Je qualifierais cette journée d’utilitaire ou de transition. Donc, rien de bien excitant. Elle a commencé à 5h48 exactement quand le moteur de la Nissan de Boris a ronflé. Serait-ce déjà le signal du départ ? Non, il va juste éteindre les lumières de ses truites. Je me lève quand même et commence mon rangement. Sauf la tente qui ira sécher sur le fil à linge. Après un copieux petit-déjeuner pris tous les trois, c’est l’heure du départ pour Bishkek. Je vérifie trois fois que j’ai bien mon passeport pour éviter de faire le trajet pour rien…
Être passager d’un véhicule conduit par un Kirghize est une expérience à vivre une fois dans sa vie. Une fois. Ainsi, pour descendre la route sinueuse de la vallée, Boris à une technique particulière: il monte tous ses rapports, puis, à fond de 5ème, il met au point mort et descend en roue libre, sans doute pour économiser le carburant. Et pour garder son élan, il coupe les virages au maximum. Autant dire que je ne suis pas fâché de déboucher sur la Nationale après 12 kilomètres à ce régime là.
Comme convenu, on s’arrête à la pompe pour faire le plein de GPL. A environ 40 centimes le litre, il ne me ruine pas. Le prix de l’essence oscille lui entre 80 et 90 centimes. Ça fait rêver, non ? On peut en trouver moins cher encore, auprès des petits revendeurs alignés aux sorties de ville, y compris juste à côté des stations services officielles. C’est du pétrole de contrebande importé du Kazakhstan voisin.
Tellement voisin que la route est par moments bordée de grillages qui marquent la frontière. Et d’interminables files de camions s’étirent aux postes de douane.
Donc, sur la Nationale, la conduite est rapide, les dépassements se font au mépris des lignes blanches et indifféremment par la gauche ou par la droite. Une fantaisie favorisée par la position du volant dans les voitures, certaines ayant la conduite à gauche, d’autres à droite. Quant aux clignotants, je les soupçonne d’être factices. Vu de cette position, je mesure encore mieux les risques pris par les cyclistes sur ces routes à grande circulation.
La vitesse, limitée à 100 Km/h, fait l’objet de nombreux contrôles. Outre les radars fixes, dûment annoncés, les contrôles aux jumelles sont fréquents; j’en ai dénombré une bonne vingtaine sur notre trajet aller -retour de 260 kilomètres environ. Le montant de l’amende est de 1000 som, soit environ 12€. En ville, des patrouilles se postent un peu partout pour contrôler notamment le port de la ceinture de sécurité. En revanche, s’ils sont un peu fous du volant, les conducteurs kirghizes respectent beaucoup les piétons. Même lancés à pleine vitesse ils sont capables de piler en allumant leurs feux de détresse pour laisser traverser un piéton.
Arrivés à Bishkek vers 10 h, on trouve facilement l’adresse de la banque. J’y prends mon ticket et attends patiemment mon tour, comme une cinquantaine d’autres personnes dans le hall ! Une simple signature et me voilà de nouveau en possession de ma Visa. Je la teste immédiatement dans le DAB de l’agence . Je me dis que, en cas de soucis, je n’aurai pas loin à faire pour la récupérer ! Mais tout se passe bien et cette fois, je clique sur « Terminer l’opération », ce que j’avais sans doute omis de faire à l’aéroport, tout occupé à dissimuler mon magot.
Boris a une petite course à faire pour sa voiture, puis on va manger au restaurant en face le garagiste. C’est un thaï, dont je ressors sans savoir ce que j’ai mangé !
Sur le retour, Boris se met à citer des listes de noms; d’abord des fleuves du monde, puis des sommets montagneux, des pays d’Amérique latine. Je me prends au jeu et on aligne les écrivains célèbres, les chanteurs américains décédés, les présidents, les plus grands truands, etc. Ça nous amuse et ça tient Boris éveillé car je le sens fatigué. A 14h on est de retour chez lui à Tort-Kul. Un dernier thé et je quitte avec beaucoup d’émotion celui que j’appelle désormais Super-Taxi et son épouse. Je leur dois une fière chandelle !
La route en direction du lac Issyk (Issyk-Kul) est tout sauf drôle puisque je dois me jeter à nouveau sur cette Nationale qui relie Bishkek à l’Est du pays. Camions, klaxons , poussière, travaux, moissonneuse-batteuse en panne, éboulis, j’ai droit à tout, sans oublier l’orage qui gronde.
Après 50 kilomètres de ce régime et plusieurs recherches infructueuses, j’avise un village en bord de route qui présente quelques terrains acceptables. Je choisis de m’installer entre deux jardins, au bord d’un petit canal d’irrigation. De là, j’entends encore le bruit de la route, mais bien atténué ; cela suffira pour une étape de transition. L’indispensable toilette est perturbée par une nuée de moustiques qui s’en donnent à cœur joie sur mon épiderme. Mon seul refuge est la tente, dont je prends soin de bien fermer la moustiquaire.
Après une brève sortie pour manger léger, je m’enferme de nouveau pour écrire. Et c’est là qu’un autochtone arrive. Je sors pour me présenter et demander la permission de dormir ici. « No problem » me répond le gars, qui m’invite aussi sec à boire le thé. Et me voilà de nouveau attablé devant une dizaine de petites assiettes garnies de légumes, de pâtes, de viande, de fruits, de miel, de gâteaux etc. Je goûte aussi aux nordos, des petits carrés de pâte frits. Avec autant de discrétion que d’efficacité, la maîtresse de maison, Nurilla, approvisionne plus vite que je mange. Son mari me raccompagne jusqu’à la tente en me proposant une chambre si les moustiques m’embêtent trop. Mais ce sont les chiens du coin que j’appréhende le plus…










Je ne vois toujours pas mes commentaires tant pis je profite quand même à demain
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Mais moi je les vois, mon cher François ! Du moins celui du 28 juillet. Pas d’autre depuis en effet.
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Ah si, en voilà deux qui s’étaient perdus en route !
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Quelles belles rencontres tu fais! C’est tellement enrichissant!
Merci de nous emmener avec toi dans ton périple .. ça nous change de La Coquille 😅
Bisous
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Quel plaisir de retrouver tes aventures Pascal, je suis accro et pressée de te lire tous les soirs ! 😊 Cette semaine est pleine de rebondissements avec de très belles rencontres ! Tes talents d’écrivain font que je m’imagine t’accompagner sur cette route… Bonne nuit, en espérant que les chiens et moustiques te laisseront bien dormir ! Bisous
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C’est gentil. Merci Alex, cela me fait plaisir de partager mes aventures.
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Il a l’air bien malicieux ce Boris! Mais un malicieux efficace et généreux.
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