Dimanche 31 juillet Vallée de Chon-Kemin, 34Km.

Je sais, les mauvaises langues vont dire : ben dis donc, le gars Coco, plus ça va moins il avance ! Pas faux, mais on a changé de terrain de jeu…

Malgré quelques averses, la nuit a été très bonne. J’émerge au chant du coq, le muezzin de la petite mosquée du hameau ayant zappé la prière du matin.

Dès le lever du soleil, je branche mon panneau solaire pour grignoter quelques pour cents. Parallèlement je sèche la tente et prends mon petit déjeuner. Puis vient l’heure du remballage. A peine ai-je terminé qu’une voiture s’arrête et le conducteur vient me voir. C’est un des habitants entrevus hier soir. Il me montre du doigt et me fais signe « manger ». On ne refuse pas une invitation. Et c’est ainsi que je me retrouve attablé avec Boris et Fiora, un couple de 55 ans environ. Ils mettent la table et m’offrent du café, des gâteaux, des bonbons et du jus de fruit. Un régal. Je repars avec des bonbons plein les poches.

Leur intérieur est simple, voire spartiate, mais équipé convenablement. Il y a même l’eau courante qui provient d’une source sur leur terrain. Malgré la barrière de la langue, on parvient à échanger un peu. C’est un remariage et ils ont chacun deux enfants. On se montre nos photos de famille et Boris veut absolument voir ma femme ! Sous ses airs bourrus, il est plutôt curieux. J’apprends ainsi qu’il a lu Jules Vernes, Alexandre Dumas et Cervantès. Étonnant, non ?

Boris me propose de me raccompagner en voiture jusqu’à mon bivouac, situé à… 50 mètres environ. Comme je décline, il me raccompagne à pied.

Du coup, je prends la route bien lesté et le moral au plus haut. Cette rencontre m’a ravi. Je pédale donc allègrement sur une route bien asphaltée et qui monte gentiment. Je traverse encore deux hameaux avec des petites épiceries, puis les habitations ne sont plus que des fermes isolées. Puis c’est l’asphalte qui disparaît, bientôt suivi de la ligne électrique qui longeait la route. J’ai l’étrange sensation de quitter la civilisation.

Mais côté paysages, j’en prends plein les yeux. Les deux rives de la rivière Chon-Kemin sont d’abord bordées de champs cultivés, bientôt remplacés par de magnifiques forêts d’épicéas. La rivière elle-même est impétueuse et gronde en contrebas. Parfois je la longe de près, à d’autres moments je la surplombe.

Je croise très peu de monde, juste quelques paysans en camion et des touristes en 4×4. Ça et là des apiculteurs s’occupent de ruches mobiles chargées sur des remorques pour profiter de la courte saison estivale.

La piste devient très difficile. Après une trentaine de kilomètres, une partie très pentue se présente. Malgré tous mes efforts je ne peux pas monter à vélo et c’est en poussant Colibri que j’arrive à franchir cette bosse. Je sais par ma carte que je suis sur la partie la plus difficile. Soudain, au détour d’un lacet, je découvre un joli petit lac bordé d’une belle prairie. L’endroit rêvé pour bivouaquer. Il est 15h, j’ai chaud, je suis fatigué et personne ne m’attend plus loin. Ma décision est vite prise, je bifurque et descends vers ce qui m’apparaît comme un oasis. Autant que je puisse me repérer, il s’agit du lac Jashil-Kul. Trois pêcheurs le quittent quand j’arrive.

Montage de la tente, branchement du panneau solaire, lessive, toilette, il ne me reste plus qu’à flâner autour du plan d’eau et aller à la rencontre des animaux qui viennent s’y abreuver. Si les chevaux sont craintifs, les vaches ne me prêtent aucune attention. Au point qu’elles viennent même brouter dans mon campement. Un veau trouve mes chaussettes à son goût et je l’empêche de justesse de les arracher du fil à linge. Ensuite il s’en prend à mes chaussures. Décidément, mes odeurs de pieds semblent lui plaire !

Les animaux partis, je me fais envie d’un bain. Il fait très chaud et j’ai pu constater en me lavant que l’eau n’est pas trop froide. Je m’y mets sans trop de mal, même si la température me rappelle plus le bain du 31 décembre à Dinard que le centre aquatique de Sablé…

Je m’offre ensuite une pause lecture au soleil. Tout à coup une bestiole sort de terre sous mon nez. C’est un petit mammifère entre la taupe et la souris, équipée de deux incisives supérieures proéminentes qui lui permettent sans doute de creuser la terre. Et pour creuser, elle creuse, rejetant à chaque fois des paquets de terre hors de sa galerie. Un spectacle bien rigolo.

Arrive l’heure du dîner, de gala ce soir, grâce aux pâtes bolognaises lyophilisées de M. Décathlon. Merci Florian pour ce bon conseil !

La rédaction du carnet de voyage, commencée dehors, se termine dans le duvet. A 2000 mètres, dès que le soleil se cache, la fraîcheur tombe. Malgré cela, la nuit devrait être bonne, d’autant que, ici, je ne redoute pas l’arrivée d’une bande de jeunes venus faire la fête avec une voiture-sono. En revanche, l’orage gronde au loin et je vais certainement y avoir droit dans la nuit.

Fiora et Boris m’ont offert un deuxième petit déjeuner aussi copieux que chaleureux.
Sur quelques kilomètres la route est un véritable billard. On dirait qu’ils attendent le passage du tour de France.
Tous les vestiges de l’Union soviétique n’ont pas encore disparu.
Dans cette moyenne montagne les cultures sont encore nombreuses.
Je suis le cours de la tumultueuse Rivière Chon-Kemin.
Il fait parfois si chaud que j’éprouve le besoin de me rafraîchir à chaque torrent.
L’affaire se corse.
Quand vous êtes fatigué et que vous voyez ça vous faites quoi ?
Frais mais irrésistible.
Les vaches visitent mon bivouac.
Cette drôle de petite bête m’aura bien amusé.

7 réflexions sur “Dimanche 31 juillet Vallée de Chon-Kemin, 34Km.

  1. Bonsoir Pascal

    C’est toujours avec autant de plaisir que chaque jour je lis le récit de tes journées, je suis admiratif tout simplement, bravo et bon courage pour la suite de ce périple !!!

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  2. Non non pas de mauvaises langues, « le gars Coco » il avance à son rythme et nous fait ses comptes-rendus vachement bien … On aime !!! Courage !!!

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