Jeudi 11 août, Issyk -Kul – Bokonbaevo, 77 Km.

Aujourd’hui je prévois juste de pédaler pour arriver à Bokonbaevo où j’ai quelques projets. Sur la carte, la route longe le lac, mais je le verrai finalement peu car elle est souvent à plusieurs centaines de mètres de la rive. Ce que je verrai très bien en revanche ce sont les chantiers routiers. En fait la route n’est qu’un chantier. De Balykchi jusqu’au col de Kesken-Bel, soit environ 80 kilomètres, la voie est en réfection. Mais on ne peut pas dire que l’activité y soit très intense. De loin en loin quelques pelleteuses ou tractopelles nivellent, décaissent, creusent, aplanissent, égalisent, mais rien de bien constructif. Partout des engins sont à l’arrêt . A certains endroits, les travaux de nivellement datent tellement que l’herbe a repoussé. D’ailleurs, sur toute la distance, je ne verrai pas un seul mètre d’asphalte nouveau. Tout est commencé, rien n’est fini.

Il en est de même pour les nombreux ouvrages d’art prévus pour canaliser les torrents et les faire passer sous la chaussée. Partout des fondations ont été coulées mais aucune buse n’est posée. Je ne suis pas un spécialiste en chantiers routiers, mais tout cela me semble bien mal organisé.

A moins que… à moins que ce vaste bazar ne soit au contraire très bien organisé. Car en y réfléchissant, cela sent franchement l’entourloupe aux travaux publics. Du genre, je gagne le marché avec la complicité de quelques fonctionnaires véreux je commence les travaux pour être payé, puis je prends un autre marché, je commence les travaux, et ainsi de suite. Ce n’est ni une information ni un avis ni un jugement, juste une impression mais dans un pays que l’on sait gangrené par la corruption, cela n’aurait rien d’étonnant. Le BTP est une mine d’or pour les pourris du monde entier.

Bon, je dis ça parce que je suis en colère de devoir rouler sur de la terre au lieu de bitume et de prendre encore la poussière des véhicules qui me dépassent ou me croisent. Bref, cette journée de vélo n’aura pas été que agréable. Mais pas si terrible que ça et même émaillée de quelques beaux moments.

Il y a d’abord eu ce déjeuner à mi-parcours, dans le village de Kara-Koo exactement. L’unique restaurant est minuscule, une cuisine de quatre mètres carrés et une salle du double, avec juste deux tables. Et au milieu, un comptoir qui propose quelques produits alimentaires. Je fais comprendre à la serveuse/patronne/ vendeuse/ cuisinière que j’ai faim et que je veux manger quelquechose de bon. Comme je reste hermétique aux propositions de plats qu’elle me fait, elle n’a d’autre ressource que de m’emmener dans la cuisine et soulever les couvercles des plats qui mijotent. Eh bien voilà ; je lui désigne ce qui me plaît et en deux minutes c’est sur la table. On en rit tous les deux. Je ressors rassasié pour moins de 3€, thé inclus !

Et puis il y aura la rencontre avec ce monsieur que je vois arriver de loin sur son âne, avec son chapeau de feutre sur la tête. J’ai très envie de le photographier, mais pas à la sauvette. Quand on se croise je le salue; il me répond avec enthousiasme, alors je m’arrête. Quand je lui dis que je suis Français, il me dit «ah, Paris, ah, Olympique Marseille » ! Je n’en reviens pas et je pars a rire et lui aussi. Du coup, je dégaine l’appareil et lui demande son accord. Il accepte volontiers et prend la pose comme une star.

Enfin, juste après avoir franchi le col de Kesken-Bel, le décor change du tout au tout. On passe d’un univers minéral rougeoyant au vert d’une campagne cultivée. C’est si frappant que je m’arrête faire une photo. Ce que font aussi deux touristes en 4×4. Tandis que la fille fait des photos, le garçon vient à ma rencontre. C’est Guido, un jeune Allemand qui voyage aussi à vélo. D’ailleurs il arrive tout juste d’Iran, où il a eu très chaud. Maintenant il sillonne le Kirghizistan avec sa copine et il apprécie le confort du 4×4 par rapport au vélo. Comme il ne sait pas trop où aller je lui conseille la vallée d’Arabel. On échange un bon moment en grignotant des abricots et il me donne son numéro de téléphone pour le cas où j’aurais besoin d’un coup de main. Sympa, ça peut servir.

Arrivé à Bokonbaevo, je me rends au bureau de la CBT, une agence de tourisme nationale. Je réserve deux prestations pour demain et je me fais conseiller un endroit pour bivouaquer. Le gars m’indique un camp de yourtes qui accepte les tentes. Comme le camp en question est situé au bord du lac, je n’hésite pas à faire les 8 kilomètres pour m’y rendre. L’endroit est magnifique et en plus c’est un établissement à caractère écologique.

Malgré l’envie qui me tenaille de me jeter à l’eau, je respecte la règle d’or du campeur, qui commence toujours par monter sa tente. Ceci fait, je plonge dans le lac et, en dix minutes de bain, j’efface toute la fatigue de la journée. Même ma colère contre le BTP se dissout dans l’eau fraîche de l’Issyk-Kul !

Après une bonne lessive, j’ai la flemme de faire la popote. Et comme le camp propose la restauration, je partage le dîner dans la grande yourte salle à manger magnifiquement décorée. La nourriture y est presque aussi bonne que la mienne ! Je me régale d’une soupe, une salade et l’incontournable plat de gros spaghetti accompagnés de légumes. Et en dessert, abricots, pastèque, bonbons et caramels à volonté. Ainsi lesté, je retourne sur ma plage privée, je bâche Colibri et je m’enferme dans mes appartements.

Lever de soleil sur le lac Issyk-Kul.
J’ai bien apprécié mon petit abri.
Le supporter de l’O.M.
Arrêt à l’épicerie pour faire provision d’eau.
Les deux tables du restaurant.
Les engins passent et repassent, mais rien n’avance.
C’est jour de lessive des tapis.
Je me suis cueilli des abricots. Combien ? Un casque.
Lui aussi est un peu trop chargé.
Ils adorent marquer leurs entrées de ville avec ces trucs kitsch
A table dans la jolie yourte.
La nuit tombe sur les yourtes.

8 réflexions sur “Jeudi 11 août, Issyk -Kul – Bokonbaevo, 77 Km.

  1. Comment cela ça magouille dans les marchés publics, c’est fou cette histoire 🤣 !!! Je vais me faire muter pour remettre un peu d’ordre dans tout cela 🤣… Courage, cousin… De tout cœur avec toi… 😘😘😘

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  2. Amusantes tes réflexions sur l’entretien des routes ! Ici, en raison de la chaleur, notre bon département arrose les routes au lait de chaux (éteinte)… C’est le monde à l’envers ! Merci pour tes bons commentaires et belles photos … Attention, trop d’abricots en une seule prise peuvent être lourd de conséquence ! … On suit toujours avec plaisir ! @+

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  3. Bon, ôte-moi d’un doute : tu ne serais pas en train de faire une petite boucle vers Barskoon afin de repartir à l’assaut du col du même nom que tu as pourtant déjà magnifiquement vaincu ? Attention, car après tes aveux publics de prise de Nitro puis d’Ovomaltine tu es dans le collimateur de l’AMA (agence mondiale antidopage, pas Serge ni Dalaï), laquelle d’ailleurs selon certaines informations serait sur le point de classer le Kumis dans la liste des produits interdits.
    Ceci dit, merci de nous faire rêver avec ton périple, tes magnifiques photos et tes textes savoureux attendus chaque soir, d’où bien entendu la grosse inquiétude suite au silence de ce dernier week-end.
    Bonne route, frérot.

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    1. Effectivement, je reviens vers Barskoon, mais je ne grimperai pas le col une deuxième fois. J’aurai d’autres occasions de me faire mal aux cannes ! Quant au dopage, je suis serein, je prends des produits masquants !

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  4. J ai bien peur que tu aies raison pour les travaux cependant tu nous as indiqué qu’il y avait des bouts de route billard, j espère pour toi que tes galères s achèvent bonne route

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