Jeudi 4 août, Tamchi – Karakol, 70 + 110 Km

Une belle et bonne nuit ! Zéro chien, pas de moustiques, juste une alerte météo vers 2h du matin, des coups de tonnerre et un gros coup de vent. Sorti de la tente pour vérifier la protection de Colibri, j’assiste à un double spectacle grandiose. D’abord les éclairs au loin, sur la rive opposée du lac, et puis un ciel affichant des millions d’étoiles et la Voie lactée. En prime, j’ai droit à une étoile filante. Après cela, je me rendors comme un bébé.

Finalement l’orage restera de l’autre côté et pour la première fois je remballe une tente sèche. En revanche, je profite de l’eau du lac pour me raser et nettoyer entièrement la sacoche de nourriture dans laquelle le miel de montagne a coulé aussi.

Avant de partir je collecte quelques déchets que je joins aux miens et passe les déposer dans une poubelle de plage. Geste dérisoire, geste de colibri.

Les 40 kilomètres jusqu’à Cholpon-Ata sont avalés facilement. A mi-chemin je fais une pause au Green Café. Le jeune serveur qui parle anglais me conseille un plat, le souirou lagman, la spécialité de son chef. Vu que je ne comprends rien à la carte, il me montre la photo, je lui fais confiance. Et je ne regrette pas, c’est copieux et délicieux. Je mange même le céleri !

Juste à l’entrée de Cholpon-Ata, un petite route grimpe vers le musée de plein-air de pétroglyphes. C’est un immense terrain, parsemé de rochers de forme plutôt arrondie. Parmi les milliers de cailloux, quelques dizaines présentent des gravures qui datent de l’âge de fer, entre le 5ème et le premier siècle avant JC. La plupart représentent des animaux, cerfs, chèvres, bouquetins et chiens. Très sincèrement, c’est un peu décevant ; les gravures sont si superficielles qu’elles sont parfois difficiles à voir. Des fois, j’ai même du mal à distinguer celles qui bénéficient de panneaux de présentation (en kirghiz, en russe et en anglais). On est bien loin des splendeurs de Lascaux ou de la grotte Chauvet.

Redescendu à Cholpon-Ata, station balnéaire huppée, je dois faire un choix crucial : poursuivre sur la rive nord où rebrousser chemin pour arriver plus vite sur la rive sud, ce qui est mon projet d’origine. Après une longue réflexion, je choisis de modifier mon plan et de contourner le lac par le nord. A cela trois raisons : 1) cela me permet de visiter Karakol que j’avais écarté à regret de mon itinéraire ; 2) je déteste faire demi-tour, la route me semble toujours plus longue; 3) le vent souffle d’ouest en est. Alors je fais miens les mots d’Angelo Branduardi « va où le vent te mène, va »! C’est peu fou car Karakol est à 150 kilomètres et la route ne s’annonce pas très interessante. Même en me rapprochant au maximum aujourd’hui, je devrais faire demain une étape de 100 kilomètres, fatigante et sans intérêt

Tout en roulant je gamberge sur le bien fondé de ce choix. J’ai déjà perdu deux journées à Bishkek et je vais encore en gaspiller une autre. Alors, après une trentaine de kilomètres, je me mets au bord de la route et je hèle un des innombrables minibus qui sillonnent toutes les routes du pays. Dans ce véhicule 12 places sans espace bagages, je ne vois pas bien comment on va pouvoir caser Colibri. Pas de problème, il occupera une banquette ! Et le voilà hissé sur le siège, occupant trois places à lui tout seul.

Les 120 kilomètres sont avalés à vitesse grand V. On a l’impression que tous les conducteurs de ces minibus sont en compétition entre eux. C’est à celui qui arrivera le plus vite au terminus pour effectuer un trajet de plus. Malgré cela, je me sens en sécurité car le gars maîtrise son affaire.

Karakol est une ancienne garnison tsariste et elle est restée très russe, jusque dans sa population et dans son architecture. Cela lui vaut aussi de posséder une cathédrale orthodoxe, privilège rare dans ce pays à forte majorité musulmane. Bâtie à la fin du 19ème, l’église de la Trinité a subi les foudres des soviétiques qui l’ont brûlée et privée de ses bulbes. Elle a été reconstruite à l’identique dès l’indépendance, en 1991.

Pour faire bonne mesure, je visite aussi la mosquée. Dès l’entrée, l’imam me repère : « tourist ? » et me dévisage des pieds à la tête en lissant sa barbe. Finalement, il me fait signe d’entrer. L’intérieur est très moderne et plutôt élégant. Je prends soin de ne pas déranger les fidèles qui prient. A la sortie, l’imam va lui même chercher mes chaussures pour me les redonner.

Je tourne ensuite dans la ville à la recherche du bureau du tourisme mais je trouve porte close. J’ai besoin d’informations sur l’état de certaines routes que je compte emprunter pour m’enfoncer dans les monts du Tian-Shan. J’attendrai demain.

Hasard incroyable, au coin d’une rue, je croise la même touriste italienne qu’hier à Tamchi. Nous avions discuté sur mon lieu de bivouac, le long du lac où elle se promenait. Et la voici à Karakol, ce qui n’est pas si étonnant puisque cette ville est le rendez-vous des amateurs de trek, activité qu’elle pratique.

Pour trouver un point de chute, je m’adresse à un groupe d’adolescents qui me conseillent le parc Omuken Seylakunov, en centre-ville. Sur place, je consulte une marchande de glaces qui me confirme que je ne serai pas inquiété par la police. Après quelques emplettes, je reviens choisir un coin discret, où je commence par dîner, puis je monte ma tente et m’y glisse pour la nuit.

Encore une vache curieuse…
Grand nettoyage de sacoche.
Mon (petit)-déjeuner.
Là, on voit bien les chèvres de montagne.
La panthère des neiges ??
Une des rares représentations humaines.
Petites vendeuses de fruits.
Une banquette entière pour Colibri.
La jolie cathédrale de la Trinité.
La décoration intérieure de la mosquée est sobre et élégante.

9 réflexions sur “Jeudi 4 août, Tamchi – Karakol, 70 + 110 Km

  1. Plus de récit depuis plusieurs jours.
    J’espère que tout va bien…
    Bonne continuation dans ce beau périple qui me fait voyager avec vous 😉.

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  2. Hello Pascal, avec un peu de retard mais grâce à Béatrice, nous avons appris ton départ pour la route de la soie. On va pouvoir te suivre dans cette nouvelle aventure. Bon courage et profite au maximum des paysages ! Amitiés . Joël et Françoise.

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  3. Ça y est. J’ai rattrapé mon retard ! Quelle aventure, quelles rencontres, quel périple. Belles photos aussi 😉Admirative je suis ! Bon voyage Pascal.

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