Lundi 1er août, vallée de Chon-Kemin, retour, 40Km.

Et j’y ai eu droit ! Un peu d’orage, un peu de pluie, mais surtout du vent. Ceux qui me suivent pour la première fois l’ignorent sans doute, mais j’ai un don pour attirer le mauvais temps. En 2016, tandis que la France crevait de chaud, je traversais l’Europe du Nord qui connaissait son été le plus pourri depuis 50 ans. Certains m’ont comparé à François Hollande, capable de déclencher des trombes d’eau partout où il passait faire un discours.

Bon, pour le moment, la pluie tombe surtout la nuit, ce qui est un moindre mal. Après avoir quitté ce lieu idyllique, je suis dubitatif sur la suite. Soit je poursuis dans cette vallée pour accéder à un col à 4000 mètres et redescendre sur le lac Issyk-Kul, soit je rebrousse chemin. Au vu de l’expérience d’hier, il me faudra au moins trois, voire quatre jours pour exécuter le plan initial. Sans certitude d’en être capable et sans les ressources alimentaires indispensables dans cette contrée totalement dépourvue de commerces. Bref, il est plus prudent de renoncer pour cette fois. C’est un échec, mais je compte bien me rattraper plus tard, quand je serai plus affûté et mieux préparé. Je fais donc demi-tour, ce que je n’aime pas beaucoup. Mais la raison l’emporte.

La descente est évidemment moins difficile que la montée mais tout aussi fatigante tant la piste est caillouteuse et m’oblige à rouler doucement pour éviter les cailloux et les ornières.

Comme je repasse devant les ruches mobiles, je m’arrête pour tenter d’établir un contact. Un des apiculteurs veut me vendre du miel, mais il n’a que des pots de 1 kilo. Le temps de discuter, je me fais piquer à trois reprises, au bas du dos, au cou et au front. Je bats vite en retraite, à l’écart des ruches.

Un jeune qui revient du torrent voisin me hèle en anglais et m’invite à visiter l’installation de son père. Je lui fais part de mon intérêt mais aussi de mes craintes suite à ma première tentative d’approche. Il va alors me chercher un chapeau avec un masque et me conseille de ne pas faire de gestes brusques. Imaginez ma frayeur quand ils me fait monter dans la remorque et traverser entre deux rangées de ruches ! Mais tout se passe bien et on partage un thé dans la petite pièce du fond qui leur sert de campement. Durant une bonne heure ils vont me faire partager leur travail.

Serguei, la quarantaine, travaille pour son compte. Il passe tout le mois de juillet dans cette vallée, avec sa cinquantaine de ruches dont il tire environ 400 kilos de miel qu’il vend dans sa boutique, à Bishkek. Les membres de sa famille se relaient pour venir l’aider et rompre son isolement. Ces jours-ci c’est au tour de son fils, Eduard. Chaque jour ils ouvrent des ruches pour en extraire le miel. Papa sort les rayons, fiston les passe à la centrifugeuse. Il me montre qu’on peut aussi mâchouiller la cire qui ferme les opercules pour en extraire le miel. Un délice ! Il suffit ensuite de cracher la boulette de cire. Je passe ainsi près d’une heure à les regarder travailler, toussotant souvent à cause de la fumée utilisée pour éloigner les abeilles.

Je leur achète deux petits pots de miel que je ne parviens pas à payer. Cette fois je les sécurise avec du scotch. Cycliste inondé craint le miel… Au moment de se quitter, une abeille malicieuse vient me piquer juste sous l’œil gauche. Eduard extrait le dard avec ma pince à épiler. Malgré cela, mon œil restera enflé et douloureux plusieurs heures.

Après 20 kilomètres de piste, je retrouve enfin de l’asphalte; une bien belle invention ! Et je profite de ce retour à la civilisation pour passer mon huitième coup de fil à la Demir Bank. Car oui, il est temps de vous avouer que cela fait une semaine que je n’ai plus … de carte bancaire ! Elle a été avalée par le distributeur de billets à l’aéroport, moins d’une heure après mon arrivée sur le sol kirghize. Je n’en avais pas parlé jusque là pour ne pas inquiéter ma famille. Et aujourd’hui, j’ai enfin la confirmation que le précieux sésame est en sécurité dans un centre informatique de la banque, à Bishkek. D’où aussi mon choix de redescendre de la vallée.

Reste à aller dans la capitale, qui est à 120 kilomètres environ. Pas question d’y aller à vélo. Alors, bus ? Train ? Taxi ? Auto-stop ? Plutôt que de demander le 50/50, je choisis de faire appel à un ami. Et me voilà de retour chez Boris et Fiora qui m’ont offert le petit déjeuner hier matin. Ils appellent une ami anglophone à qui j’explique le problème. C’est réglé, Fiora me mettra dans le bus demain matin et négociera avec le chauffeur pour embarquer aussi Colibri afin que je puisse circuler dans la capitale. Cette solution fait froncer les sourcils de Boris qui ne semble pas y croire. Après un thé / salade / gâteaux, je fais le tour du potager, je monte la tente dans le jardin et j’aide Boris et son gendre à construire les nouvelles toilettes qui doivent remplacer la cabane au fond du jardin.

Et puis on va voir «  les poissons ». En fait Boris a démarré avec un de ses fils un élevage de truites, une activité très courante au bord de la rivière. Il faut 20 bonnes minutes de tape-cul pour accéder au site, une suite de bassins alimentés en eau par un canal de dérivation. Boris y vient trois fois par jour pour nettoyer les filtres et le soir pour allumer de gros projecteurs. « Sinon, les alevins stressent » m’explique-t-il. La production est vendue en Europe et au Kazakhstan tout proche. On se rend ensuite sur une autre ferme d’élevage, cette fois pour y acheter trois belles truites qui passeront à la casserole dès ce soir.

Au retour, tout le monde s’active en cuisine, le gendre endossant le rôle du chef. Il faut dire que cet Azerbaïdjanais marié à une Kirghize, est chef cuistot à l’ambassade du Kazakhstan à Moscou ! Sa truite, accompagnée de fines herbes et de légumes du jardin est délicieuse, tout comme le quart de poulet dégusté en entrée… voilà une journée où j’aurai absorbé plus de calories que je n’en ai dépensé.

En fin de repas, Boris l’annonce que je ne prendrai pas le bus demain, il m’emmènera avec sa voiture. Gêné, j’essaie de le dissuader, mais rien n’y fait, il a décidé. Je négocie au moins la prise en charge du plein d’essence. Marché conclu.

Et après cela, je n’ai plus qu’aller me coucher, sous la pluie, bien sûr !

Ce matin, les chevaux sont moins sauvages.
Ça descend, mais ça cahote !
Prêt pour la visite.
Traverser la remorque de ruches n’est pas rassurant.
Serguei extrait les cadres des ruches.
Son fils les passe à la centrifugeuse.
L’équipe des apiculteurs de la vallée !
Celle-ci ne m’a pas loupé !
Jamil et Yasmina, les petits enfants et le chat de la maison.
Boris et son gendre construisent les nouvelles chiottes.
Déterrer les patates, un super-jeu !
La ferme d’élevage de truites.

10 réflexions sur “Lundi 1er août, vallée de Chon-Kemin, retour, 40Km.

  1. L accueil des populations est très émouvant, et rassurant sur la solidarité humaine, je ne lis pas mes commentaires j espère que tu les reçois

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  2. C’est toujours un plaisir de te suivre au cours de tes périples et malgré les mésaventures, le tout avec humour !
    En espérant que les jours à venir seront moins chaotiques en mauvaises surprises et tout autant remplis de belles rencontres.
    Bises mancelles

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  3. Aïe, aïe, heureusement qu’il y a ces belles rencontres et ces moments partagés même quand c’est pour construire des « chiottes » 🤣… Bonne récupération de la CB… Et glaçons si possibles sur la piqûre d’abeille… Conseil de notre mama cheffe Silvana après s’être fait piquer 3 fois en allant cueillir des citrons… Haut les cœurs cousins… 😘😘😘

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  4. Après les conseils du thé à mâcher j’aurai dû te conseiller l’argile pour tout ce qui est écharde, piqûre… bon!si tu trouves ! Mais c’est un peu tard!!!
    Quelle histoire cette carte dévorée toute crue ! Belles rencontres en tout cas!
    Moment de lecture toujours agréable, ds le fauteuil dans bcp de risques…

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  5. Coucou Pascal,
    C’est toujours aussi agréable de voyager avec toi : on lit, on sourit, on compatit (le début de ton périple a été compliqué… plus encore que nous l’avions initialement imaginé… avec ce problème de carte bancaire), on rêve, on savoure tes rencontres humaines ou animalières … et c’est toi qui fait tout le boulot !!!
    Tu nous gâtes et on en profite bien, sois-en certain 🤗
    Michel et moi, nous pensons bien à toi .
    Bonne continuation et bisous de Lille (nous gardons les chats de Léa et Marceau quelques jours avant de rentrer en Normandie) ; demain : balade à vélo au programme 😉

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  6. Salut mon beauf
    Je constate que ton œil a presque le même aspect que le mien après une belle gamelle à vélo 😏
    Le tien moins coloré.
    Quant à la carte bleue ça me rappelle un épisode cuisant à Vallouise 🤨

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