mais surtout, la rive offre un spectacle assez magique avec des millions de minuscules coquillages blancs accumulés à la limite du ressac qui dessinent des courbes du plus bel effet. Je marche un bon moment les pieds dans l’eau pour profiter de ce spectacle.

Reste ensuite à trouver de l’eau et un point de chute pour la nuit. Cela me vaudra un long cheminement au milieu des épineux qui me piquent les chevilles, puis sur une route en chantier sur au moins dix kilomètres. Avec la poussière, la fraîcheur du semi-bain est vite dissipée. C’est dans un village fantomatique que je trouve une minuscule échoppe. Il faut sonner à la porte pour que la tenancière mal aimable vienne vous servir. Je lui désigne du doigt la bouteille qui m’intéresse en faisant le signe 2. Mais elle ne possède qu’un seul exemplaire de ce modèle ! Je me rabats donc sur une autre marque pour compléter. Les deux s’avéreront être gazeuses, ce qui n’est bon ni pour cuire la semoule ni pour faire le café. Mais en secouant bien, le gaz part…

Juste de l’autre côté de la route, un spectaculaire monument aux morts attire mon attention. Et derrière s’étend une vaste prairie qui donne sur le lac. Le lieu est aménagé pour les loisirs et je m’installe à côté d’une table et de bancs sous abri. Le lieu n’est pas d’une grande propreté mais j’ai vu pire. Et puis ces équipements m’apportent un peu de confort. S’asseoir pour manger est quand même bien pratique. Dommage que le rivage soit encore vaseux, ce qui me prive du plaisir d’un bain. Après 117 kilomètres de route et chemin, ce ne serait pas du luxe.

Une première tournée de semoule ayant fini renversée par terre, c’est la seconde qui me rassasiera, agrémentée de tomates. Qui a dit que je manquais d’imagination culinaire ??

Même si la route était facile, je suis fatigué par la distance et le long passage sur les chemins ensablés. Aussi, pour la première fois, je n’ai pas le courage de rédiger mon blog avant de dormir. Ce sera pour demain matin. Je me contente de publier le récit d’hier; ainsi le retard est presque comblé.

Sari-Bulak, pas vraiment un village, juste un point de rencontre et une halte pour les voyageurs.
Julia et Marcus viennent de Suède et y retournent !
Sur le marché de Kochkor on vend des sacs de pierre blanche. Du kaolin ? Pour quoi faire ?
Ici, les hommes portent le chapeau de feutre traditionnel
La vente de kumis connaît un vrai succès.
Des fruits et légumes pour tous les goûts.
Ces trois petites dames sont spécialisées dans les œufs et le pain.
Toko est fier de m’avoir dépanné.
Belle route, pente descendante, vent dans le dos, c’est facile le vélo !
Plus fort que le professeur Raoult, j’ai trouvé le remède définitif.
Quand ils sont loin, c’est beau des nuages.
Des millions de petits coquillages ornent la côte.
Quand la nature se fait artiste.
Un coin de paradis.
Énorme monument à la gloire des morts de la guerre 1941-1945.
C’est pas de la grande cuisine, ça ?

19 réflexions sur “Mercredi 10 août, Sari-Bulak – Issyk-Kul, 117 Km.

  1. « Il y aura Ralf, l’Allemand qui sort d’une semaine de tourista et a failli abandonner. C’est sa femme qui, au téléphone, l’a persuadé de continuer. Elle n’est peut-être pas pressée de le voir rentrer… ». Pascal, au cours de tes voyages, un jour de blues, j’espère que Marthe ne t’a pas incité à continuer…😜

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  2. Sur tout ça ce qui a retenu l’attention de Scarlett c’est que tu manges avec une cuillère de bébé 😄 Je leur explique tes aventures tous les jours et leur montre tes photos 😘

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  3. Tes étapes sont en effet loin d’être cool, j’admire tes exploits quotidiens, j’admire aussi ta force physique et mentale !!! et en plus tu trouves le courage de rédiger ton blog que nous lisons comme un roman d’aventure! Bravo, poursuis bien ta route, on est avec toi.

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  4. Bonjour Pascal,
    t’a pas encore trouvé du beurre salé pour ton p’ti déj….
    quel talent d’écriture 😉 tjrs aussi agréable de te lire et de regarder ces magnifiques paysages que tu vois en direct (toi)… 👍

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  5. Bonjour Pascal,
    Je n’ai pu suivre quotidiennement le début de ton périple. Je découvre donc ton palpitant récit que j’ai lu d’une traite. Des paysages à couper le souffle, des photos humanistes et de belles rencontres… A te lire, j’ai l’impression d’être au coeur de l’action, sans tirer la langue dans les montées …
    Contrairement à Nans et Mouts, je te trouve bien déculotté au terme de certaines étapes, mais comme eux tu »réenchantes notre vision du monde et de l’humain ».
    Bon courage pour la suite.
    Christiane et Roger

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