Cette première nuit en altitude aura été un test pour le matériel. Pas une goutte de condensation dans la tente, pas froid aux pieds. Test réussi. Toutefois la nuit n’a pas été très bonne car à chaque fois que je bougeais dans mon sommeil, le froid sur le visage me réveillait. J’ai du mal à estimer la température qu’il a fait durant la nuit. Seuls indices, au petit matin, la tente et tout mon matériel son couverts de givre et il y a de la glace dans mes bidons ! Donc on est au-dessous de zéro. Du coup, après le pipi du matin, je me glisse de nouveau dans le duvet en attendant les premiers rayons de soleil.
Avec les doigts engourdis la mise en route est laborieuse ; si bien qu’il est près de 10h quand j’enfourche Colibri. Après les efforts consentis hier pour accéder à ces hautes vallées, j’ai bien l’intention d’en profiter. Je poursuis donc dans la direction de Kara-Say mais plutôt avec l’idée de bifurquer à gauche vers la mine d’or de Kumtor. C’est une des plus grandes mines d’or du monde et elle fournit à elle seule 20% de la richesse du pays. C’est énorme.
Parvenu à l’embranchement, je vois des touristes avec deux voitures qui boivent le thé. Je vais les saluer; ce sont des Russes qui vadrouillent un peu au hasard dans le secteur. Clair que ce ne sont pas des Kirghizes car il ne m’offrent pas une tasse de thé.
La piste vers Kumtor est sans issue, ce qui signifie demi-tour au bout, sans avoir rien vu de la mine dont on doit être tenu à bonne distance, je suppose. Et puis tous les poids lourds vont dans cette direction et ils me soûlent. J’ai envie de silence, de paix et d’air pur. Alors je reviens au plan que j’avais imaginé en préparant ce périple : bifurquer à droite, passer le col d’Arabel et descendre toute la vallée de Burkhan, réputée très isolée et sauvage. J’avais repéré cet itinéraire qui me faisait vraiment envie. Seul point noir, cela me prive de connexion pour au moins trois jours et je crains que mes proches ne s’inquiètent puisque je n’ai pas pu prévenir de mon entrée en zone blanche. Mais l’envie est la plus forte et je ne veux pas avoir de regrets par la suite.
La montée du col d’Arabel est facile puisqu’il est à peine plus haut que celui de Barskoon et je ne suis pas descendu depuis. Montée aisée, donc, mais descente acrobatique, avec une série de lacets très serrés, sur du caillou et avec des pentes de plus de 20% par moment. Je suis parfois tenté de descendre de vélo de peur de passer par-dessus mon guidon. Dans mon guide des plus belles pistes du Kirghizistan, cette portion est classée 4/5 en termes de difficulté.
Passé cet obstacle initial, je m’engage dans cette vallée longue de plus de 60 kilomètres. Moins spectaculaire que la vallée d’Arabel, elle vaut surtout par ses grands espaces de toundra parcourus par des troupeaux de chevaux sauvages. J’apprécie aussi la présence des marmottes qui sifflent à mon passage et galopent pour se cacher dans leur terrier. J’en verrai plusieurs dizaines tout au long de la journée. Quelle tristesse de penser que leur population diminue parce qu’elles sont chassées pour leur viande. Comment peut-on tirer sur de si jolies bestioles ?
Quant à la circulation, elle est nulle. Le seul véhicule que je vois de la journée c’est le van de deux Belges qui est resté embourbé au passage d’un gué. Dans l’attente d’un autre véhicule pour le tracter ils ont déjà passé une nuit sur place. Quatre cyclo-voyageurs russes qui passent en même tant que moi ne peuvent pas grand-chose pour eux non plus. L’un d’eux part à cheval avec un berger pour tenter de trouver une voiture. Bonne chance !
Un peu plus tôt, je m’étais arrêté pour photographier une yourte. Deux minutes après j’étais attablé avec toute la famille pour partager le « tchai ». En fait de thé j’ai droit à un copieux repas complet. Au menu, salade de tomates et concombres, pain beurré, kuurdac (comme hier mais avec des bons morceaux de mouton) et confiture de fruits rouge. Autour de la table, il y a (orthographe non garantie) Respek, Tratbek et Talaibek. Ce dernier est l’ancien de la famille, le sage. Il parle beaucoup et, comme le veut la tradition, tout le monde l’écoute avec respect. A la fin du repas, je ne peux pas échapper à la tasse de vodka qui circule d’homme en homme. Et c’est du raide !
Un peu plus tard dans l’après-midi, j’aurai droit à une version plus légère dans un autre yourte, à l’invitation de Ekimbek. Juste du pain à tremper dans un genre de crème fraîche; parfait pour le goûter. Mais cette fois, je goûte aussi au fameux kumis, le lait de jument fermenté. C’est aigre, légèrement pétillant, bref, pas très bon, mais moins fort que ce que je redoutais. Et c’est bien ce que j’avais bu à Bishkek.
Le paysage de toundra s’étend sur des dizaines de kilomètres. La piste est tantôt en cailloux, tantôt en herbe. Dans les deux cas, la progression est lente. Et en plus, je dois franchir des gués, une bonne vingtaine dans la journée. Certains peuvent être franchis sur le vélo en prenant un peu d’élan, d’autres m’obligent à passer à pied en poussant le vélo. Et là je suis bien content d’avoir apporté mes claquettes en plastique ; cela m’évite de mouiller mes chaussures. J’ai parfois de l’eau jusqu’à mi-cuisse. Du coup, je finis la journée en claquettes.
Il est presque 18h quand je décide de m’arrêter. Mon compteur affiche 48 kilomètres, soit juste 6 Km/h de moyenne, arrêts compris.
Je m’installe sur le bord de la piste en évitant les traces de passage des animaux. Vu le beau temps revenu depuis quelques jours, je ne bâche pas Colibri. Je grignote juste quelques bricoles et je me couche en même temps que le soleil pour redémarrer tôt demain matin. Mon objectif est de rallier le premier village accessible. D’après mes estimations il doit se situer à environ 90 km. C’est beaucoup, mais c’est possible si toutes les conditions sont réunies. Il faut absolument que je donne des nouvelles à ma famille. C’est la priorité vu que je n’ai pas pu les prévenir de l’absence de réseau.














Superbe … Des photos à rendre jaloux un roi sur son trône !
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Quels paysages magnifiques!
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au moins durant tes bivouacs tu ne gènes pas les voisins les paysages sont superbes et colibri bien vaillant à bientôt
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La bise à Bonbec et Balek si tu les croises.
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Il était temps de te retrouver. Comme dit David nous avons « un peu »stressé.
Bon, le rêve est sous tes yeux.
Profites bien ! Et bonjour aux marmottes 😘
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💕
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Nous avons un peu stressé pendant le passage en zone blanche mais tout va bien et c’est tant mieux.
Toujours le récit haletant et d’une précision chirurgicale, et la photo du fromage fondu sur le point d’être happé par une bouche grande ouverte… un must 😉
Architecture et informations culturelles intéressantes. Très beaux paysages sauvages. C’est l’aventure garantie. Nous vous embrassons.
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Merci, mon gendre. J’ai rêvé de toi cette nuit, tu venais d’être élu au conseil municipal de Rouen. Félicitations !😄
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Comme c’est agréable de te retrouver Pascal ! Fichues zones « blanches »… Tes images sont magnifiques et le moral est au rendez-vous, donc tout va bien ! On suit !…
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Bravo Pascal pour tous ces exploits bien décrits. Merci pour les photos dont on se régale. Quelle aventure !
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Quel régal, c’est juste merveilleux
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Oui, ce jour là j’ai vécu un beau rêve. Bisous ma sœur.
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